Importations de soja bio  Agribio Union joue cartes sur table

Agrodistribution | Publié le jeudi 25 octobre 2018 - 17h28

Accusée par des agriculteurs d’importer du soja bio du Togo à bas prix, venant concurrencer frontalement la production tracée du Sud-Ouest, Agribio Union s’explique et joue la transparence.

Une cinquantaine d’agriculteurs ont manifesté, le 16 octobre, devant le silo Agribio Union de Barcelonne-du-Gers­, mécontents de voir arriver du soja bio en provenance du Togo. © NEDIR DEBBICHE

Une cinquantaine d’agriculteurs ont manifesté, le 16 octobre, devant le silo Agribio Union de Barcelonne-du-Gers­, mécontents de voir arriver du soja bio en provenance du Togo. © NEDIR DEBBICHE

Agribio Union, union de coopératives du Sud-Ouest (1) spécialisée dans la collecte de céréales et oléoprotéagineux bio, a joué franc-jeu face aux agriculteurs en colère qui ont intercepté, le 16 octobre, un camion en provenance du port de Bordeaux chargé de soja bio du Togo, venu livrer un silo du groupe à Barcelonne-du-Gers (Gers). Trois jours après, une réunion était organisée par la chambre d’agriculture du Gers, réunissant les responsables de l’entreprise et des représentants de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale, de la FDSEA et des jeunes agriculteurs.

Objectif : 30 000 t de soja bio du Sud-Ouest en 2022

Tant que la situation (d’offre française inférieure à la demande) ne pourra s’inverser, il est dans l’intérêt de tous les acteurs du marché du soja bio de développer des filières équitables d’approvisionnement complémentaires », assure Nicolat Lecat, directeur général d’Agribio Union.« Tant que la situation (d’offre française inférieure à la demande) ne pourra s’inverser, il est dans l’intérêt de tous les acteurs du marché du soja bio de développer des filières équitables d’approvisionnement complémentaires », assure Nicolas Lecat, directeur général d’Agribio Union.

« Depuis 1998, date de création de la filière soja de la coop Agribio, nous avons beaucoup investi et développé les productions bio et locales du Sud-Ouest, explique Nicolas Lecat, directeur général d’Agribio Union. La production de soja bio de nos adhérents est passée de 1 200 t en 1998, à 3 800 t en 2008 et près de 15 000 t en 2018, ce qui représente aujourd’hui plus du tiers de la production nationale, évaluée à 43 000 t par FranceAgriMer. Et notre objectif est de parvenir à 30 000 t d’ici à 2022. Rien que pour les cinq dernières années, nous avons investi 12 M€ dans la construction de silos afin d’accompagner l’augmentation de nos volumes. »

Cette année, Agribio Union a vendu 10 000 t de soja bio du Sud-Ouest pour l’alimentation humaine et 5 000 t pour l’alimentation animale, dont la moitié provenant d’exploitations en deuxième année de conversion au bio.

Une filière togolaise reconnue

Toutefois, bien que la production française progresse régulièrement, elle reste inférieure à la demande qui augmente encore plus rapidement. Les deux tiers du marché français de l’alimentation animale en soja bio sont toujours couverts par du soja importé (70 000 t). Ni Agribio Union, ni les autres organismes stockeurs régionaux ne sont en mesure de répondre à la totalité des besoins de leurs clients avec la production locale.

« Tant que la situation ne pourra s’inverser, il est dans l’intérêt de tous les acteurs du marché du soja bio de développer des filières équitables d’approvisionnement complémentaires, poursuit le directeur général. C’est ce que fait l’un de nos clients historiques, qui nous a demandé de stocker 2 000 t de soja bio venant de sa filière togolaise. Celle-ci est reconnue pour son équité, sa durabilité et sa qualité, et certifiée bio par Ecocert. Ces volumes représentent moins de 3 % des 70 000 t d’équivalent graines importées en France. »

Engagement sur trois ans

Quant au prix de vente du soja togolais, à l’étape de la trituration, il est de 650 €/t, ce qui met le tourteau à environ 800 €/t. « Cette opération ne porte pas préjudice aux adhérents d’Agribio Union, certifie Nicolas Lecat­. Nos clients s’engagent sur des périodes de trois ans, ce qui assure un débouché à la croissance de notre production bio. Nos prix minimums versés aux producteurs pour la récolte 2018 en contrat « engagement précoce » sont stables par rapport à 2017 et varient de 610 à 750 €/t, selon la qualité. » Un prix qui a augmenté de 150 €/t depuis dix ans, selon la chambre d’agriculture du Gers.

(1) Acteo (Vivadour), Alcor (Terres du Sud), Alliance Occitane (Arterris), Coop Agribio, Euralis, Maïsadour.

Florence Jacquemoud

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