L'affaire Nutréa-Triskalia (lire actualité du 2 avril 2015) est-elle en train de prendre une nouvelle tournure ? Lors d'une conférence de presse, lundi 27 avril, au club de la presse à Rennes, le comité de soutien des quatre ex-salariés de Nutréa, développant une hypersensibilité chimique multiple (MCS), a annon­cé la création de trois nouveaux collectifs de citoyens en Ille-et-Vilaine et dans le Finistère. Et, surtout, le conseiller régional EELV (Europe Ecologie Les Verts) de Bretagne, René Louail, a informé de la mobilisation en cours de quelques députés européens du courant écologiste, dont Yannick Jadot.

Le statut coopératif de Triskalia sur la sellette

Ceux-ci souhaitent en effet porter, d'ici cet été, cette affaire au niveau des autorités bruxelloises dans la mesure où Triskalia a une dimension européenne avec certaines de ses filiales. Il serait question de demander la mise en place d'une « vraie commission d'enquête pour analyser les événements qui se sont déroulés car ils touchent à la santé des salariés, des éleveurs et des consommateurs. Et pour que soit également mis à plat le fonctionnement interne de l'entreprise », explique René Louail qui estime « inacceptable de se comporter ainsi quand on est dans le champ de l'économie sociale et solidaire et qu'on se doit alors d'être exemplaire ».

C'est pourquoi, ces députés projettent de demander la remise en cause du statut coopératif du groupe Triskalia­. Ils souhaitent saisir la DG Sanco (direction générale de la santé et des consommateurs) de la Commission européenne sur cette affaire qui touche à la santé : « La DG Sanco aura alors la responsabilité d'interpeller les pouvoirs publics français. »

Une affaire qui aurait pu être déjà réglée

Etant donné la dynamique qui l'entoure, cette situation pourrait finir par déboucher sur une affaire de santé publique avec plusieurs associations venues se greffer, telles que Phyto-Victimes, Eaux et Rivières de Bretagne, Bretagne vivante, Attac, Confédération paysanne, Générations futures, SOS-MCS, etc. Elles sont venues rejoin­dre l'union syndicale Solidaires de laquelle se sont rapprochés en 2010, deux des quatre ex-salariés, Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, après le refus du syndicat principal de leur entreprise de les soutenir dans leur démarche de demande de reconnaissance des préjudices subis, « afin soi-disant de ne pas nuire au groupe », relate Laurent Guillou.

Que pensent justement les principaux concernés emportés dans une effervescence qui semble plus ou moins leur échapper ? « Si nous restons seuls dans notre coin, nous n'arriverons pas à nous faire entendre. C'est triste à dire mais nous n'avons pas d'autre choix que de faire du bruit, alors que cette affaire aurait pu être réglée entre nous et l'entreprise, comme nous l'avions proposé en 2011 », confie Laurent Guillou.

Au-delà de l'aspect financier, c'est surtout un besoin de reconnaissance et un sentiment d'injustice qu'expri­me cet homme qui a exercé plus de vingt ans chez Nutréa. « Dans cette situation, nous ne sommes pas fautifs et nous avions beau dire de cesser de nous amener ces céréales traitées, personne ne nous écoutait. Et au final, nous avons été virés comme de « vieilles chaussettes ».

Crainte de voir la situation s'enliser

Pourtant la faute inexcusable de l'employeur a été reconnue et des procédures sont en cours. Donc pourquoi autant d'émulation sur le terrain ? Divers éléments y concourent notamment la crainte de voir la situation s'enliser. L'expertise médicale, qui permettra de déterminer l'indemnisation, voire de réévaluer le taux d'IPP, est toujours en attente d'être réalisée huit mois après le verdict de faute inexcusable. L'expert nommé par le tribunal en septembre 2014 a été dessaisi fin 2014 car il avait déjà fait une expertise en 2013 pour Laurent­ Guillou qui comportait nombre d'irrégularités comme le fait qu'il était fumeur « alors que je n'ai jamais touché une cigarette ».

En outre, courant mars, la plainte au pénal a été jugée irrecevable, pour des raisons de délai, suite à la constitution en partie civile de deux des salariés qui ont alors déposé un recours auprès de la cour d'appel de Rennes.

Hélène Laurandel