Dès jeudi 12 mars, alors que la rumeur du confinement montait, l’industrie de la nutrition animale a enregistré une augmentation, estimée entre 30 et 50 %, des commandes des éleveurs pour les livraisons en élevage, comme de ses clients en magasin pour les gammes en sacs (basse-cour, chevaux, voire petfood). Le comportement de nombreux éleveurs a en effet été de surstocker.

Les usines tournent à fond

Les usines d’aliments ont donc tourné à fond : que ce soit en Bretagne, en Isère, dans le Sud-Ouest ou dans le Nord, tous les fabricants font le même constat d’une augmentation forte des commandes et, par conséquent, d’une pression sur les approvisionnements, surtout protéiques. Les entreprises ont globalement pu livrer, mais elles peinent parfois à disposer des matières premières.

Et cette tension augmente. Avec l’incendie de l’usine Saipol de Rouen la semaine dernière, l’appro en tourteau de colza est par exemple plus compliqué et impose aux acheteurs de sécuriser sur d’autres sites. Et les embouteillages sont formés : les fabricants n’obtiennent plus de rendez-vous pour aller charger dans les ports de l’Ouest avant la fin du mois. Une situation bien évidemment plus précaire pour ceux qui s’approvisionnent en spot que pour les filières dont les commandes sont mensuelles.

Travail sur la fluidité des transports

Même si, après une semaine de réelle surchauffe, l’effet « stockage » semble se réguler, la question de la logistique reste majeure : il faut avant tout assurer la fluidité des approvisionnements des usines et des livraisons en élevage. « Qu’ils soient ferroviaire, fluvial ou route, tous les modes de transports sont impactés. Les ministères sont très réactifs et ils travaillent actuellement sur la fluidité des transports », estime Stéphane Radet (Snia).

Plusieurs questions se posent autour de la sécurité des chauffeurs eux-mêmes (accès aux équipements de protection en tant que secteur prioritaire) et des flux (manque de fret retour = surcoût, voire absence de camions). Pour l’instant, il n’y a pas de trop fortes inquiétudes sur la capacité des ports d’origine à charger, notamment au Brésil. Les frontières sont toutefois de plus en plus compliquées à passer à l’est de l’UE.

Vers une flexibilité des cahiers des charges ?

Les formulateurs font déjà tourner leurs logiciels pour réduire les gammes en fonction des matières disponibles et la profession demande une flexibilité des cahiers des charges au cas où il serait impossible de disposer de tous les produits sans pour autant sacrifier à la sécurité sanitaire, évidemment.

Yanne Boloh