ENTREPRISES - LA COOPÉRATIVE DU MOIS

La Cocebi se structure portée par la vague bio

Marion Coisne - Agrodistribution - n°289 - janvier 2018 - page 16

En dix ans, la coopérative bourguignonne 100 % bio a sunouer des partenariats durables en amont et en aval, et assurer son développement dans un marché en plein boum.
<p><b>Jean Buet, directeur de la Cocebi, et Jean-Marie Pautard, président. Après trente ans de présidence,ce dernier passera la main en 2018.</b></p> @Cédric Faimali

Jean Buet, directeur de la Cocebi, et Jean-Marie Pautard, président. Après trente ans de présidence,ce dernier passera la main en 2018. @Cédric Faimali

«C'est sûr que là c'est beau, mais on en reparlera après quelques passages de camions », souriait Jean-Marie Pautard, président de la Cocebi, le 1er décembre à Nitry, au coeur de l'Yonne. De fait, sous 10 cm de neige, le site de la coopérative et la campagne alentour avaient fière allure, du moins pour un temps. Et des allers-retours, il y en a eu : outre le quotidien, des travaux sont en cours de finition pour augmenter les capacités de stockage. C'est une des conséquences de l'évolution exponentielle du marché du bio, et probablement une des plus simples à gérer. Au fil des années, la Cocebi s'est structurée pour collecter et commercialiser toujours plus de volumes, avec deux faits notables : la création de l'Union bio semences (Ubios) avec la coopérative Biocer, en 2011, et de l'union de commercialisation Fermes bio.coop. Pour autant, pas question de fusion. En 2017, plus que jamais, la coopérative veut affirmer son identité avec un projet politique qui rappelle ses valeurs. En première ligne : le 100 % bio. « C'est simple, le projet politique commence et finit par ces mots », pose le président, Jean-Marie Pautard, qui n'est pas novice à la Cocebi. Il a participé à sa création et en assure la présidence depuis trente ans. En décembre 2007, c'était lui déjà qui présentait la coopérative dans les colonnes de cette même rubrique d'Agrodistribution.

Rachat d'une stationde semences avec Biocer

Entre-temps, la structure a bien changé. La collecte est passée de 8 500 t en 2006, à 26 000 t (hors semences) en 2017. L'équipe de sept salariés en compte aujourd'hui dix-huit. Outre un site près de Troyes, trois agriculteurs sont en prestations de service pour le stockage. La Cocebi produit des semences certifiées en collaboration avec la coopérative Biocer. En 2017, les volumes ont représenté au total 4 500 t , qui vont être commercialisées pour un chiffre d'affaires de 3,7 millions d'euros. « Le marché n'est pas facile à anticiper, autant on voit une multiplication forte des surfaces, autant la demande en semences n'est pas aussi importante », observe Jean Buet, directeur général de la coopérative bio depuis 2013. Parmi les explications, les semences de ferme, ou encore des trésoreries mises à mal. Soixante-dix agriculteurs sont multiplicateurs sur les zones Biocer et Cocebi. Une station ex-Semences de France à Maisse, dansl'Essonne, a été rachetée et équipée d'un trieur optique. Soixante références sont proposées pour neuf espèces.

Identifier les besoins en amont

Du côté des adhérents, si le chiffre de deux cents semble ne pas avoir bougé, la situation a bien évolué. « En 2007, une centaine d'adhérents n'étaient pas actifs, explique Jean-Marie Pautard. Aujourd'hui, nous comptons cent soixante-dix adhérents actifs. Une quinzaine d'agriculteurs nous ont rejoints cette année. » A noter aussi, que les volumes collectés chez les agriculteurs Vivescia comptent pour un adhérent, car la Cocebi collecte pour des coopératives partenaires. Vivescia donc, avec un accord de collecte 100 %, mais aussi Ynovae et 110 Bourgogne. « Cela représente 40 % de nos volumes, précise Jean Buet.A l'heure actuelle, la part du bio ne peut plus être considérée comme négligeable par les coopératives conventionnelles. » Les tonnages collectés par la Cocebi sont commercialisés au sein de Fermes bio.coop. « 100 % des volumes partent avec l'union, dont nous sommes membres avec la Corab en Poitou-Charentes, Probiolor en Lorraine et Biocer dans l'Eure », explique Jean-Marie Pautard. Leurs clients ? Des meuniers, distributeurs, fabricants d'aliments pour animaux... Fermes bio.coop a été créée en 2014. Sur l'exercice 2016-2017, clos au 30 juin, l'union a réalisé un chiffre d'affaires de 17 M€, avec 30 000 t commercialisées, un volume modeste lié à l'année catastrophique. En 2017, il est estimé à 61 000 t, pour un CA prévisionnel de 30 M€. « Nous pesons 15 % du marché bio national, et près de 19 % en alimentation humaine », chiffre Jean Buet. Les agriculteurs s'engagent pour cinq ans, pour 100 % de leurs apports. « Fermes bio.coop, c'est une grande réussite, se félicite-t-il. On a senti le regard que l'on porte sur nous évoluer. On n'est pas assez puissants pour influencer le marché, mais on est un acteur non négligeable. Et nous avons montré par nos politiques que nous n'étions pasdans des opportunités, mais dans la construction d'un travail pluriannuel. »Un préalable à une fusion ?

« Non, l'union de coops reste une union de coops, pas une maison mère. C'est fondamental, tranche Jean Buet. Les intérêts des adhérents et des coopératives sont préservés. » Avec un mot d'ordre central : anticipation.

Un systèmed'information commun

« C'est beaucoup plus efficace de répondre à un besoin identifié en amont que de vendre ce qui a été collecté. On travaille vraiment dans cette optique filière », développe le directeur. Une ligne directrice d'autant plus essentielle dans un marché du bio en plein boum. « Bien sûr nous sommes heureux du développement du bio, fait part le président. Mais on est inquiet de la gestion de ce développement rapide, pour nous-mêmes et pour la bio. On cherche la différence par rapport au bio mondialisé. Il faut garder la valorisation pour le paysan, ne pas tomber dans la spirale du conventionnel, où l'on court après les marges et les prix. »

Pour renforcer ce travail central de structuration, un grand chantier est lancé sur un système d'information commun aux quatre coopératives et aux deux unions. « Nos systèmes d'information (SI) ne nous satisfaisaient pas pleinement, explique Jean Buet. Sur les céréales ,notamment, ils n'allaient pas assez loin. Avec la création de l'union Fermes bio.coop, nous avions encore plus besoin de faire remonter et redescendre des informations. Nous avons commandé un audit de nos SI et préparé un cahier des charges avant l'appel d'offres. » Le choix a été arrêté, et tout devrait être prêt pour la récolte 2019. « On a besoin du suivi de l'intention de semis à la commercialisation, résume Jean Buet. Ce qui explique que l'on commence 18 mois avant. Quand l'aval veut plus ou moins d'une production, il faut qu'on puisse redescendre l'information. Nous travaillons vraiment en filière, pour pouvoir proposer à chaque adhérent pour chaque parcelle une production génératrice de revenus. » En matière de revenus, 2016 a été rude, comme partout. « On attendait 26 000 t, on a eu 13 500 t, déplore Jean Buet.

Fait exceptionnel, on a fait du réapprovisionnement pour nos clients, en étant très sélectifs, avec des audits. » Pas de hausse de prix exponentielle en aval : « On a été en haut de la fourchette de prix, sans la dépasser », indique Jean-Marie Pautard. A l'heure actuelle, la principale inquiétude de la filière bio porte sur le maintien des aides. « On craint d'avoir des déconversions », s'alarme le président. En attendant les choix politiques, la récolte 2017 est heureusement revenue à un niveau correct. Reste pour les prochaines années à gérer le développement du marché. « On est en réflexion sur le sujet, notamment avec l'enseigne Biocoop et les autres filières. Notre métier fondamental, ce n'est pas la spéculation. Nous ne voulons pas que notre production nous échappe, et qu'elle soit vendue en solde », plaide Jean-Marie Pautard. Parlant de Biocoop, que penser de la dernière campagne de communication de l'enseigne, qui mentionne : « On nous déconseille de manger trop gras, trop sucré, trop salé. Mais glyphosaté, ça va. » « Cela veut dire qu'on est capable de rire de choses graves », sourit Jean-Marie Pautard. « Quand on perdra cela, ce sera grave », abonde Jean Buet.

Une zone de collecte très étendue

Outre les adhérents Cocebi, la coopérative collecte des volumes pour Vivescia, Ynovae et 110 Bourgogne.

Le Point de vue de

ANGÉLIQUE GODET, responsable administrative

« Un SI pour les six structures »

 @Cédric Faimali

@Cédric Faimali

«En résumé, je m'occupe de la comptabilité, du fiscal, du juridique et du social.Ici, le service comptabilité qui est composé de quatre personnes, s'occupe aussi de dossiers pour Union bio semences et Fermes bio.coop. Je suis aussi référente pour Cocebi et les deux unions dans le projet de nouveau système d'information, chantier débuté il y a deux ans.Nous voulions vraiment un SI qui correspond à nos attentes, à nos besoins, avec une harmonisation pour les six structures. Le but, c'est d'avoir un outil qui s'adapte à nous, et pas l'inverse. On a créé des modules spécifiques. En 2018, on a prévu 90 jours pleins pour échanger sur le projet,avec les référents dans les autres coops. »

Le Point de vue de

CHRISTOPHE VIVIER, responsable technique productions végétales

« Anticiper les assolements »

 @Cédric Faimali

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«Avec ma collègue Bérengère Millot, j'accompagne la réflexion sur l'assolement en tenant compte des contraintes de la production bio et des besoins du marché. On anticipe beaucoup. Le deuxième volet, c'est la fourniture d'appros, c'est-à-dire les semences. On vend très peu de phytos, en général les agriculteurs n'ont plus de pulvérisateur. On réalise un gros travail de sélection variétale : on teste celles adaptées au terroir, on élimine celles sensibles aux maladies... L'offre variétale s'est bien étoffée. Je m'occupe aussi de la mise en place des contrats de multiplication des céréales. »

Le Point de vue de

CHARLOTTE GOSSARD, service commercial

« Il y a des clients qui commandent 1 t par 1 t »

 @Cédric Faimali

@Cédric Faimali

«Je suis arrivée il y a deux mois, en remplacement d'un congé maternité. L'idée du poste, c'est de mettre en phase les demandes des industriels et nos stocks, ainsi que l'activité de l'usine. Je suis les contrats, et s'il y a lieu, je propose des volumes en surplus. Nos clients sont de toutes tailles, et de marchés différents : fabricants d'aliments du bétail, meuniers, malteurs, huileries, alimentation humaine... En pratique, il y a un contrat et ensuite les industriels passent des commandes. La demande est relativement homogène sur l'année. Mais les volumes sont différents. Il y a des clients qui commandent une tonne par une tonne. On descend jusqu'au sac de 25 kg pour les lentilles, le petit épeautre et le lin par exemple. »

Le Point de vue de

GRÉGORY MOREAU, responsable d'exploitation

« L'activité est étaléesur toute l'année »

 @Cédric Faimali

@Cédric Faimali

«Je m'occupe de programmer la réception, le triage et le décorticage. Nous sommes neuf au service exploitation, avec un saisonnier pour les analyses. Avec l'usine de triage-décorticage, l'activité est étalée sur toute l'année. En ce moment, on décortique de l'avoine. Une quarantaine de productions différentes entrent au silo, de quelques dizaines de tonnes à plusieurs milliers. Le décorticage commence dans la foulée de la moisson et dure toute l'année. Une partie des agriculteurs stockent chez eux et livrent en fonction des besoins des clients, et de la place qu'on a. On réceptionne jusqu'en avril-mai. Nous n'avons pas de camions, nous travaillons avec un prestataire. Les produits fins, comme les lentilles pour l'alimentation humaine, partent en big bag. Elles sont prêtes à être mises en sachet. »

En chiffres

CA Cocebi 2016-2017 : 11,42 M€ au 30 juin, dont :Collecte 2016 : 13 500 t(hors semences).

Collecte 2017 : 30 000 tdont 4 000 t de semences.

CA Fermes bio.coopen 2016-2017 : 17 M€(CA prévisionnel 2017-2018 : 30 M€)

CA Union bio semences en 2017 : 3,7 M€ (collecte 2017)

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