L’Agence bio change de tête, mais reste sur la sellette
Alors que La Coopération agricole prend la présidence tournante de l’Agence bio, la pérennité de l’opérateur public est à nouveau menacée.
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La présidence tournante de l’Agence bio revient pour deux ans à La Coopération agricole, avec la nomination à sa tête de Bruno Martel, éleveur laitier breton, adhérent de la coopérative Agrial. Installé depuis une trentaine d’années à Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine) où il conduit aux côtés de ses enfants une exploitation de 200 ha et un troupeau de 120 vaches, il s’est engagé dans l’agriculture biologique en l’an 2000.
« Plus de bio, c’est possible »
Dans son nouveau rôle, il pilotera les actions de l’opérateur public destinées à relancer la consommation de bio en France, à structurer des filières 100 % françaises et bio et à renforcer l’analyse du secteur via l’Observatoire national de l’agriculture biologique (Onab).
Pour le nouveau président, le développement du bio relève de l’intérêt général. « Si l’État français s’est doté d’objectifs en bio, c’est qu’il s’agit d’une agriculture qui protège l’eau potable, préserve les abeilles et attire des vocations », souligne-t-il. Rappelant que « les objectifs ne sont atteints qu’à moitié dans les champs et à moins d’un tiers dans les cantines », il insiste sur la nécessité de maintenir une équipe spécialiste, dédiée au développement du bio. « J’aurais à cœur de montrer que oui, plus de bio, quel que soit le budget, c’est possible et joyeux », appuie Bruno Martel.
Inspirer les équipes municipales
Pour rappel, le secteur bio représente 17 % des fermes françaises, 215 000 emplois, 12 Mds€ de marché, plus de 40 % des 2 000 coopératives engagées, mais seulement 6 % dans l’assiette des Français, et 1 % aux menus des restaurants. Ainsi, durant son mandat, Bruno Martel entend faire de l’année des municipales un temps fort pour porter la voix du secteur, rappelant le rôle crucial des maires dans le développement du bio dans les territoires.
« À l’Agence, affirme-t-il, nous avons beaucoup d’exemples de cantines qui sont à 50 ou même 80 % de bio sans pour autant mettre la clé sous la porte, voire ont un coût réduit et des parents d’élèves ravis, et nous les mettrons en avant pour qu’ils inspirent les prochaines équipes municipales. Également, nous mettrons en avant les garanties du label, les preuves scientifiques de ses bienfaits, pour éclairer les débats autour de la transition alimentaire lors des élections présidentielles, en fournissant une information objective et consensuelle. Enfin, nous aurons à cœur de célébrer en 2026 les 25 ans de l’Agence, son savoir-faire unique et ses outils plébiscités des citoyens et des élus, tel Cartobio qui permet de géolocaliser la production bio sur le territoire. »
L’Agence bio en danger
Cette prise de fonction intervient toutefois dans un contexte de fortes inquiétudes pour la pérennité de l’Agence bio. Selon les informations relayées par la filière, l’Agence bio pourrait être intégrée à FranceAgriMer, avec un transfert partiel de ses missions vers l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), ainsi qu’une révision de sa gouvernance et de ses moyens.
« Nous avons appris avec une vive préoccupation que la suppression de l’Agence bio, ou son rapprochement avec d’autres opérateurs publics, figure à nouveau parmi les pistes envisagées dans le cadre de la feuille de route gouvernementale de simplification de l’action publique, transmise début décembre par Matignon », écrivent des acteurs du bio (La Maison de la bio, Interbio…) à la ministre de l’Agriculture dans un courrier commun que nous nous sommes procuré.
Des signes de reprise
Des scénarios vivement contestés par ces organismes : « Dans son rapport de 2022, la Cour des comptes a rappelé l’intérêt majeur de l’agriculture biologique pour l’environnement et la santé publique et a explicitement recommandé de conforter l’Agence bio et ses actions, en soulignant l’inadéquation de ses moyens actuels au regard de ses missions de communication et de structuration des filières. » D’autant que la filière biologique montre aujourd’hui des signes de reprise, avec une consommation de produits biologiques de nouveau orientée à la hausse.
Dans ce contexte, « remettre en cause cet outil public reviendrait à fragiliser un secteur pourtant stratégique et à affaiblir la capacité de l’État à structurer une stratégie ambitieuse en matière de santé publique, de protection de l’eau et de l’environnement », alertent-ils. Ils appellent également le gouvernement à réaffirmer le rôle, les missions et les moyens de l’agence, jugés essentiels pour la structuration et le pilotage de l’agriculture biologique et de ses filières en France.
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