« Nous sommes confrontés à une situation sans précédent », s’émouvait-on à la Coopérative agricole Lorraine (Cal) dès le lundi 16 mars, journée de panique, où on a pu assister un peu partout en France à un afflux des agriculteurs dans les dépôts pour récupérer les produits nécessaires aux travaux des champs, en plein redémarrage de l’activité agricole. Une ruée d’ailleurs parfois liée à des communications hasardeuses de la part des technico-commerciaux et des distributeurs. Une fois ces derniers rassurés sur la poursuite de l’activité malgré le confinement général, l’apaisement est peu à peu revenu. Mais les distributeurs ont dû adapter leur organisation en urgence.

Les gestes barrières de rigueur dans les dépôts

Bien souvent, l’ensemble des silos et dépôts restent ouverts moyennant le strict respect des consignes de distanciation de 1 mètre, et des mesures barrières, clairement affichées. Il est en général demandé aux agriculteurs d’appeler le responsable de site en lui précisant sa commande avant de venir sur place, de ne plus se rendre à l’intérieur des bâtiments, un accueil étant organisé à l’extérieur pour la délivrance des produits, et de se munir de son propre stylo pour signer les bons de livraison.

À la Cal, plusieurs dépôts sont néanmoins fermés selon un planning établi à la semaine : « Grâce à la fermeture de certains sites, avance la coopérative, des collaborateurs resteront dans un premier temps à leur domicile afin d’être en mesure de remplacer leurs collègues dans les semaines à venir. »

Certaines entreprises vont même jusqu’à fermer complètement leurs portes. C’est le cas en Champagne de la Coopérative du syndicat général des vignerons, et de ses filiales, qui ont envoyé le 18 mars à leurs adhérents un courrier pour leur annoncer leur fermeture à partir du vendredi 20 mars à 18 h : « Il nous paraît de plus en plus difficile de faire appliquer systématiquement les seuls gestes barrières préconisés à ce jour », justifie la CSGV.

Les TC à distance

Pour les technico-commerciaux, les visites sur les exploitations sont généralement limitées aux situations qui le nécessitent réellement. C’est bien entendu le cas pour le groupe Advitam. Idem à la coopérative bretonne Le Gouessant, où « les visites et rendez-vous commerciaux sont suspendus à l’exception des visites strictement impératives (sanitaires), sous l’autorité des responsables d’activités ».

Chez Bernard, témoigne la DRH du groupe, Vanessa Ebeyer, « il a été demandé aux commerciaux d’annuler toutes les réunions, de ne transporter personne dans leur véhicule, de gérer l’accompagnement des agriculteurs par téléphone ou par mail, et de ne se rendre dans les parcelles qu’en cas de nécessité, en observant strictement les gestes barrières ».

Chez Carré, « lorsqu’une visite sur une parcelle est nécessaire, le technicien pourra, sur les indications de l’agriculteur, visiter seul la parcelle puis échanger avec lui par téléphone et envoyer au besoin une fiche de préconisation par mail », relaie de son côté Anne-Sophie Caillierez, responsable communication du négociant du Nord-Pas-de-Calais.

Télétravail… ou pas

Lorsque cela est possible, le télétravail est privilégié, les personnes concernées restant joignables par téléphone ou par mail. C’est le cas chez Carré où le siège a circonscrit la présence de salariés à un maximum de cinq personnes par jour, avant tout aux services comptabilité et informatique.

Chez Bernard, on considère que « le télétravail reste compliqué ». Certains postes peuvent être tenus à distance, et une réorganisation des bureaux est menée en conséquence pour suivre les consignes de distanciation. Le télétravail va tout de même être mis en place pour les commerciaux, lesquels devront rendre un rapport d’activités chaque jour. Il leur est conseillé de poser des journées ou demi-journées de congés de temps en temps en cas d’inactivité. L’arrêt de travail est recommandé pour les salariés qui ont à garder leurs enfants.

Le Covid-19 n’épargne pas les coops et négoces

Cette crise sanitaire se traduit, face à la psychose ambiante, par « beaucoup de communication et d’échanges avec les salariés », confie Vanessa Ebeyer. Le négociant de l’Ain a d’ailleurs recensé son premier cas de coronavirus mardi 18 mars. Il en a informé dans la foulée tous les salariés du groupe et leur demande de surveiller particulièrement leur température. Une salariée de la Celmar, coopérative d’élevage dans la Creuse, a également été diagnostiquée au Covid-19 selon France Bleu Creuse.

Renaud Fourreaux