Les deux auteurs du « Référentiel pour une gouvernance stratégique des coopératives agricoles », Xavier Hollandts et Bertrand Valiorgue, sont docteurs en sciences de gestion­ et HDR, animant la chaire Alter-Gouvernance. Cette structure de recherche spécialisée dans l'étude de la gouvernance des coopératives est portée par la Fondation de l'université d'Auvergne et le Centre de recherches­ clermontois en gestion et management.L'objectif de leur travail a été de créer un outil de réflexion et de réforme pour « les coopératives agricoles, qui doivent développer des modèles de gouvernance capables de générer des orientations stratégiques claires et ambitieuses pour affronter les transformations du monde agricole et les défis alimentaires et environnementaux de demain ». Un travail académique mené avec le soutien de la coopérative Limagrain, de la Caisse d'Epargne d'Auvergne et du Limousin et du Crédit Agricole Centre France.Dialogue constant entre dirigeants, administrateurs et agriculteursDeux tables rondes réunissant différents acteurs coopératifs ont permis d'étayer « l'enjeu stratégique que représente la gouvernance pour les coopératives agricoles ». Pour les transformations en cours, thème de la première table ronde, le témoignage de Damien Lacombe, président de Sodiaal, conforte la nécessité d'un dialogue constant entre l'équipe dirigeante, les administrateurs et les agriculteurs. La mondialisation ne met pas les coopératives en danger car elles ont les moyens de s'inscrire dans ce mouvement en restant associées au territoire. Tout ce qui a trait à la gouvernance est intéressant.Pour Annick Brunier, administratrice chez Limagrain, « l'implication motivée et compétente des administrateurs qui se mettent au service du collectif est un des fondements de la coopération. Cette implication nécessite une formation et du temps consacré en dehors des exploitations ».Trois formes de pouvoir constitutifEn illustration des chantiers prioritaires, thème de la seconde table ronde, Bernard Chalendard, président de Codélia, témoigne de l'intérêt d'une communication active, de la spécialisation des cadres et d'un repositionnement des structures agrandissant leur territoire sur les attentes des sociétaires. Pour Jérôme Calleau, président de l'Institut de la coopération agricole, « la conviction à défendre un modèle doit animer chaque personne impliquée dans la gouvernance d'une coopérative, où le dialogue et le respect sont le socle de tout échange ».Autant de thèmes développés dans le référentiel qui, après un état des lieux des réflexions dédiées à la gouver­nan­ce des coopératives, décrit les trois formes de pouvoir constitutif des coops : le pouvoir souverain, le pouvoir de surveillance et le pouvoir exécutif, avec l'importance et la mission de chacun. Les contours d'une gouvernance équilibrée, qualifiée de stratégique au service du plein développement de la coopérative, sont ensuite définis comme l'horizon vers lequel doivent tendre les coopératives.Six grands chantiers déclinésPour ce faire, six grands chantiers se déclinent avec leurs enjeux et leurs recommandations : solidifier la rela­tion aux adhérents, habiter stratégiquement les territoires, gérer les parcours et les compétences des administrateurs, apporter une vision stratégique en conseil d'administration, piloter un groupe coopératif internationalisé et enfin impliquer les salariés dans la gouvernance. De quoi alimenter la réflexion des acteurs des coopératives agricoles engagées dans une démarche de progrès continue.

Monique Roque Marmeys