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Dossier Des circuits locaux aux marchés internationaux

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Euralis, un des précurseurs des ventes en circuit court avec ses Tables des producteurs, affiche en 2020 un CA en hausse de 28 %, et même 50 % entre avril et août, à la suite du premier confinement.

Nouvelle Aquitaine et Occitanie travaillent main dans la main sur de nombreux sujets transversaux, notamment dans les filières semences et agroalimentaire. Leurs projets de R&D foisonnent également.

En Occitanie et Nouvelle Aquitaine, les cartes de la filière semences ont été largement rebattues en 2020. Avec la fusion, au 1er septembre, d’Euralis semences et de Caussade semences Group, qui a donné naissance à la société Lidea, c’est une grande partie des coops du Sud-Ouest qui se retrouvent associées à ce nouveau poids lourd de la profession, classé au top 10 des semenciers mondiaux en grandes cultures. Euralis, majoritaire, Unicor, Terres du Sud, Val de Gascogne, Capa, Capel, Capla, Gersycoop, Qualisol et La Périgourdine constituent le capital de l’entreprise aux côtés d’Unigrains et Sofiprotéol, actionnaires historiques. Lidea regroupe 17 stations de recherche dans toute l’Europe et 45 000 ha de semences livrées à huit sites de production en France, Roumanie, Ukraine, Espagne et bientôt en Russie, où Euralis construit une usine. Ensemble, ces sites totalisent plus de 2 000 collaborateurs. Lidea affiche un CA de 350 M€ et consacrera 30 M€ par an à la R&D. « Nous aurons nos recherches en propre, indique Pierre Flye Sainte-Marie, le DG. Mais nous renforcerons aussi les partenariats avec d’autres entreprises semencières et des sociétés émergentes qui travaillent sur le traitement des semences, les biostimulants ou l’enrobage, avec lesquelles nous pourrons codévelopper des produits. »

Autre grand semencier du Sud-Ouest, Mas Seeds, filiale de Maïsadour (135 M€ de CA), a également renforcé son activité R&D en confortant son partenariat à long terme avec la société américaine Nature Source Improved Plants (NSIP). Les deux entreprises vont construire conjointement une plateforme technologique de recherche, qui reposera sur l’utilisation d’algorithmes informatiques développés par NSIP, capables d’une sélection prédictive des hybrides. Les chercheurs pourront savoir, en évitant le long et coûteux travail de sélection au champ, quels croisements ont le plus de chances de réussir. « Notre objectif est de créer de nouvelles semences hybrides qui répondront aux besoins des agriculteurs dans dix ans, explique Jacques Groison, DG de Mas Seeds. Ces nouvelles variétés ne permettront plus uniquement d’obtenir du rendement, mais elles prendront en compte de nouveaux paramètres comme la résistance au stress hydrique ou la sensibilité aux maladies. »

Des hauts et des bas en agroalimentaire

Chahuté par les phases de confinement, l’agroalimentaire rit ou pleure, selon les entreprises. Début juillet, MVVH, filiale de Maïsadour, Vivadour et Val de Sèvres spécialisée dans les produits festifs à base de canard gras, a mis en place son plan d’urgence Rebond sur trois ans pour redresser son activité. Celui-ci repose à la fois sur l’amélioration de la performance industrielle, le développement commercial de marques innovantes plus présentes dans la distribution et la suppression d’une centaine de postes. Autre sinistré, l’abatteur Arcadie Sud-Ouest, opérateur de référence sur les filières viande de qualité, créé en 1989 par les coops de la région, a pour sa part été entièrement démantelé. Aux côtés des entreprises nationales Bigard et Carnivor, deux groupes coopératifs se sont positionnés pour reprendre certaines unités. À Rodez (Aveyron), Unicor a investi 4,3 M€ dans trois outils de production locaux. Dans les Pyrénées-Atlantiques, Lur Berri s’est associé avec Bigard (à 30-70 %) pour créer la SAS Arcadie viandes et reprendre les activités d’abattage, découpe ou distribution de plusieurs sites industriels.

À l’opposé, 2020 a vu le développement soutenu des filières en circuits courts des coops et la création de nouvelles marques. Fin janvier, Arterris lançait « De vous à nous », gamme 100 % locale de riz, pâtes et légumineuses, distribuée dans ses magasins Gamm vert, Larroque et Fermiers occitans. L’objectif est de réaliser 1 M€ de CA la première année. Arterris a aussi décliné sa marque de porc d’Occitanie Pyrénéus, en proposant une version premium Pyrénéus Excellence, destinée aux circuits de distribution traditionnels. Sept mille porcs élevés sur paille dès leur quatorzième semaine seront vendus sous cette nouvelle étiquette. Enfin, juste avant Noël, le groupe a ouvert un site internet marchand, MO Marché Occitan, qui livre ses produits dans toute la France et les propose en click & collect dans huit de ses boutiques.

Terres du Sud a, pour sa part, développé des espaces alimentaires, « Le Goût de nos campagnes », dans ses cinq Gamm vert nature les plus spacieux, où le concept a été testé sous forme de corners de produits secs. Un essai très réussi a aussi eu lieu, sur 200 m2, dans son magasin de La Réole (Gironde) avec de nombreux produits frais. « Nous projetons de créer d’autres espaces de 300 m2 avec une grande variété de marchandises, précise Patrick Grizou, le président. Il s’agira uniquement de productions locales de nos adhérents. » Euralis, un des précurseurs des ventes de produits locaux en circuit court, avec ses Tables des producteurs, corners proposés depuis 2012 dans ses magasins Point Vert, a pu mesurer en 2020 la pertinence du concept dont le CA a augmenté de 28 %, et même 50 % entre avril et août, à la suite du premier confinement. Le groupe possède 37 rayons alimentaires approvisionnés chaque semaine par 500 producteurs, pour qui ce débouché est devenu essentiel. Enfin, Unicor, qui cherche à déployer ses Halles de l’Aveyron sur la première ceinture parisienne et dans les cœurs de ville d’Occitanie, a ouvert son enseigne en franchise aux investisseurs.

En pointe sur les innovations

Le Sud-Ouest s’illustre aussi par de nombreux programmes de recherche. Ovalie Innovation, filiale R&D de Vivadour et Maïsadour, est par exemple prête à déployer son concept de microméthanisation à la ferme qui permet de produire de l’électricité vendue à ERDF, et apporte aux éleveurs une solution pour supprimer l’odeur de leur lisier. L’entreprise travaille aussi sur la mise au point de nouvelles productions, comme la coriandre qui sera bientôt proposée aux adhérents. Un outil de transformation des graines en huile et tourteaux sera construit près d’Auch (Gers). Les deux coops bâtissent aussi, à Saint-Sever (Landes), une usine de trituration de soja, qui pourra transformer 30 000 t de graines par an. De son côté, Euralis met l’accent sur la biochimie. Déjà investi dans les biocarburants de première génération avec Océol, le groupe entend aujourd’hui se diversifier dans les biokérosènes pour l’aéronautique et les bioplastiques.

Val de Gascogne a lancé en octobre son nouveau service Val’sol d’accompagnement des agriculteurs vers une évolution des pratiques agronomiques. L’objectif est d’atteindre une fertilité physique, biologique et chimique des sols pour retrouver de la productivité, en appliquant des méthodes de conservation des sols. La coop a formé trente techniciens de terrain, en conventionnel comme en bio, ainsi que des salariés de son service appro, afin que tout le monde ait la même vision des choses.

Côté innovations, les avancées techniques portent aussi très fortement sur les outils digitaux. Afin de gagner en productivité, le pôle aliment du bétail d’Arterris a fait appel à la start’up toulousaine Nanolike pour placer des capteurs au pied des silos de ses adhérents, capables de détecter la quantité de produit présente. Lorsque le niveau critique est atteint, une alerte est envoyée sur le smartphone de l’agriculteur afin qu’il pense à passer commande avant d’être en manque d’aliment.

Chez RAGT Plateau central, à Rodez (Aveyron), près de 250 céréaliers utilisent l’application pour smartphone Perfarmer, pour consulter en direct les cours de leurs productions et définir leur propre stratégie de commercialisation. Ils fixent ainsi eux-mêmes le seuil auquel ils veulent vendre et sont avertis par SMS lorsque celui-ci est atteint. Perfarmer peut également être utilisée par l’OS pour proposer des ventes spots sur un volume donné. Aujourd’hui, une trentaine de coopératives et négoces, et 8 000 producteurs l’utilisent au quotidien.

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Bientôt un nouveau silo pour Aquitabio

Née début 2019, la SAS Aquitabio continue sa croissance. Elle est composée des coopératives Océalia, Sèvre et Belle, Cap Faye, Natéa, CEA Loulay et Union Entente des coopératives (composée de neuf coops). Si jusqu’à présent les volumes étaient stockés chez les coops membres, un silo va voir le jour à Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sèvres). Dédié au bio et d’une capacité de 11 500 t, il devrait être terminé en mai 2021. Le silo sera composé de cellules isolées et fermées, de deux fosses de réception, deux boisseaux de chargement de 60 et 120 t, d’un séchoir gaz et de deux nettoyeurs. Le budget total est de près de 5,8 M€, dont 1,2 M€ de subventions. Pour sa première année, Aquitabio a collecté 18 000 t, pour un CA de 3,47 M€. « Le résultat de  16 000 € est légèrement négatif. En effet, le Covid-19, sur la deuxième partie de la campagne, engendrant de moindres sorties de marchandises, impacte le stock de fin d’exercice et le résultat », précise Aquitabio.

Au Naca, une assurance pour garantir un revenu à l’agriculteur
p.schuber, © p.schuber

Hormis la séparation conseil et vente, le sujet le plus d’actualité pour les négociants du réseau Naca, c’est le déploiement d’une assurance paramétrique (aussi appelée assurance indicielle) pour les producteurs. Contrairement à une assurance classique, qui couvre les pertes réellement causées, l’assurance paramétrique est basée sur un montant forfaitaire et contractuel défini en amont. Ainsi, quand le rendement de l’agriculteur passe en dessous d’un certain seuil, en fonction notamment d’un potentiel de rendement départemental, il est indemnisé. « L’objectif, pour l’agriculteur, c’est d’assurer un revenu », appuie Patricia Ranouil, directrice du Naca (photo). Le dispositif répond aussi à des inquiétudes des négociants sur les situations financières des exploitations. « On est inquiets pour la fin d’année, confie la directrice. Il y a le Covid, mais surtout les problèmes de rendement, la sécheresse… » La récolte 2020, très mauvaise, risque de mettre à mal les trésoreries. « C’est pire que 2016, témoigne Bruno Martin, directeur du négoce Néolis. Sur l’été, on fait  38 %. Heureusement, la récolte de tournesol a été belle, et le maïs normal. Au global, cela fait  24 %. »

Poitou-Charentes : l’export, un poids lourd

En Poitou-Charentes, comme ailleurs, les filières qualité se développent. Mais l’export reste un poids lourd, avec le port de La Pallice tout proche (photo). Chez Océalia, la moitié des volumes de céréales collectés sont concernés. « La proximité portuaire est un atout », reconnaît Thierry Lafaye, directeur général. L’exercice 2019-2020 a été bien rempli pour le groupe coopératif. La fusion opérationnelle avec la coopérative Natéa, concernant les métiers, les systèmes d’information ou encore les comptabilités, a eu lieu en juin 2020. En janvier 2020, le groupe a acquis 75 % du capital du spécialiste du snacking et des graines salées pour apéritif Menguy’s, qui rejoint l’activité pop-corn dans un nouveau pôle agroalimentaire.

Nouvelle polco chez Océalia

Côté appros, Océalia a opéré une refonte complète de sa politique commerciale, en vue notamment de la séparation conseil et vente phytos. Sur le sujet, elle a choisi, comme beaucoup, la vente. Depuis l’automne 2019, « des contrats de services sont proposés aux adhérents, avec différents niveaux d’engagement », résume Thierry Lafaye. L’idée, c’est de proposer un package de services adaptés à l’agriculteur, et notamment la mise à disposition de données issues d’outils d’aide au pilotage de l’exploitation. « L’approche est globale », appuie le directeur. En ligne, la coopérative déploie la plateforme digitale d’e-commerce Aladin élaborée par InVivo. « Avec deux canaux, digital et classique, nous allons améliorer notre efficacité et la satisfaction de nos adhérents », explique Thierry Lafaye, notamment concernant la gestion des flux des approvisionnements.

Deux nouveaux adhérents Naca

Côté négoce, le réseau Négoce agricole Centre-Atlantique, dirigé désormais par Patricia Ranouil qui a pris la suite de François Gibon, a accueilli en 2020 deux nouvelles entreprises, portant le nombre d’adhérents à 112. Il s’agit de Bio Crop services avec un silo dans la Creuse, et Acti bio dans la Vienne. Toutes deux sont spécialisées dans le bio, dont les volumes sont en croissance. La certification HVE se développe en viticulture, mais peine en grandes cultures, notamment en l’absence de plus-value à la commercialisation. Le Naca poursuit ses actions de communication dans le cadre de Vert l’avenir.

« Nous sortons une huile premium en bouteille »
François Pignolet, DG de Centre Ouest céréales,

« Le confinement nous a frappés de plein fouet avec une extrême violence. Du jour au lendemain, la consommation de biodiesel s’est arrêtée net. Heureusement, nous avons trouvé du stockage rapidement pour que l’usine de trituration continue de fonctionner. Il y a deux ans, nous avons investi dans une chaîne de production d’huile alimentaire. Aujourd’hui, un tiers de notre fabrication, soit 30 000 t d’huile, suit ce débouché. Nous venons de sortir une huile premium en bouteille, vendue en épicerie fine. Nous innovons également dans le biodiesel en lançant notre propre B100, sous la marque COC100, avec un contrat bas carbone pour les agriculteurs. »

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