C’est depuis sa ferme en Loire-Atlantique que Dominique Chargé, président de La Coopération agricole, gère depuis bientôt deux semaines la crise sanitaire liée au Covid-19. En contact quotidien avec la cellule de crise réunissant plusieurs ministères, il participe activement avec l’ensemble de sa fédération et des filières « à adapter nos outils à la situation actuelle ».

Dès l’annonce du confinement, l’urgence fut de faire reconnaître prioritaire toute la chaîne alimentaire, de la production à la distribution, « car on ne pouvait pas se permettre d’avoir un maillon manquant qui aurait tout bloqué ». La Coopération agricole s’est alors rapprochée de l’Ania, la FNSEA, la FCD (grande distribution) et des autres distributeurs indépendants pour prendre toutes les dispositions permettant à la filière alimentaire de fonctionner de manière optimale.

Un absentéisme de 5 à 10 % qui pourrait augmenter

Depuis, il s’agit de faire face à toutes les mesures de prévention à mettre en place pour les salariés continuant à travailler sur les sites, gérer l’absentéisme dans les entreprises qui oscille entre 5 et 10 % des effectifs et pourrait croître, et s’adapter à une demande qui s’est affolée dans les rayons. « Les usines ont dû ajuster leurs fabrications avec une hausse des commandes de 20 à 30 %, voire 50 % comme en volaille. La fabrication des petites références a été stoppée pour se concentrer sur la production des grandes séries. »

Là-dessus se greffe la gestion de toute une logistique également perturbée, que ce soit pour assurer l’appro des agriculteurs en amont ou l’écoulement des productions en aval. « Il a fallu tenir la chaîne logistique. Avec des tarifs de transport toutefois en augmentation au motif de répercuter les effets de la crise. »

Création d’une plateforme de recrutement

Aujourd’hui se profile une seconde phase dans la gestion de cette crise : la stabilisation de cette situation avec « la mise en place de modes opératoires durables pour avoir suffisamment de main-d’œuvre dans les usines et des renforts sur certaines fonctions ». Une plateforme de recrutement est ainsi en cours de création par le ministère du Travail et Pôle emploi. Elle devrait être opérationnelle en début de semaine prochaine, fin mars.

Cette plateforme permettra d’accéder en temps réel aux besoins en recrutement dans toute la France. Elle regroupera les offres disponibles pour les entreprises concernées, qui pourront être épaulées par Pôle emploi pour la présélection des candidats. Ce dispositif va compléter la plateforme « Des bras pour ton assiette », dédiée aux besoins actuels en main-d’œuvre des exploitations agricoles et que La Coopération agricole souhaite rendre également accessible aux coops qui en auraient besoin.

Une Faq, des fiches pratiques et un guide en ligne

Tout ce chamboulement amène « à ajuster les dispositifs réglementaires en termes de droit du travail. Les ministres ont dû produire en conséquence toutes les évolutions réglementaires nécessaires », ajoute Dominique Chargé. Ainsi, dans un dernier communiqué, il est annoncé qu’un dispositif simple et exceptionnel (en application de la loi du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19) va permettre notamment aux salariés qui subissent une mesure d’activité partielle de conclure un contrat de travail avec une entreprise du secteur.

D’ailleurs, les services de La Coopération agricole analysent à ce jour les ordonnances et le décret activité partielle et ont mis en ligne, sur le site de la fédération, une Faq Coronavirus.

De plus, pour bien encadrer les mesures de prévention des salariés, un guide pratique élaboré par le ministère du Travail, en concertation avec les acteurs des filières, commence à être diffusé dès ce jeudi. Au total, environ 15 fiches seront produites, en lien avec les secteurs concernés, dans les dix prochains jours. Les trois premières fiches seront disponibles dès ce 26 mars en soirée.

Par ailleurs, la Coopération agricole, l’Ania et quatre des principales organisations syndicales de salariés de l’agroalimentaire viennent aussi de diffuser ce jeudi 26 mars le guide des bonnes pratiques pour la mise en place du plan de continuité d’activité dans les entreprises de l’alimentation.

Analyser les points à faire évoluer

Quant à l’écoulement des produits frais sortant des fermes françaises, La Coopération agricole a participé également à l’action menée auprès des grandes enseignes pour que celles-ci privilégient leur mise en avant dans les étals et rayons. Notamment en fruits et légumes, et aussi en agneau dont la filière risque d’être mise à mal avec la fort probable annulation des fêtes de Pâques, l’annonce du prolongement du confinement étant quasi certaine.

Et, dans tout ce mouvement, de nombreuses entreprises participent également à l’élan de solidarité envers les « premières lignes ».

« Une fois cette crise sanitaire mondiale terminée, nous en ferons un bilan et nous analyserons les points que nous aurons à faire évoluer », conclut Dominique Chargé.

Hélène Laurandel