Pour Jean-Luc Cade, président de La Coopération agricole Nutrition animale, le constat des deux premiers mois de la crise Covid-19 est plutôt bon : « Globalement, la fabrication d’aliments pour animaux a plutôt bien fonctionné avec une forte mobilisation des équipes, après une frayeur durant les 15 premiers jours, avec une surconsommation d’aliments liés à des stocks de protection chez les éleveurs. Ils se sont affolés puis cela s’est rééquilibré. » Un constat partagé par François Cholat, président du Snia.

Deux mois tendus mais tenus

Dans un premier temps, le secteur a été tendu sur plusieurs fronts : la capacité des fournisseurs à l’approvisionner, la raréfaction des transports, la capacité de trouver les matières premières pour le respect de tous les cahiers des charges (dont le non-OGM), la capacité des clients à payer et les conditions de travail pour ses équipes. « Mais nous avons pu assurer la continuité des livraisons en élevage et toutes les commandes », résume Jean-Luc Cade.

« Il faut souligner que nous avons eu un gouvernement à la tâche et à l’écoute qui nous a apporté les réponses nécessaires dans l’urgence avec des cellules de crise », se satisfait le président qui pointe l’importance d’un sourcing diversifié entre du local et des imports de même que l’interdépendance de tous les secteurs, par exemple entre les biocarburants et la nutrition animale.

Une hausse des coûts difficiles à répercuter

Mais la facture économique est bien là avec des surcoûts, notamment en transport car les camions ne trouvaient pas de fret de retour. « Le coût de production augmente aussi avec des produits dont le prix a été multiplié par huit comme la biotine », illustre François Cholat.

« La crise a perturbé tous les marchés des productions animales avec des filières qui souffrent particulièrement, des centres équestres au canard à rôtir, poursuit-il. Certains sont complètement à l’arrêt comme la volaille de Bresse, la caille, la pintade ou le pigeon, car leurs débouchés sont essentiellement en restauration hors foyer. » Sans oublier, comme le rappelle Maryse Souboulard, de FranceAgriMer, la baisse de la production laitière.

« Tous ces éléments nous incitent à une vision baissière des volumes pour les huit prochains mois, avec une estimation à 4 % des volumes d’aliments pour animaux produits en France sur 2020, et des augmentations de coûts de production qu’il va sûrement être difficile de répercuter à l’aval », conclut François Cholat.

Yanne Boloh