ENTREPRISES - LE NÉGOCE DU MOIS

JEEM puissance 4

Agrodistribution - n°292 - avril 2018 - page 16

Quatre négoces du Gard ont fusionné en 2012 pour créerla SAS JEEM, dirigée par l'ensemble des responsables de ces PME familiales. Un modèle atypique qui fait ses preuves.
<p><b>De droite à gauche : Romain Escudier, président, FrédéricEstève, Philipe Maurin et Fabien Jullian, directeurs généraux, accompagnés de Jean Estève (à gauche), fils de Frédéric,qui seconde Philippe Maurin dans les activités bancaires.</b></p>

De droite à gauche : Romain Escudier, président, FrédéricEstève, Philipe Maurin et Fabien Jullian, directeurs généraux, accompagnés de Jean Estève (à gauche), fils de Frédéric,qui seconde Philippe Maurin dans les activités bancaires.

<p><b>Un maillage serré sur l'est du Gard</b></p>      <p><b>Grâce à ses quatre agences et trois Lisa, JEEM couvre une grande moitié du Gard et une partie du Vaucluse. L'entreprise est aussi actionnaire de CAAV à Cogolin (Var) et de PCEB qui possède six agences dans l'Aude.</b></p>

Un maillage serré sur l'est du Gard Grâce à ses quatre agences et trois Lisa, JEEM couvre une grande moitié du Gard et une partie du Vaucluse. L'entreprise est aussi actionnaire de CAAV à Cogolin (Var) et de PCEB qui possède six agences dans l'Aude.

A la fois consoeurs et concurrentes, implantées sur des secteurs géographiques voisins, quatre PME familiales ont décidé de fusionner en 2012 pour unir leurs forces et gérer leurs biens en commun.Les Ets Jullian à Meynes, Escudier à Aramon, Estève à Bellegarde et Maurin à Saint-Chaptes ont ainsi créé la SAS JEEM et l'ont dotée d'un mode de management pour le moins original. Romain Escudier en est devenu le président et les dirigeants des autres sociétés, Fabien et Eric Jullian, Frédéric Estève et Philippe Maurin, sont chacun directeur général.« En réalité, nous travaillons ensemble depuis 1990, dans le cadre du réseau de distributeurs d'agrofournitures Agrosud, et nous préparons ce rapprochement depuis bien longtemps, raconte Philippe Maurin. Dès 2002, nous avons créé le GIE Approgard qui a servi de base à notre future fusion. Cela nous a permis de nous renseigner sur les différents modes de fonctionnement possibles, mais aussi de voir si nous étions compatibles et capables de passer le cap. » Dix ans après, les quatre négoces ont considéré qu'ils étaient prêts à mettre en oeuvre leur projet de fusion-acquisition. Un audit des différentes structures a été réalisé, afin que chaque actionnaire se voit attribuer une part correspondant à la valeur de son entreprise.

Chacun garde sa spécialité

Les cinq dirigeants se sont partagé les différents domaines d'activité, selon leurs spécialités et leurs préférences, et exercent toujours ces responsabilités en binôme. « Je suis par exemple en charge de notre gamme d'engrais azotés et des activités bancaires, domaine pour lequel je suis secondé par Jean, le fils de Frédéric Estève, détaille Philippe Maurin. Et comme, à Saint-Chaptes, je suis le plus excentré géographiquement, j'organise aussi quotidiennement le transfert de petites livraisons de marchandises d'un site à l'autre, en fonction des besoins. Nous le faisions déjà auparavant, mais c'était plus compliqué, car nous devions nous facturer les uns les autres. » De son côté, Frédéric Estève s'occupe des engrais solubles et de la plasticulture pour le maraîchage et les serres. Fabien Jullian est spécialisé dans les produits de protection des plantes, notamment pour la vigne, qui représentent plus de la moitié de l'activité de l'entreprise. Son frère Eric est chargé du matériel de palissage et des accessoires pour la taille. Enfin, Romain Escudier s'occupe des ressources humaines, des trois Lisa de l'entreprise, des démarches qualité et des dossiers transversaux (projets, communication...), qu'il dispatche ensuite entre ses collègues. Chacun gère, par ailleurs, le fonctionnement local d'une agence, ce qui permet de « garder les pieds sur terre ».

Réduction des charges fixes

« Cette nouvelle organisation nous a permis de faire d'importantes économies en charges fixes, se félicite le président. Chacune des entreprises avait son propre responsable qualité, son comptable..., nous n'avons gardé qu'une seule personne pour chacune de ces fonctions et avons redéployé les salariés en doublons sur d'autres postes. Personne n'a été licencié, au contraire, nous avons embauché. Notre effectif est de quarante-trois employés, répartis à parts égales sur les quatre agences et dans nos différents métiers, c'est-à-dire, dans nos services administratifs et aux postes de conseillers techniques, de chauffeurs et de magasiniers. Par ailleurs, nous n'avons plus qu'un seul commissaire aux comptes et un seul système informatique. » Et Philippe Maurin de préciser : « Nous avons économisé des centaines de milliers d'euros, le jeu en valait vraiment la chandelle ! » JEEM a ainsi stabilisé son chiffre d'affaires autour de 25 M€, ce qui correspond à la somme de ceux des quatre PME fondatrices. Mais, les activités se complétant, il n'y a plus d'année de « creux » dans les résultats.

L'entreprise a implanté son siège social dans les locaux des Ets Jullian, à Meynes, car le site est central et les bureaux y sont spacieux. Mais également parce que le comptable de la nouvelle SAS est celui de l'ex-PME. « Cette fusion nous apporte également une solution aux éventuels problèmes de transmission d'entreprise, comme on en trouve en ce moment dans le monde du négoce, ajoute Romain Escudier. JEEM est aux mains d'un pool d'actionnaires actifs, susceptibles de racheter les parts de l'un d'entre nous si cela était un jour nécessaire. »

La société développe ses activités de distribution de produits agricoles dans différents domaines d'activités, plus ou moins importants selon les agences et leur spécialisation d'origine. Toutes servent une clientèle de vignerons, pour une surface en vignes maîtrisée de 12 000 ha. Certaines travaillent aussi en arboriculture, maraîchage et grandes cultures. Les surfaces de blé dur atteignent 5 000 à 7 000 ha selon les années et celles de tournesol, 500 à 1 000 ha. Les cultures de blé tendre, orge et colza sont moins importantes.

Fort essor des produits bio

Les ventes en appro bio sont, par ailleurs, en progression dans tous les secteurs d'activité. « Nous sommes les seuls, à ma connaissance, à être certifiés pour la distribution de produits oenologiques bio, précise Romain Escudier. Nous avons par ailleurs un accord historique avec la société Koppert, spécialisée dans les insectes auxiliaires, avec laquelle travaillait auparavant Frédéric Estève. Plusieurs de nos techniciens sont experts dans ce domaine. Nous pouvons répondre à tous les besoins et nos ventes ont explosé en dix ans. » Globalement, d'octobre à décembre 2017, sur les premiers mois de l'exercice de l'entreprise, la commercialisation d'intrants pour les cultures bio et les produits de biocontrôle a doublé par rapport à 2016.

JEEM vend également 6,6 millions de litres de fioul aux particuliers et aux entreprises du BTP. Ce sont les Ets Jullian et Maurin qui commercialisaient le combustible auparavant. L'entreprise possède aussi un Lisa sous enseigne JEEM, à Aramon, et deux autres dans le Vaucluse à Apt et Avignon. Elle propose enfin de nombreuses prestations de services à ses clients, comme les formations Certiphyto, la vérification des pulvérisateurs, les analyses de sol, les déclarations Pac sur internet, une veille réglementaire et le prêt gratuit de matériel (semoir, plastiqueuse, épandeurs, bennes, lève-sacs, enfonce-pieux, dérouleurs de fil, cuve de fioul pour les chantiers). « Dernièrement, tout le secteur de Nîmes, Uzès et Alès est devenu zone vulnérable, ce qui implique de faire deux contrôles de sol par an, reprend Philippe Maurin. Nous avons organisé trois réunions publiques d'information sur le sujet, qui ont attiré un grand nombre de personnes. » JEEM assure aussi le « métier de banquier ». La SAS paye ses fournisseurs avant que ses clients n'aient réglé leurs factures, ce qui mobilise d'importantes sommes, et collecte les taxes pour l'Etat.

Un avenir collectif

L'entreprise ne s'interdit pas, par ailleurs, de devenir un jour collecteur de céréales et s'intéresse aux innovations technologiques. « Nous suivons les évolutions, au sein de la chaire d'entreprises Agriculture numérique de Supagro, à Montpellier, reprend Romain Escudier. Nous sommes ainsi informés de ce qui existe et de ce qui fonctionne. Dans le Gard, nous sommes tributaires d'un parcellaire très morcelé qui rend par exemple l'utilisation de GPS sur les tracteurs, assez compliquée. » JEEM enfin possède deux filiales, CAAV (Comptoir d'approvisionnement agricole varois) à Cogolin, et PCEB, négoce audois repris à parts égales, en avril 2017, avec la société Péris, dans l'Hérault. Un pas que n'auraient pas pu franchir les PME fondatrices, à titre individuel. C'est donc un modèle original mais solide que testent les cinq chefs d'entreprise ainsi associés, qui demande parfois de « mettre son ego sous le manteau », mais apporte aussi des solutions pour avancer. « La simple présence de mes collègues me permet d'espérer en l'avenir de notre métier, reconnait Philippe Maurin. Seul, je ne saurais plus travailler. »

<p><b>LUC DALLO, magasinier</b></p>

LUC DALLO, magasinier

« J'organise les livraisonsd'appros »

«Je travaille depuis trente ans pour les Ets Maurin à Saint-Chaptes. J'ai d'abord été chauffeur-livreur, puis magasinier en 2015. J'ai passé le Certiphyto et fait des stages sur le stockage des ICPE. Je sers les clients professionnels au dépôt, surtout des viticulteurs et je reçois aussi quelques particuliers. J'organise les tournées de livraison de produits agricoles pour nos deux chauffeurs. Comme c'était mon premier métier, je sais comment faire. Je continue d'ailleurs à passer mon permis poids lourds pour pouvoir dépanner si besoin, mais je n'ai pas le droit de transporter de produits dangereux. »

<p><b>KARINE GUIRAUD, responsable qualité</b></p>

KARINE GUIRAUD, responsable qualité

« Renouveler les certifications »

«Je m'occupe de tous les audits internes avec Agrosud et des audits officiels sur chaque dépôt pour la certification Iso 9001 et le référentiel métier. Je suis chargée de tous les contrôles ICPE, des assurances, des contrôles annuels des installations électriques, des élévateurs et des extincteurs, des contrôles techniques des véhicules. Je vérifie aussi que tous les salariés aient leurs documents à jour, comme le Certiphyto ou les visites à passer pour les chauffeurs. Ma fonction première est de faire en sorte que nos certifications qualité et ICPE soient renouvelées et que tout le monde soit formé en temps et en heure. Enfin, j'essaie de recenser tout ce qui se passe chez JEEM, au jour le jour, pour rédiger des bilans annuels. »

« Répondreaux viticulteurs »

«Depuis l'agence de Saint-Chaptes, je suis environ 150 viticulteurs sur un secteur qui va de Remoulins à Sommières, soit 3 000 à 3 500 ha de vignes et 70 % de ma clientèle. Les 30 % restants sont des céréaliers et quelques maraîchers et arboriculteurs. Je suis arrivé chez JEEM juste après la fusion, j'étais auparavant dans le machinisme et les TP. J'ai été formé en interne et auprès des fournisseurs, et je mets régulièrement mes connaissances à jour sur la réglementation et l'utilisation des produits pour répondre aux demandes sur les biocontrôles et l'agriculture bio. La majorité des clients aiment venir au bureau pour avoir des informations et discuter. »

<p><b>JEAN-MARC ALOISIO, responsablede la gestion des déchets et des EPI</b></p>

JEAN-MARC ALOISIO, responsablede la gestion des déchets et des EPI

« Récupérer le plusde déchets possible »

«En plus de ma fonction de magasinier à Bellegarde, je gère la récupération des déchets de nos clients (bidons phytos, sacs d'engrais, big bags, cartons...), lors de trois collectes d'une semaine en avril, juin et octobre. Les dates sont annoncées par affichage sur nos sites et sur les bons de livraison. Je les fais livrer ensuite à la Coved (Collectes valorisation énergie déchets) de Nîmes, hormis les produits phytos non utilisés qui sont récupérés directement chez nous par Adivalor. Je suis aussi référent EPI pour l'entreprise. Je gère les commandes et les stocks de chaque dépôt et je consulte les actualités (changements de normes, évolutions techniques),afin d'en informer mes collègues. »

En chiffres

CA 2016-2017 : 25 M€ dont :Effectif : 43 salariés.

Clients : 8 900 clientsdont 1 500 agriculteurs actifs.

Parc de véhicules :2 camions super-lourds,6 poids lourds, 5 camions citernes pour les combustibleset une flotte d'utilitaires.

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