On pourrait bientôt disposer d’un modèle pour identifier avec précision le positionnement du traitement anti-alternariose. C’est en tout cas ce qu’Arvalis, la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, et les chercheurs des instituts techniques belges porteurs du programme de recherche transfrontalier, Sytranspom, espèrent d’ici deux à trois ans.

Un temps d’humectation du feuillage

« Contrairement au mildiou, le cycle du champignon est encore mal connu, explique Benjamin Couvreur, de l’institut technique belge Carah. Nous savons qu’il faut une alternance de temps sec et humide et une certaine durée d’humectation du feuillage à une température comprise entre 13 et 30 °C, pour que la maladie se développe, mais sans plus de précision. Nous avons mis en place toute une série d’essais en France et en Belgique, pour mieux comprendre le pathogène et mettre au point un modèle de déclenchement des traitements. »

« Il est important de connaître le positionnement optimal du traitement car les produits disponibles contre l’alternariose agissent tous en préventif », poursuit Olivier Mahieu, directeur du service expérimentation du Carah.

« Nous avons profité, avec ce partenariat, de l’expertise de nos collègues belges qui sont plus avancés dans la connaissance de la maladie, souligne Cyril Hannon, spécialiste pommes de terre chez Arvalis. L’idée à terme est d’intégrer ce modèle alternaria dans notre modèle mildiou Miléos, et d’intervenir uniquement lorsque c’est nécessaire. »

Associer variété résistante, OAD et SDN

La variété de pomme de terre Louisa, résistante au mildiou et chipable, a été lancée au cours du salon. © B. CAILLIEZ

C’est aussi sur la réduction des traitements antimildiou que travaillent les instituts. « Nous avons développé un gros programme de sélection sur la résistance des variétés au mildiou », précise le Dr Jean-Louis Rolot, de CRAW Libramont. Il vient d’inscrire la variété Louisa, résistante au mildiou et chipable, commercialisée par Comexplant.

« C’est en combinant plusieurs leviers que nous allons réussir à réduire les quantités de fongicides utilisées contre le mildiou de la pomme de terre, détaille de son côté Cyril Hannon. Nous testons actuellement la combinaison de variétés peu sensibles à la maladie, du recours à l’OAD Miléos, de la réduction des doses de fongicides et de l’emploi d’un produit de biocontrôle, le phosphonate de potassium, un stimulateur de défense des plantes de De Sangosse. »

Arvalis a aussi testé un nouvel adjuvant Le 846 (ou Oliofix), de De Sangosse, qui, associé à certains fongicides, permet de réduire leur dose d’utilisation, jusqu’à 25 %, par exemple avec le Rêvus.

Les solutions de défanage

Le remplacement du diquat (Réglone) faisait également l’objet d’expérimentations. « On peut souligner les bons résultats obtenus avec le Spotlight Plus et le Gozaï, indique Ilse Eeckhout, du département de recherche belge PCA. Mais il faut attendre plus longtemps pour obtenir un bon endurcissement des tubercules. » Pour elle, l’avenir du défanage passera sans doute par une combinaison avec le défanage mécanique, l’arrachage du feuillage, le brûlage ou peut-être même l’électrocution !

Le remplacement des CIPC pour le stockage des pommes de terre fait aussi l’objet de recherches dans les différents pays européens. Plusieurs solutions sont à l’étude. L’hydroxyde malique (Fazor, Star, Itcam…) fait partie des solutions alternatives. Le salon européen de la pomme de terre, qui se déroule chaque année, à tour de rôle, en Belgique, France, Pays-Bas ou Allemagne, confirme également l’élargissement de l’offre en variétés de pommes de terre et en fertilisants. L’édition 2020 aura lieu en France, à Villers-Saint-Christophe, dans l’Aisne.

Blandine Cailliez