Depuis 2019, Nestlé et Noriap travaillent sur l’agriculture régénérative, l’industriel ayant pris en charge l’expertise technique pour avancer sur ce dossier en sollicitant des organisations comme Earthworm, ou des start-up comme Icosysteme ou Kermap. Ils ont franchi un pas supplémentaire en signant au Sia 2022 un contrat à cinq ans. « D’autres sont en préparation avec d’autres OS partenaires », signale Charles Leonardi, directeur supply chain Nestlé.

Une prime graduelle

Ce contrat concerne 30 000 t/an de blé et de maïs issues de l’agriculture régénérative à livrer à l’usine Purina de Marconnelle (Pas-de-Calais), sur les 40 000 à 50 000 t fournies annuellement par Noriap à Nestlé pour approvisionner cette usine ainsi que celle de CPW (céréales petit-déjeuner) à Itancourt (Aisne). Une soixantaine d’agriculteurs, plutôt les pionniers de l’ACS, et environ 4 000 ha sont concernés.

Une prime restée confidentielle, mais « à deux chiffres », est attribuée. Elle est graduelle en fonction du niveau d’engagement. Le niveau 1 ne génère pas de rémunération, mais une formation est prise en charge et les agriculteurs se doivent d’assister aux réunions techniques. Le deuxième correspond à la mise en place de leviers d’action et le troisième à l’obtention de résultats probants en matière de santé du sol. « Il était nécessaire de trouver un moyen de rémunérer les efforts et le risque que prend l’agriculteur », souligne Philippe Florentin, DGA de Noriap en charge de la commercialisation. D’autres productions devraient entrer prochainement dans la démarche.

Un projet clé en main

Noriap est engagée également dans le programme d’agriculture régénérative d’Ynsect, TerrHa 2040, qui vise la plantation à l’horizon 2040 de près de 1 700 km de haies (soit 1,8 million d’arbres), à travers 1 200 projets d’agroforesterie chez 1 200 agriculteurs fournisseurs de blé et de colza (pour une séquestration de plus de 190 000 t de CO2 d’ici 2040). Une cinquantaine d’entre eux est déjà engagée dans ce projet historiquement pensé en agroforesterie, mais qui est dans une phase exploratoire vers d’autres pans de l’agriculture régénérative (le non-travail du sol, les couverts végétaux, les rotations).

L’accompagnement technique est fourni par Pur Projet, et la livraison des plants, piquets et paillages, est financée à 100 % par Ynsect. Seules les plantations sont à la charge de l’agriculteur. Les premières vont d’ailleurs démarrer en fin d’année sur le territoire de la coopérative. Ynsect est aussi en phase exploratoire pour développer ce projet sur d’autres territoires avec d’autres coops et négoces.

Un technicien dédié

« En plaine, ces initiatives ont été accueillies les bras ouverts », signale Pierre-Antoine Brunel (photo en médaillon), TC spécialisé en agriculture de conservation des sols chez Noriap. Recruté pour accompagner les agriculteurs dans ce mode de production, il suit une centaine d’agriculteurs en ACS, en lien avec les ATC, et assure la fonction d’interlocuteur entre les maillons de la chaîne de valeur. « Mon rôle est de sensibiliser les agriculteurs pour qu’ils aillent vers ces systèmes de culture, de démontrer scientifiquement, par des essais et des résultats techniques, l’intérêt d’implanter des haies et des couverts végétaux, de diversifier les cultures, et de prouver avec des chiffres que leur marge ne va pas diminuer, voire pourrait augmenter, ce qui est le cas pour certaines exploitations. »

Charles Leonardi, directeur général de la supply chain de Nestlé France (à g.), et Philippe Florentin, DGA de Noriap en charge de la commercialisation, ont scellé leur partenariat début mars au Sia., R. Fourreaux © R. Fourreaux