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Dossier Les minéraux entre menaces et espoirs

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Après une année favorable, l’industrie vit dans l’attente, sur fond de trésoreries agricoles exsangues. D’autant que l’étau se resserre sur l’azote, émetteur de gaz à effet de serre. Et l’ombre de Beyrouth plane… Heureusement, l’hydrogène vert pointe le bout de son nez.

Ce qui frappe en regardant les cours des engrais azotés ci-contre, c’est leur faible volatilité au regard des campagnes précédentes. C’est le résultat d’une faible demande générale combinée à la baisse des prix du gaz, laquelle a démarré avant la crise du Covid-19 mais qui s’est accentuée avec. « À Londres, le gaz naturel a atteint des niveaux de prix au moins au plus bas depuis 2006 », constate Isaure Perrot, consultante chez Agritel. « Ce point bas du prix du gaz en juin a convergé avec la morte-saison où les engrais sont traditionnellement les moins chers », note Hans Olav Raen, directeur commercial d’OCI Nitrogen. Ce qui a contribué à une importante vague d’achats de la part de la distribution et une bonne couverture des agriculteurs derrière.

Azote : les fabricants à l’aise

« Les engrais azotés étaient sur des niveaux de prix ultra-compétitifs, poursuit Isaure Perrot. En ammonitrate, les principaux industriels ont lancé leur prix de campagne à 230 €/t départ usine. C’est 20 €/t de moins que l’an dernier et le troisième meilleur niveau de prix de début de campagne en huit ans. » D’ailleurs, à la faveur de coûts de production réduits et malgré des prix des azotés relativement bon marché, les producteurs d’engrais azotés ont plutôt bien gagné leur vie sur les deux années écoulées.

Depuis cet été, les cours du gaz se sont largement repris, ils ont triplé, revenant au niveau d’il y a un an. Les prix des engrais azotés ont suivi, même si la hausse s’est limitée à 10-15 %, notamment par le renforcement de l’euro vis-à-vis du dollar (1,18 contre 1,11 il y a un an). « Comme l’année dernière, les achats d’automne ont été très calmes, tout le monde était couvert », ajoute Hans Olav Raen, évoquant une tendance : « Alors qu’avant les agriculteurs achetaient au fur et à mesure, désormais il y a ceux qui anticipent en début de campagne et ceux qui attendent le dernier moment. De la même façon, coops et négoces prennent de moins en moins de risques, ils ne veulent pas se mettre en position spéculative. »

Phosphate : le Commerce est à l’arrêt

De son côté, le cours du phosphate est resté très bas jusqu’au printemps. Florian Cloarec, DG de PhosAgro France, producteur d’engrais phosphatés, constate : « Il y a eu des offres très agressives dès le début de l’été qui ont poussé quasiment tous les gros acheteurs à se positionner avec des volumes importants au 15 juin, pour des livraisons en fin d’année. Deux gros acheteurs français ont payé du DAP départ port à des niveaux très bas à 308-310 $/t, les acheteurs moyens ont payé 320 $/t, mais tous ceux-là n’ont pas vendu grand-chose aux agriculteurs. » Puis les cours se sont bien repris à la faveur d’une moindre disponibilité sur le marché mondial à partir de juillet et de davantage de demande (Inde et Pakistan) pour atteindre 400 $/t en novembre, ce qui reste relativement bon marché au regard de l’historique. Mais le commerce est à l’arrêt. « Certaines structures se sont remises aux achats, mais uniquement pour couvrir des ventes effectives, les distributeurs ont réellement peur de se positionner, de se retrouver avec de la marchandise sur les bras », évoquant leur situation financière critique et l’attentisme des agriculteurs. C’est donc un retour à la gestion de bon père de famille : on achète ce qu’on a vendu, point.

La potasse ultra-compétitive

Le cours de la potasse n’arrête pas, lui, de descendre depuis un an. « Le marché est plombé par une très faible demande à l’échelle mondiale », constate Isaure Perrot. Il faut remonter à 2016 pour retomber sur ces niveaux de prix ultra-compétitifs. Tellement qu’ils en sont rentables pour les agriculteurs, même en cette année compliquée, selon David Guignard, DG d’EuroChem Agro France qui vient d’introduire cette année la potasse sur le marché français : « Pour les agriculteurs, la campagne 2019-2020 a été très dure, il y a un fort attentisme de leur part. Maintenant que l’on sait que les emblavements des cultures d’hiver sont en hausse, que les cultures sont relativement belles, avec des bons prix de blé, ça devrait logiquement les décider à faire des achats. Je m’attends à une bonne campagne. »

À l’Unifa, on peine en revanche à être optimiste. La campagne passée a enregistré des livraisons stables ( 0,4 % en engrais minéraux,  0,3 % en AMB). Dans le détail des éléments nutritifs, le N et le K sont stables, et le P est en retrait de 5 %. Mais là, après une mauvaise récolte céréalière et avec un secteur viticole en crise, on ne s’attend pas à faire des miracles. Les premiers à en pâtir seront les engrais de fond et les AMB, les engrais azotés devant, comme à l’accoutumée, se tenir plus ou moins.

2F Ouest, filiale à 100 % de Fertiberia

Du côté des entreprises, peu de mouvements à signaler cette année, excepté un fait marquant tout récent, et qui n’était pas encore complètement acté à l’heure de notre bouclage. Il s’agit du désengagement de Fertinagro dans 2F Ouest, qui deviendrait une filiale de Fertiberia France à 100 %. Les deux entreprises espagnoles avaient conçu une opération originale en 2015 en reprenant à 50/50 cette structure, anciennement Leseur, qui comptait alors trois outils. Ce pari aura donc été un échec, mais Fertiberia aura dorénavant les mains libres. D’autant que l’acquisition récente par le fonds d’investissement Triton du groupe Fertiberia, qui appartenait auparavant au groupe Villar Mir, aurait changé la donne du tout au tout, le nouvel actionnaire se positionnant dans une logique de nouveaux projets, d’extension géographique. Triton n’aurait ainsi pas hésité à reprendre 2F Ouest malgré des résultats en berne. Recentré depuis cette année sur l’unique site de L’Hermitage (Ille-et-Vilaine), cet outil breton doit être un moyen de distribuer, par sa fonction de grossiste, les engrais azotés de Fertiberia et devrait pouvoir l’aider à développer sur le Grand Ouest les spécialités. Quant à son activité historique de bulk-blending, elle doit permettre d’assurer le business au quotidien, tout en s’inscrivant dans l’innovation.

De son côté, Fertinagro préfère mettre en avant son investissement, cette année, de près de 2,6 M€ dans ses sites landais de Misson et Tarnos auxquels s’ajoutent 250 000 € en R & D, notamment sur la thématique des biostimulants. En outre, de nouvelles formules d’engrais destinées à l’agriculture biologique telle la gamme Fertinat (engrais granulé avec l’additif Ferti Humi) ont été mises en œuvre.

Le site de Mazingarbe à l’arrêt

Sur le front des outils industriels, on ne recense pas de fermetures de site de production d’engrais en 2020, exceptée celle, probable, de l’espagnol Maxam Tan à Mazingarbe (Nord), qui ne fabriquait pas des engrais à proprement parler, mais des matières premières, de l’ammoniac et 200 000 t de nitrate d’ammonium, revendu à des fabricants de NPK et de solution azotée. Le tribunal de commerce de Lille a en effet placé fin octobre en redressement judiciaire ce site ex-GPN, à l’arrêt déjà depuis plusieurs mois, et attendait des offres jusqu’au 25 novembre. S’il faisait peu de doute qu’il n’y aurait pas de repreneur, un industriel se serait manifesté à la dernière minute.

Beyrouth fait des vagues

En parlant de nitrate d’ammonium, la filière a été bousculée par l’explosion de Beyrouth, qui a eu un certain retentissement dans l’Hexagone, rappelant la catastrophe d’AZF. « Nos fabricants d’engrais azotés qui utilisent le nitrate d’ammonium sont soumis pour la production et le stockage de leurs produits à des règles Seveso, parmi les plus drastiques du monde », a dû rappeler l’Unifa auprès des médias au cœur de l’été. Et qu’un engrais à base de nitrate d’ammonium est un produit inerte. « Les conjectures se sont vite arrêtées, se félicite Florence Nys. Beaucoup de journalistes ont fait un très beau travail de pédagogie sur ce sujet. On n’a pas été mis en cause directement sur notre manquement réglementaire. On a aussi reçu un soutien des pouvoirs publics concernant la réglementation Seveso qui a été remise en avant de manière officielle. » À savoir néanmoins : une mission d’inspection interministérielle est en train de rédiger un rapport pour dresser un bilan de la situation actuelle de la France au regard des interrogations qui se sont faites, et identifier les sites à risque.

En tout cas, cet accident questionne à nouveau l’avenir de l’azote. « Chaque année des distributeurs ferment des installations qui ne sont plus aux normes, avance Hans Olav Raen. D’ici peu de temps, l’ammonitrate sera complètement un marché de big bag, comme en Angleterre. Par ailleurs, l’urée est de plus en plus bannie dans l’UE, à l’instar de l’Allemagne qui conditionne son utilisation à l’enfouissement ou l’imprégnation, et qui commence aussi à s’interroger sur la solution azotée. En France, il y a aussi des débats. À un moment donné, ça va basculer. »

Mise en demeure pour les nitrates

Par ailleurs, la révision de la directive nitrates (lire p. 46) intervient alors que, par le biais d’une lettre de mise en demeure envoyée le 30 octobre, la Commission européenne somme la France de « garantir la propreté des eaux destinées à la consommation humaine ». En cause : des teneurs trop élevées en nitrates. « Depuis longtemps, l’eau potable fournie à des dizaines de milliers de personnes en France contient des quantités excessives de nitrates », indique la Commission. La France aurait ainsi « manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive sur l’eau potable en ce qui concerne les niveaux de nitrates ». Lors de la consultation publique à Pont-à-Mousson quelques jours plus tôt, le ministère de la Transition écologique avait fait savoir que « 99,3 % de l’eau du robinet était de bonne qualité pour les nitrates ». Concernant la qualité des eaux de surface, elle s’améliore depuis les années 1990, « 80 % du réseau hydrographique français est désormais inférieur à 25 mg/l malgré quelques problèmes localisés ».

En revanche, l’évolution des teneurs dans les eaux souterraines est plus contrastée selon le bilan 2018-2019 : « Un quart peuvent être considérées comme polluées par les nitrates (au-dessus de 50 mg/l) ou menacées de pollution (entre 40 et 50). » La France disposait de deux mois pour apporter à cette lettre une réponse satisfaisante. Si tel n’est pas le cas, la Commission pourrait lui adresser un avis motivé, dernière étape avant une éventuelle saisine de la Cour de Justice de l’UE. Paris avait déjà été mis en demeure par Bruxelles en 2013 concernant la directive nitrates.

Green deal, convention citoyenne…

Autre projet qui tourmente le secteur des minéraux : le plan Farm to Fork, volet agricole et alimentaire du Green Deal européen, qui souhaite réduire le recours aux engrais d’au moins 20 % d’ici à 2030 pour accélérer la trajectoire vers la neutralité carbone. Même si derrière les grandes lignes, le flou perdure : quels types d’engrais sont concernés, quels outils pour accompagner cet objectif, quelle flexibilité pour les États membres… ? Par ailleurs, au niveau français, la Convention citoyenne pour le climat propose de réduire l’utilisation des engrais azotés de synthèse (sans objectif) et d’augmenter la TGAP. Un projet de loi inspiré des propositions de la Convention citoyenne devrait être présenté prochainement en Conseil des ministres. L’Unifa s’assure « qu’il y ait le moins d’impact pour les fabricants, mais aussi pour les agriculteurs ».

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Des flux modifiés en solution azotée

Il y a un an, la Commission européenne imposait des taxes antidumping à l’import sur la solution azotée en provenance de Russie (entre 27,77 €/t et 42,47 €/t), des États-Unis (29,48 €/t) et de Trinité-et-Tobago (22,24 €/t). La demande avait été formulée par la Pologne et la Lituanie. Cette décision a certes bénéficié à cette dernière en lieu et place de la Russie et des États-Unis, mais a surtout généré au niveau français des achats en provenance de Biélorussie.

Sans transition, le contrat à terme Euronext sur la solution azotée, qui n’a jamais vraiment fonctionné, a été suspendu il y a deux mois pour manque d’activité.

Covid-19 : un impact non négligeable

Le confinement n’a globalement pas eu d’effet négatif sur la production de fertilisants, ni sur la supply chain, d’autant plus que la période de livraison était passée. « Très peu d’usines ont été arrêtées et pas plus de quelques jours », confie Laurent Largant (Afaïa). Le reconfinement aura presque été plus hasardeux, avec un fort risque d’absentéisme. « Chez nous, une personne sur cinq a eu le Covid sur la seconde vague », témoignait une entreprise fin octobre.

« Le business courant n’a pas du tout été affecté, on se parle en confiance, certifie Jean-Luc Pradal (Fertiberia). Avec une réserve : jusqu’à l’an dernier, il y avait une très grande ouverture sur l’innovation, mais depuis, ce marché s’est refermé comme une huître du fait de la procrastination généralisée liée au Covid-19. Dès qu’il s’agit de convaincre des équipes de vendeurs que l’on connaît moins, de faire une prospection un peu agressive, si vous ne les rencontrez pas, c’est beaucoup plus difficile. On ne peut pas tout faire par Teams. » Si, en théorie, les vendeurs pouvaient aller sur le terrain, dans la pratique, les entreprises ont rechigné à le faire. D’autant que les distributeurs ont demandé aux fournisseurs de se mettre en retrait, afin de permettre aux TC de se concentrer sur la relation avec l’agriculteur… « Faire la promotion des spécialités, c’est plus compliqué », avance David Guignard (EuroChem). Tout comme pousser de nouvelles solutions ou des récentes qui en ont encore besoin. « Ce n’était pas l’année où il fallait se lancer dans l’innovation », confirme Éric Giovale (OvinAlp).

« Il y a un impact du confinement certain au niveau de l’accompagnement terrain, atteste Jean-François Ducret (Valagro). Cela n’a pas de répercussion sur le court terme, car on utilise le capital relationnel et les outils à distance. Mais sur le long terme, cette limitation de la présence terrain, la moindre prospection, toute cette distanciation sociale dans la relation commerciale, se ressentiront. Le jour où cette épidémie sera terminée, il faudra redoubler de proximité avec nos partenaires pour continuer à développer le marché. En même temps, ça oblige à sortir de sa zone de confort. On s’adapte en cherchant ensemble de nouvelles manières de travailler. »

Les AMB, de désillusion en désillusion

Après avoir perdu 6 % en 2018-2019, les livraisons d’amendements minéraux basiques sont tout juste stables en 2019-2020. Et vu le contexte agricole et la difficulté d’aller en cultures avec les confinements successifs, « la campagne en cours ne devrait pas être glorieuse », rapporte Guillaume Tuffière, responsable agronomie chez Meac, et président de la section AMB à l’Unifa depuis un an. « On sent un désengagement de la part des TC de la distribution et des agriculteurs. Ça pose vraiment question. » Terrena en est un exemple criant : « Malgré l’énergie qu’on y met, on n’arrive pas à enrayer cette baisse », se désole Laurent Varvoux, en charge de l’amélioration de la fertilité des sols à la coopérative, qui évoque comme l’un des facteurs le fort turn-over chez les TC. Les producteurs d’AMB eux-mêmes sont un peu désabusés alors qu’il y a quelques années, ils pensaient pouvoir gagner la partie. Pas sûr non plus que la séparation conseil et vente en phytos soit à l’avantage des AMB. « Ça va surtout réduire le nombre de TC, alors que nos produits nécessitent indéniablement une présence sur le terrain, insiste Guillaume Tuffière. On a coutume de dire : l’azote s’achète, les AMB se vendent. » Mais les fabricants ont aussi des équipes de plus en plus restreintes…

Dernier évènement en date : le retrait de Fertinagro dans 2F Ouest au profit de Fertiberia. ,
Fertiberia ouvre la voie de l’hydrogène vert

Le fabricant d’engrais n° 1 de la péninsule ibérique, Fertiberia, s’est associé avec un autre groupe espagnol, Iberdrola, spécialiste des énergies renouvelables, pour combiner la production d’énergie solaire (permettant la production d’hydrogène vert) et l’exploitation directe de cet hydrogène dans une production industrielle intégrée, en l’occurrence dans la fabrication d’ammoniac, matière première essentielle dans la fabrication des engrais azotés. « Ce projet est le premier au monde du genre », se félicite-t-on chez Fertiberia, qui « sera la première société européenne du secteur à développer une expérience à grande échelle de génération d’ammoniac vert », dans un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

D’abord, il s’agit de construire une centrale solaire à proximité de l’usine de Puertollano (située à 200 km au sud de Madrid), qui deviendrait « le plus grand complexe d’hydrogène vert à usage industriel en Europe ». Prévu pour être opérationnel dès fin 2021, cet investissement de 150 M€ permettra de substituer partiellement (10 % dans un premier temps) le gaz naturel utilisé par cette usine qui produit 200 000 t d’ammoniac par an. Il constitue la première tranche d’un projet plus large qui englobera les deux usines de Puertollano et Palos de la Frontera (près de Huelva), dont l’objectif est de substituer à terme 100 % de l’hydrogène fossile consommé par de l’hydrogène produit par énergie solaire. Le partenariat global, d’un montant de 1,8 milliard d’euros d’investissement, courra sur sept ans. Pour les deux partenaires, « c’est un grand projet qui peut faire de notre pays (ndlr : l’Espagne) le premier à produire 100 % d’ammoniac pour engrais entièrement vert » et qui peut amener de la différenciation vertueuse dans cet univers de commodités. Même si pour Fertiberia, il s’agit aussi de « montrer la voie de l’avenir aux autres opérateurs ».

La renaissance de Sud engrais distribution
Mathieu et Caroline Naddéo, devant l’usine de mélange et l’un des nouveaux bâtiments de stockage, à Arles (Bouches-du-Rhône).,

« Ces dernières années, mon père, Édouard Naddéo, qui était malade, s’était replié sur lui-même. Il y a eu une baisse d’activité mais la structure était très saine, sans dette. Nous n’étions pas partis pour reprendre, mais les circonstances de la vie en ont décidé autrement », relate Caroline Naddéo, depuis un an à la tête de Sud engrais distribution (Sed) avec son frère Mathieu. Elle, diplômée de l’Essec et auparavant commerciale grands comptes à la Caisse d’Épargne, et lui, exerçant dans le nucléaire, mais qui a déjà travaillé dans le groupe de 2007 à 2013, reprennent alors le flambeau quelques semaines avant le décès de leur père, l’une en tant que DG, l’autre en tant que président. Au même moment, en juillet 2019, comme elle le souhaitait, la CAPL, actionnaire minoritaire historique (à hauteur de 24 %), sort du capital de Sed.

Caroline et Mathieu Naddéo décident alors d’investir près de 2 M€ dans l’outil de production et recrutent un responsable de production et un responsable de maintenance. L’usine de mélange d’engrais minéraux se dote alors d’une nouvelle ligne de palettisation de sacs de 10 à 25 kg, équipe sa station de mélange de 2 trémies supplémentaires (ce qui porte leur nombre à 6), augmente sa capacité de stockage vrac d’urée, et construit 3 nouveaux bâtiments de stockage couvert (soit 3 600 m2 en plus). Un quai de dépotage et d’empotage de conteneur, un poste de calibration et une station d’imprégnation viennent compléter le dispositif. « Les mélanges seront de plus en plus techniques et complexes, est-elle convaincue. Nous poursuivons les mélanges simples ainsi que du vrac, cela crée un courant d’affaires régulier avec nos clients, mais ce n’est plus le nerf de la guerre. »

Pour construire et insuffler la stratégie de développement, Sed a souhaité s’entourer d’un collaborateur expérimenté, Cyril Benimelli (ex-Fertiberia), qui a pris ses fonctions de directeur commercial du groupe au 1er septembre et qui va œuvrer à retravailler les partenariats. « L’idée est de développer la prestation de service : calibrer, mélanger, imprégner pour des clients qui deviennent des partenaires », fait savoir Caroline Naddéo. Pour ce premier « exercice blanc » 2019-2020, Sed a traité près de 19 000 t d’engrais et généré un CA de 5,8 M€.

Enfin, Sed et sa maison mère, Scad, un négoce d’agrofourniture spécialisé en grandes cultures, développent pour début 2022 la future version du logiciel Bulkblending.com (une quarantaine de clients) qui permettra l’étiquetage des fertilisants sous le nouveau règlement UE 2019/1009.

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