La matinée export Intercéréales, qui s’est tenue mercredi 23 mars en présentiel pour la première fois depuis trois ans, a vu son programme bousculé et recentré sur le conflit ukrainien. Jean-François Lépy, vice-président du Synacomex, y a fait une intervention remarquée.

15 Mt de maïs non exporté

Le directeur de Soufflet Négoce a d’abord fait le point sur les volumes qu’il restait à exporter pour l’Ukraine (laquelle a connu une récolte de grains record en 2021) d’ici la fin de la campagne : 7 Mt de blé (qui ne le seront pas car Kiev a interdit les exportations de blé, pour servir de réserve pour le marché intérieur pendant 12 à 18 mois), 0,6 Mt d’orge, 1 à 1,5 Mt d’oléagineux, et surtout 15 Mt de maïs.

Étant donné que les ports sont bloqués depuis le 25 février, l’Ukraine ne peut compter que sur la voie ferroviaire, qui peut « au mieux exporter 18 000 t par jour, soit 7 % de la capacité maritime journalière », précise Jean-François Lépy. En outre, l’écartement des voies ferrées diffère entre l’Ukraine et l’UE. « Il faut transvaser ou changer d’essieux. » Enfin, le petit port d’Izmaïl sur le Danube est le seul en fonctionnement en Ukraine et peut charger des barges à destination de Constanţa, en Roumanie. « En tout, au mieux 1,5 Mt de maïs pourra être exporté d’ici la fin de campagne. »

Les ports ukrainiens hors-service pendant des mois

Et pour la campagne prochaine ? « La remise en route des installations logistiques prendra des mois et des mois, considère-t-il. Les ports ont été minés ou entravés. Un silo Bunge a été bombardé mardi 22 mars à Mykolaïv, les outils de chargement ont explosé. Il ne faut pas compter sur les ports maritimes ukrainiens pendant une bonne partie de la campagne 2022-2023. »

Par ailleurs, la récolte ukrainienne 2022 va bien entendu pâtir du manque d’intrants, de main-d’œuvre et de carburant. Il est envisagé une baisse des semis de 30 % pour le maïs et l’orge et de 50 % pour le tournesol, et les rendements pourraient diminuer de 20 %. « On s’attend à une production en forte baisse : 25 à 40 %, soit 17 à 35 Mt, voire plus. »

« Ce qui est une certitude, c’est que la Méditerranée du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique de l’Est, et dans une moindre mesure l’Afrique de l’Ouest ne pourront pas se passer des céréales russo-ukrainiennes », alors qu’en outre la Russie est soumise à de fortes sanctions pour l’empêcher de commercer. « La menace sur la sécurité alimentaire mondiale est réelle avec des pénuries possibles en 2022-2023 et 2023-2024. C’est vraiment dramatique », admet Jean-François Lépy.

Renaud Fourreaux
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