ENTREPRISES - LA COOPÉRATIVE DU MOIS

La Périgourdine, le terroir comme étendard

Renaud Fourreaux - Agrodistribution - n°277 - décembre 2016 - page 18

Impliqué sur son territoire et fort de ses divers métiers, le groupe périgourdin s'emploie à consolider l'agriculture en Dordogne. En toute autonomie et discrétion.
<p><b>« Tout l'enjeu est de cultiver l'identité Périgord, la faire vivre et que nos producteurs en profitent », mettent en avant Didier Fourcaud, président, et Jean-François Lacoste, DG.</b></p> @Nicolas Lux

« Tout l'enjeu est de cultiver l'identité Périgord, la faire vivre et que nos producteurs en profitent », mettent en avant Didier Fourcaud, président, et Jean-François Lacoste, DG. @Nicolas Lux

On a beau éplucher les moteurs de recherche, difficile de trouver des informations sur La Périgourdine. Alors que l'entreprise dégage un chiffre d'affaires de près de 100 M€. Un paradoxe visiblement cultivé... A l'origine coopérative d'appro-collecte, La Périgourdine s'est largement diversifiée, notamment ces vingt dernières années. A tel point que le chiffre d'affaires de la coopérative ne représente plus qu'un tiers du chiffre d'affaires d'un groupe qui détient des parts dans de nombreuses sociétés, ainsi qu'un certain nombre de filiales négoces d'appro-collecte (Vidal, Terres du Limousin, Sonagro, Terres de Gironde). « On préfère travailler par secteur géographique et par métier, argumente le président, Didier Fourcaud, mais les décisions sont prises en conseil d'administration ou par le DG dans le fonctionnement au quotidien. »

Une enseigne de jardinerieen nom propre

La Périgourdine défend une certaine indépendance. En appros, elle a tout de même rejoint (sur le tard) la centrale d'achat Unisud. « A un moment donné, il le fallait, pour continuer à accéder à des tarifs compétitifs, justifie le DG Jean-François Lacoste. En revanche, dans la commercialisation des céréales, on est toujours seul, et je vois cela durablement. » Les céréales collectées sont d'ailleurs principalement utilisées et transformées dans la région : filière canards du Périgord, meuniers départementaux, usines d'aliments de Dordogne, comme Sanders Périgord dont l'entreprise est actionnaire. Une minorité de la collecte part à l'export à partir de Bordeaux.

Autre preuve de la singularité de l'entreprise : le réseau de magasins, dense et non intégré à un réseau national. Il compte en effet plus d'une vingtaine de sites en marque propre « Coopérative agricole La Périgourdine ». « Nous sommes un peu les derniers des Mohicans à avoir une enseigne qui nous appartient », lâche, pas peu fier, Jean-François Lacoste. Et par conséquent un agencement des magasins également spécifique. « Contrairement à presque tous nos confrères, nous avons depuis toujours gardé l'ensemble des métiers (excepté la collecte) sur nos nombreux magasins. » Lesquels sont toujours conçus sur le même modèle : une surface d'environ 900 m2 comprenant un Lisa (avec une serre), un espace extérieur (végétaux d'extérieur, produits agricoles type abreuvoirs, des piquets de vigne...), la partie purement agricole (le dépôt d'appro) et depuis quelques années, un espace alimentaire intégré, dénommé Les Halles du Périgord.

Ni cartes de fidélité ni promos

« C'est notre savoir-faire agricole qui est mis au service des territoires ruraux », décrypte Didier Fourcaud. « Ce qui fait notre force, ce sont les racines agricoles et le personnel polyvalent, reprend Jean-François Lacoste. Ce n'est pas comme dans les grandes chaînes. Dans nos jardineries, on n'y trouve que ce qui a trait de près ou de loin à l'agriculture, on ne va pas trouver de mobilier de jardin par exemple. » L'offre a été bâtie depuis le début sur ce principe : des articles durables, adaptés aux professionnels, fabriqués en France, garantis cinq ans... Grâce à ces éléments de différenciation, désormais dans l'air du temps, les magasins captent d'autres publics. Il n'est pas rare de voir du personnel du BTP se fournir en chaussures de sécurité ou des chasseurs venir chercher des bottes. Dans les jardineries La Périgourdine, ce n'est pas le prix avant tout, mais le rapport qualité/prix. « On ne trouvera jamais de carte de fidélité, ni de promotion, tonne Jean-François Lacoste. Car s'il y a une promo, ça veut dire qu'on trompe le consommateur sur un produit ailleurs dans le magasin. Et je n'ai pas comme mandat d'arnaquer le consommateur, et encore moins l'agriculteur. » Les magasins ne font pas non plus de publicité. Ce qui ne les empêche pas d'atteindre de fortes parts de marché en zones rurales et de progresser de 7 à 10 % par an en ville, notamment à travers l'espace alimentaire. Ce dernier regroupe « le plus possible » des produits de ses adhérents (noix, châtaignes, vins, fruits et légumes... et même bientôt des crèmes glacées), et sinon, des produits artisanaux locaux. « On a un terroir, on travaille le plus possible avec », rappelle-t-on dans la coopérative qui s'est engouffrée dans le filon. La Périgourdine a de fait repris les activités noix et châtaignes il y a quelques années de la coopérative fruitière Les Bitarelles. Ce qui en fait le leader national de la châtaigne en frais (600 000 à 800 000 kg par an) et une bonne présence en noix AOC du Périgord, entières ou en cerneaux sous vide. Deux produits calibrés et conditionnés dans la station de Notre-Dame-de-Sanilhac. « Cela ne représente que 3 % de notre activité, mais c'est très typique et très diversifiant », se félicite Jean-François Lacoste.

Noix, châtaignes et autres oies

Depuis trois ans, la coopérative a également investi la filière gras en rachetant l'abattoir de Nontron et travaille désormais canards, oies, poulets et pintades, sur du segment haut de gamme (poulet fermier de plus de cent jours, volailles sans antibiotiques, canards et oies du Périgord). « Nous sommes également leader dans le fois gras d'oie français dans le cadre d'une coentreprise avec la coopérative Sarlat Périgord Foie gras. » Et ce n'est pas tout. Le groupe La Périgourdine, c'est aussi un laboratoire d'oenologie, une entreprise d'embouteillage, un actionnariat minoritaire dans Caussade semences... Plein de petits ruisseaux qui, mis bout à bout, font une rivière de valeur ajoutée, pour « recréer l'esprit coop, l'outil qui permet d'amortir les coups durs ». « On travaille dans la durée, martèle le DG, et avec une volonté d'investissement à marche forcée. » Chaque année, le groupe investit 2 à 6 M€ dans la construction de nouveaux magasins, de silos, dans le réaménagement des outils... En cinq ans, quinze magasins ont été construits (trois nouveaux vont encore ouvrir en l'espace d'un an), ainsi qu'en huit ans, 30 000 t de capacité de stockage. La modernisation des sites de collecte a permis de satisfaire de nouveaux débouchés. D'où le récent partenariat (mai 2016) avec l'entreprise de pâtisseries industrielles surgelées, Mademoiselle Desserts. Cet engagement porte sur 2 800 t de blé, avec un achat à prix fixe de 160 €/t sur trois ans. La vingtaine de producteurs partenaires sont les fournisseurs exclusifs de l'usine de pâtisseries avec la Minoterie Allafort. « Là encore, on travaille avec des entreprises de Dordogne. » L'implication dans la vie locale, c'est le fil directeur de l'entreprise : « On est d'ici, on fait travailler les gens d'ici, on approvisionne les gens d'ici et on espère qu'ils vont s'approvisionner chez nous, devise Jean-François Lacoste. Le groupe travaille exclusivement avec des entreprises locales. Par exemple, quand des ouvriers viennent pour des travaux, avant de démarrer, je leur glisse de ne pas oublier de consommer local. C'est une logique de différenciation qui nous permet encore d'exister aujourd'hui. » « On a une identité Périgord, ajoute Didier Fourcaud. Tout l'enjeu est de cultiver cette identité, cette assise locale, la faire vivre et que nos producteurs en profitent. Et on continue de garder un oeil sur les produits locaux qui marchent. » « Mais tout est question de dimension, poursuit le DG. Nous, on fait ce qui n'intéresse pas les autres, car on fait de l'épicerie. »

Enfin un site internet pour 2017

Et la culture du secret ? « C'était volontaire, ça a été presque un jeu, répond avec malice Jean-François Lacoste. Jusque-là, cela suscitait de la curiosité. Le bouche-à-oreille, c'était super. Mais ce système a ses limites. A un moment, ça le dessert. On a été au bout de cette stratégie. On commençait à avoir des retours négatifs de salariés en interne. Il y a des entreprises qui veulent mieux nous connaître, un chiffre d'affaires qui dépend désormais à 17 % du grand public. » L'entreprise a donc décidé de se rendre un peu plus visible par un site internet qui va se concrétiser début 2017.

Un réseau dense de magasins multispécialistes en Dordogne

L'entreprise compte une vingtaine de magasins et une vingtaine de points de collecte (non représentés ici).

Le Point de vue de

EMILIE CONGÉ, responsable RH

« En recherche de TC »

 @Nicolas Lux

@Nicolas Lux

« Après avoir été gestionnaire de paie au siège des parfumeries Beauty Success, je suis arrivée en janvier 2011 à La Périgourdine comme responsable RH sur un poste généraliste (gestion administrative, paie, recrutement, formation...). A la suite de départs à la retraite, nous sommes en recherche de techniciens. C'est très compliqué de recruter des profils agricoles comme TC ou silotiers. Pour y pallier, on s'est tourné vers l'alternance (huit contrats cette année). A ce jour, nous avons deux techniciens issus de ce parcours sur le terrain. »

Le Point de vue de

LAURENT CHABREULIE, responsable logistique, qualité céréales et maintenance silos

« Une traçabilité spécifique pour Melle Desserts »

 @Nicolas Lux

@Nicolas Lux

« Arrivé comme magasinier il y a dix-neuf ans, j'organise aujourd'hui les livraisons d'appro et la collecte sur la moitié nord du département. Concernant la maintenance, je tourne régulièrement sur les sites en fonction des besoins des 11 silotiers, dont je suis le référent technique, et je décide si on intervient nous-mêmes ou si on fait intervenir. Je suis aussi en charge de la conservation des grains (ventilation, séchage...) et de la traçabilité collecte. On a d'ailleurs mis en place un système capable de remonter à l'agriculteur voire à la parcelle dans le cas du partenariat avec Mademoiselle Desserts. »

Le Point de vue de

FRANCIS MAURY, TC dans le Périgord noir

« On propose l'assurance prairie Pacifica »

 @Nicolas Lux

@Nicolas Lux

« Cela va faire cinq ans que je suis à La Périgourdine, après avoir été TC pendant 25 ans dans une coop charentaise. J'ai un portefeuille de plus de 200 agri-culteurs dont 150 actifs. En morte-saison, j'essaye d'en visiter 4 par jours, et 7 à 8 le reste du temps. C'est un métier humainement passionnant où on a le souci d'apporter de la valeur ajoutée aux agriculteurs. On démarre cette année la promotion du nouveau contrat d'assurance prairie de Pacifica lié à de l'imagerie satellitaire. Ce sont les TC qui en feront eux-mêmes la promotion. Pendant trois ans, l'entreprise prendra en charge le contrat proportionnellement à la fidélité des agriculteurs, jusqu'à l'intégralité pour les 100 % fidèles. »

Le Point de vue de

NATHALIE RIGAUD, responsable végétal au magasin de Notre-Dame-de-Sanilhac

« Le végétal, c'est mon rayon »

 @Nicolas Lux

@Nicolas Lux

« Mes parents étant déjà dans le métier, je me suis orientée vers un BEP Horticulture et un Bac Pépinière. J'ai ensuite travaillé sept ans dans une jardinerie, puis dans une entreprise de reboisement de forêts, et je suis arrivée dans ce magasin de la Périgourdine, il y a quatre ans, pour m'occuper du service végétal (fleurs, pépinières, produits de jardin). Je m'occupe de l'arrosage des fleurs, du nettoyage, du renseignement client, mais je suis aussi polyvalente pour faire la caisse ou la mise en rayon dans l'espace alimentaire. J'ai d'ailleurs retrouvé un certain nombre de clients qui m'ont suivi. Certains me font même la bise. Mon objectif est que le client ne reparte pas les mains vides, qu'il soit satisfait du conseil et qu'il revienne au magasin. »

En chiffres

- CA appro groupe : 32,8 M€ (31 % engrais, 25 % phytos, 22 % aliments, 12 % semences et 10 % divers).

- Collecte 2015-2016 : 150 000 t dont 55 000 t de maïs, 55 000 t de blé, 10 000 t de tournesol.

- Capacité de stockage : 60 000 t.

- Effectif groupe : 209 personnes (70 pour la coop) dont 19 commerciaux terrain, 65 salariés des magasins.

- Agriculteurs : 4 000 adhérents et 2 000 clients.

Contactez-nous

Une question
ou une
remarque
sur le site,
sur nos
articles ou sur
votre abonnement ?

contactez agrodistribution
Les publications du Groupe France Agricole

Le Groupe France Agricole compte également une maison d'édition : les éditions France Agricole et une activité événements : GFA Events

Conformément aux dispositions de la loi n° 98-536 du 1er juillet 1998 portant transposition dans le code de la propriété intellectuelle de la directive 96/9 CE du 11 mars 1996 concernant la protection juridique des bases de données, Agrodistribution.fr est producteur et propriétaire de tout ou partie des bases de données composant le présent site.

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies afin de nous permettre d’améliorer votre expérience utilisateur. En savoir plus et paramétrer les traceurs. OK