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Dossier La méthanisation à fond les ballons

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Alors que la méthanisation ne cesse de prendre de l’ampleur sur le territoire français, les porteurs de projet doivent composer avec les craintes du grand public.

La filière méthanisation est aujourd’hui en plein boom, tirée notamment par les installations en injection qui sont de plus en plus nombreuses. Au 1er janvier 2021, la France comptait 1 018 installations de méthanisation opérationnelles, selon l’Ademe et Observ’ER, dont 642 en cogénération, 193 en injection, 184 en chaleur seule et 3 pour les biocarburants. En 2020, la production électrique a atteint 1,3 TWh et 2,2 TWh de biométhane ont été injectés sur le réseau de gaz naturel.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe pour objectifs à la filière gaz renouvelables, principalement portée par la méthanisation, d’atteindre 6 TWh en injection en 2023, puis en 2028, 14 à 22 TWh en injection, 340 à 410 MWe en cogénération et 7 % de biométhane dans la part totale de gaz consommé. Selon l’association France gaz renouvelables, fédérant les acteurs de la filière méthanisation, au 31 décembre 2021, avec 365 sites raccordés en injection pour 6,2 TWh, la filière gaz renouvelables a déjà dépassé l’objectif de raccordement de 2023. « La filière est la seule à dépasser les objectifs fixés par la PPE : elle peut atteindre rapidement les volumes prévus initialement pour 2028 et contribuer activement à l’accélération des objectifs de décarbonation 2030, a affirmé l’association le 15 février 2022. Par ailleurs, les scénarios de biomasse mobilisables pour la méthanisation, évalués par les études 2021 de l’Ademe, NégaWatt et France Stratégie, confirment la disponibilité, en adéquation avec les tendances de production agricole, pour atteindre des objectifs ambitieux. » L’association propose ainsi de réviser l’ambition nationale dans le cadre de la loi de programmation préalable à la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) et la PPE pour viser au moins deux tiers de gaz renouvelable dans la consommation finale à l’horizon 2040 avec une consommation finale estimée à 280-300TWh/an, « tout en générant un accroissement de l’activité économique dans les territoires ruraux », et de fixer des objectifs ambitieux de développement des gaz renouvelables dans la future PPE pour dépasser 52 TWh dès 2028 (en intégrant la production en cogénération).

660 unités à la ferme

Et la méthanisation s’avère indissociable de l’agriculture. Selon France gaz renouvelables, 85 % du gaz renouvelable sera d’origine agricole en 2030.

Au 1er janvier 2021, la France comptait 660 unités de méthanisation opérationnelles à la ferme, dont 528 en cogénération et 114 en injection. Et les coopératives, tout particulièrement, se lancent peu à peu dans la filière en mettant sur pied de véritables projets de territoire. En parallèle, elles travaillent à l’accompagnement agriculteurs, notamment en ce qui concerne la production de Cive (culture intermédiaire à vocation énergétique), les plateformes d’essais se multipliant sur le territoire national. « Les Cive rendent de nombreux services agronomiques ; toutefois, elles impliquent de revoir la rotation des cultures et une nouvelle conduite culturale, c’est un peu une révolution pour certains agriculteurs », analyse Christophe Clesse, chef de projet méthanisation chez EMC2.

Difficiles concertation

Cependant, l’accueil réservé par le grand public à ces projets d’envergure se révèle parfois glacial. « On nous oppose beaucoup de généralités, que ce soit des craintes concernant les odeurs ou le bruit. Il y a également beaucoup de questions au sujet de la logistique, comme le nombre de camions par jour, affirme Grégory Baczynski, directeur des opérations chez EMC2. Il nous faut leur apporter un maximum de réponses en amont pour les rassurer. »

Les craintes reposent également sur la taille de ces projets territoriaux. Et ce n’est pas la coopérative d’Herbauges, située en Loire-Atlantique, qui dira le contraire. Engagé depuis 2019 dans Métha Herbauges avec le constructeur danois Nature Energy, le projet pâtit depuis plus d’un an des fortes craintes des collectivités territoriales et du public. Il est au cœur de consultations successives alors que le début de la construction est prévu en septembre 2022, pour une mise en service début 2024. Ce projet est toutefois d’une ampleur inédite avec 210 exploitations engagées pour une valorisation de 371 000 t d’effluents d’élevage et 127 000 t de Cipan, et une production de 23 600 000 Nm3. « La dernière réunion fin janvier a permis de faire la synthèse, avec une charte d’engagement pour donner des garanties face aux questions posées », explique Jean-Michel Bréchet, directeur de la coopérative d’Herbauges. Une cinquantaine de personnes y ont assisté, notamment des élus, des opposants et des producteurs. La charte sera rattachée à l’autorisation d’exploiter, toujours en attente. Prochaine étape : l’organisation fin mars-début avril d’un voyage au Danemark pour visiter des méthaniseurs et présenter les technologies. « Il faut que les élus s’approprient le dossier, justifie Jean-Michel Bréchet. La méthanisation fait peur par méconnaissance. » Affaire à suivre.

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Valfrance fédère avec son club Métha
Pour sa première réunion qui s’est tenue le 31 janvier 2022, le club Métha a réuni une dizaine de méthaniseurs.,

Alors que la coopérative Valfrance compte une quarantaine de méthaniseurs sur son territoire, elle a récemment créé un « club Métha » afin de fédérer les agriculteurs impliqués. « L’objectif est d’être à leur écoute en mettant en place des choses qui répondent à leurs besoins, explique Alain Randon, expert agroéconomique chez Valfrance. L’idée à terme est de développer un accompagnement et des services réservés aux agriculteurs ayant adhéré, grâce à une petite cotisation, au club. » Une première réunion d’une demi-journée, et qui a réuni un public d’agriculteurs représentant une dizaine d’unités, s’est ainsi tenue le 31 janvier. « Ça a l’air de plaire à nos adhérents. Si on arrive à toucher 15 à 20 structures, on sera plus que satisfaits », se réjouit Alain Randon. Au programme, présentation des résultats des essais de Cives d’été menés par Val’Epi et une intervention d’un partenaire sur les méthodes de conservation des silos, deux sujets ayant été sélectionnés par les participants parmi une liste de thèmes proposée préalablement par la coop. La valorisation des données est aussi un enjeu à plus long terme de ce club. « On a intérêt à mutualiser les données à l’échelle territoriale afin de créer des références technico-économiques », affirme-t-il. Quelques réunions par an, dont la fréquence sera adaptée à l’actualité et aux besoins des agriculteurs, seront organisées. Des visites d’essais sur des fermes pilotes seront également proposées et une newsletter ciblée sera mise en place.

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