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Dossier Les organiques bien orientés

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Les entreprises spécialisées dans les fertilisants organiques enregistrent des ventes en progression, à l’image d’OvinAlp qui passe de 40 000 à 48 000 t. © OVINALP

Les entreprises de l’organique sont en ébullition et fourbissent leurs armes en investissant les innovations du moment, comme les biostimulants ou les frass.

Le marché des fertilisants organiques poursuit sa croissance modérée, sans excès, tirée par celle de la bio, la HVE, mais aussi par la notion d’économie circulaire. Certes, entre 2018 et 2019, selon le syndicat Afaïa, les mises en marché sur le segment agricole sont restées stables, que ce soit pour les engrais organiques élaborés (40-45 M€, 140 000 t), les amendements organiques traditionnels (35-40 M€, 350 000-400 000 t). En revanche, les composts enregistrent une progression significative en 2019 (50-52 M€ contre 44-46 M€). Pour 2020, Afaïa assure qu’il n’y a pas eu de perturbation notable liée au Covid-19 sur le marché de l’agriculture.

Terrial, leader du marché

Les trois gros faiseurs de l’organique, Angibaud, Frayssinet et Terrial tournent tous désormais autour de 35 à 40 M€ de CA en France. Cette année, c’est Terrial qui est en tête si l’on se réfère à notre palmarès (p. 48), à 40 M€ de CA (contre 38 M€ pour Angibaud et 35 M€ pour Frayssinet). Cette filiale du groupe d’Avril spécialisée dans la valorisation des produits organiques a vu, en 2019, l’entrée de Suez à son capital à hauteur de 32 % (et l’intégration de son équipe commerciale dédiée) pour « constituer un leader du marché des engrais et amendements organiques ». En deux ans, Terrial est ainsi passée de 25 à 40 M€ et de 300 000 à 700 000 t. « De nouvelles voies de valorisation des déchets organiques sont développées pour compléter le potentiel offert par les solutions actuelles de méthanisation et de compostage », indique-t-elle. Depuis cette campagne, elle met d’ailleurs sur le marché son nouvel amendement organique Orgatec, composé à 100 % de bioressources végétales issues de l’économie circulaire, associées à des microorganismes homologués.

Frayssinet met en avant les PNS

Frayssinet a de son côté fêté ses 150 ans cette année, et clôt à nouveau sa meilleure campagne (90 000 t). « Concernant l’exercice en cours, nos ventes sont sur une avance record avec d’excellents mois d’octobre et novembre », fait savoir Lionel Faber, directeur commercial et marketing. Il reste néanmoins prudent à propos de la campagne de printemps à venir, le secteur viticole étant frappé de plein fouet par la crise. L’entreprise se distingue sur la mise en avant de programmes de nutrition et de stimulation (PNS), qui allient l’action de fertilisants organiques à celle de stimulateurs naturels dans une approche globale de la plante et de la fertilité des sols. « On va pouvoir mesurer via ce programme l’impact de nos produits sur la qualité finale des productions, poursuit-il. C’est notre travail de grand frère du marché d’assurer la transparence des méthodes de fabrication et des matières premières utilisées, et de garantir aux agriculteurs en transition des produits sécurisés, normés et éprouvés face à la pléthore de produits qui arrivent sur le marché. » Si l’on prend juste les imports de fertilisants organiques provenant de Belgique, ils auraient crû de 29 % depuis 2017 (à 926 000 t !), selon Afaïa.

Quant à Angibaud, l’entreprise a à cœur de devenir un acteur majeur des fertilisations alternatives. Signe de ce nouvel élan, elle s’est débarrassée de son nom à rallonge et a quitté l’Unifa. Pour se renforcer dans les biostimulants, elle a conclu mi-juillet avec le breton Agrimer un partenariat, opérationnel dès cette campagne, qui comprend un travail en commun de R&D et la commercialisation exclusive de ses produits à base d’algues sous la marque Agrocéan. « Nous travaillons ensemble depuis 2000 et Angibaud commercialisait déjà près de la moitié des produits Agrocéan, le reste l’était auprès de notre clientèle directe », rappelle le DG d’Agrimer, Frédéric Nicolas. « Notre leitmotiv est de rentrer à fond sur le marché des biostimulants », indique le directeur marketing d’Angibaud, Gilles Nivelet. L’entreprise a aussi lancé au printemps, après obtention de l’AMM, son produit Pepton 85/16 (acides aminés d’origine animale). Un deuxième biostimulant base végétale (extraits de fabacées), Tek Master Odyssée, vient d’avoir une AMM cet été.

Des frass prometteurs

Enfin, Angibaud investit le marché des frass qui s’annonce prometteur, en signant un accord exclusif avec Ynsect en grandes cultures (lire ci-dessus). Et elle n’est pas la seule. Le producteur italien d’engrais organiques et biostimulants Italpollina a signé fin 2019 avec InnovaFeed, producteur de protéines d’insectes, un partenariat visant à développer et mettre sur le marché des engrais et biostimulants à base d’ingrédients dérivés d’insectes. Il se traduit par l’arrivée d’un premier engrais développé à partir de frass d’insectes qui « se distingue par sa haute valeur en matière organique stable et son très bon équilibre en N, P et K », selon Innovafeed. Il sera produit sur le site de Nesle (Somme), désormais opérationnel, pour être commercialisé à l’été 2021. « Cet engrais vient compléter notre offre qui inclut déjà des engrais à base de fumiers de volailles, des protéines végétales et microorganismes », rappelle Italpollina.

Parmi les autres faits marquant de l’année, Timac Agro et l’Union des distilleries de la Méditerranée (UDM), spécialiste du traitement et de la mise en marché des coproduits de la vigne, ont conclu un partenariat industriel et commercial au travers de la création d’une société industrielle commune : Uva Terra. Il s’agit de produire des fertilisants organiques à partir de coproduits viticoles (pulpes et composts) pour être de nouveau apportés à la vigne. L’accord prévoit des investissements sur trois ans, au niveau d’un des sites industriels de l’UDM, à Vauvert (Gard), afin d’atteindre à terme une capacité de production de 30 000 t/an.

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Angibaud commercialisera les Frass d’Ynsect
Se présentant en granulés, YnFrass est un fertilisant organique (NPK 4-3-2), sec (90 % MS), avec un taux de MO de 85 %.,

Après avoir obtenu il y a quelques mois une AMM pour son engrais YnFrass (la première dans ce domaine), Ynsect, leader mondial de l’élevage d’insectes, qui a levé 315 M€ de fonds, confie l’exclusivité de la commercialisation de ce fertilisant organique (NPK 4-3-2) à Angibaud pour le marché agricole français.

Se présentant en granulés, YnFrass est issu des déjections (ou frass) de Tenebrio molitor, une espèce de vers élevés et nourris avec des coproduits céréaliers. Il sera produit dans « la plus grande ferme verticale d’insectes au monde », à Poulainville (Somme). L’unité, en cours de construction, est prévue pour être opérationnelle en février 2022. Elle sera amenée à produire 100 000 t/an d’ingrédients à destination de la nutrition animale et végétale, dont 70 000 t/an de frass. 50 000 t de ces derniers seront réservés au marché agricole français à travers Angibaud. Le solde sera mis en marché par Compo, sous la marque Algoflash, sur le marché du jardin, et par le producteur de vin espagnol Torres. « Nos clients en engrais commencent à être livrés depuis notre unité de Dole (Jura) qui produit 1 000 t d’ingrédients par an », précise Antoine Hubert, PDG d’Ynsect, pour appréhender le produit. « Dans les prochains mois, nous allons poursuivre les essais en conditions réelles, construire les itinéraires techniques et travailler le positionnement », informe Gilles Nivelet, directeur du marketing et du développement chez Angibaud. Les grandes cultures, notamment en bio, sont la cible prioritaire pressentie, ainsi que les cultures industrielles et le vignoble champenois.

YnFrass étoffe ainsi la gamme d’engrais organiques et de spécialités d’Angibaud et sera proposé via la distribution agricole. « Nous ferons les premiers prélancements sur la campagne 2021-2022 chez quelques-uns de nos clients, puis nous monterons progressivement en puissance pour atteindre 50 000 t à horizon 2023-2024. » L’idée est de travailler avec quelques partenaires importants de la distribution sur la moitié nord de la France, dans une logique de proximité avec l’usine.

Directive nitrates : révision en 2021

Comme le prévoit la directive européenne sur les nitrates, un nouveau programme d’actions national (PAN), le septième, est attendu pour le 1er septembre 2021. À travers cette révision, le ministère de l’Agriculture souhaite « améliorer la mise en œuvre de certaines mesures, en particulier la couverture des sols ; renforcer la cohérence du PAN avec d’autres enjeux liés à la gestion de l’azote tels que la qualité de l’air ; introduire une flexibilité de gestion de certaines mesures en fonction des conditions climatiques ; favoriser des démarches innovantes de fertilisation, fondées sur des objectifs de résultats sur la qualité de l’eau. »

Pour la première fois, une concertation préalable à la révision du programme d’actions a été organisée. Elle s’est déroulée du 18 septembre au 6 novembre, via une plateforme en ligne (qui a recueilli 550 contributions et une vingtaine de cahiers d’acteurs), un atelier participatif organisé avec une vingtaine de citoyens issus de l’assemblée citoyenne sur l’agriculture, le 10 octobre à Paris, ainsi que deux réunions publiques, à Saint-Lô (Manche) et à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle). S’agissant de cette dernière, les participants ont notamment insisté sur la prise en compte de l’évolution climatique et l’intérêt d’utiliser des OAD. Ils ont évoqué quelques techniques pour limiter les fuites d’azote dans les eaux. Ils ont exprimé aussi des préoccupations sur le développement de la méthanisation et son impact environnemental, en particulier sur la qualité des eaux. Car si la qualité des eaux de surface s’améliore depuis les années 1990, celle des eaux souterraines reste préoccupante (voir infographie).

Les propositions formulées durant cette concertation feront l’objet d’un bilan qui sera mis en ligne sur la plateforme de concertation. En parallèle, le chantier d’élaboration du PAN s’appuie sur des expertises techniques et scientifiques et sur le groupe national de concertation dédié à la gestion des éléments nutritifs et des émissions vers le milieu. Le projet de texte fera à nouveau l’objet d’une consultation du public au printemps 2021 avant d’être adopté.

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