« Nous sommes dans une situation inquiétante et inédite », a martelé Dominique Chargé, président de La Coopération agricole (LCA), lors de sa conférence de presse de rentrée, le 21 septembre à Paris. Rappelant les très fortes hausses cumulées en 2021 et 2022 en gaz, avec + 350 %, et en électricité, avec + 380 %, il a fait part des mesures sollicitées auprès des pouvoirs publics afin de permettre la continuité d’activité des entreprises coopératives, et plus largement de la chaîne de transformation agroalimentaire.

Revoir les critères d’éligibilité de l’aide

Afin que leurs métiers soient exonérés de toute action de délestage de l’énergie, LCA souhaite « la reconnaissance des activités agricoles et agroalimentaires comme répondant à une mission d’intérêt général ». Une mesure qui pourrait s’avérer nécessaire en cas d’hiver rude et si l’application des mesures de sobriété n’est pas suffisante.

Il est demandé également la révision des critères d’éligibilité à l’aide créée par le gouvernement, pour soutenir les entreprises dont les dépenses de gaz et d’électricité représentent une part élevée des charges, dans le cadre du plan de résilience économique et sociale (décret n° 2022-967 du 1er juillet 2022).

Cette aide est peu utilisée car ces critères ne sont pas adaptés, comme le souligne le président de LCA. « Nous voulons faire revoir à la baisse le taux de 3 % que doit représenter le niveau de dépenses d’énergie ramené au chiffre d’affaires et aussi le niveau d’excédent brut d’exploitation ou Ebitda exigé. » Cette révision relève toutefois de décisions européennes.

Découpler électricité et gaz

LCA souhaite aussi la mise en place d’un bouclier énergétique efficace pour être protégé du coût de l’énergie. Et elle a rencontré, notamment dans cet objectif, le ministère en charge de l’énergie, c’est-à-dire le ministère de la Transition écologique et solidaire.

L’indexation des coûts de l’énergie dans la fixation des prix des produits alimentaires fait partie également des mesures souhaitées, ainsi que le découplage des prix de l’électricité et du gaz pour que l’un pèse moins sur l’autre.

Une menace pour l’existence des entreprises

Au-delà de ces mesures, Dominique Chargé a souligné également le manque de visibilité de certains fournisseurs d’énergie. « Or, nous avons besoin d’avoir suffisamment de visibilité de leur part. » D’autant qu’il insiste sur le fait que « nous sommes face à un mur énergétique infranchissable », tout en donnant l’exemple d’une coopérative qui a budgétisé une facture énergie trois fois plus élevée que son résultat. « De 2 M€ de dépenses pour le poste énergie en 2021, elle devrait passer à 17 M€ en 2023, pour un résultat en moyenne de 5 M€ », a précisé le président.

Aussi, il estime « qu’une véritable menace existe aujourd’hui pour nos entreprises et la chaîne alimentaire ». Et d’ajouter : « Des arrêts de production sont à prévoir pour les entreprises ne pouvant pas absorber les déficits importants qui vont en découler. » À son retour de l’AG de l’Onu, cette nuit, le président Macron a tenu à rassurer les entreprises et les collectivités en les assurant que l’État « était en train de renégocier les prix du gaz et de l’électricité ».

« Nous basculons dans un autre monde »

À cette conjoncture énergétique, s’ajoutent l’inflation du prix des engrais et un risque de pénurie, les fabricants suspendant en partie leur production en raison du coût de l’énergie. Ou encore les aléas climatiques qui ont généré des chutes de production avec, à la clé, des usines qui tournent à 50 % dans la filière légumes de plein champ en haricots verts ou secs. « En lait, la baisse de production va aussi entraîner un recul de la transformation avec des ralentissements de cadence. »

Pour le président de LCA, « il va falloir réfléchir à la dépendance énergétique de nos chaînes alimentaires dans le cadre du pacte de souveraineté alimentaire que nous aimerions faire conclure entre les différents acteurs, en complément de la loi d’orientation agricole. D’autant que nous sommes en train de basculer dans un autre monde fait d’instabilité géopolitique avec la fin de l’abondance. »

Hélène Laurandel
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