Agriconomie, Piloter sa ferme, ou encore Cereapro.com (ex-ComparateurAgricole.com)… Ces dernières années, les jeunes pousses proposant des services numériques accessibles en ligne directement aux agriculteurs se sont multipliées. Pourtant, d’après notre enquête ADquation, les agriculteurs restent prudents sur leur utilité pour optimiser la conduite de l’exploitation. Seulement 38 % pensent qu’elles sont une aide, et ce chiffre est stable par rapport à décembre 2018 (38 %). Pour la majorité (52 %), les start-up ne sont pas un atout, une proportion en légère baisse (58 % en 2018).

Toutefois, ces entreprises séduisent plus chez les gros exploitants. Le « Oui » passe à 52 % chez les agriculteurs ayant 150 ha ou plus de SAU, alors qu’il n’est que de 28 % pour ceux ayant moins de 100 ha de SAU. Cette proportion est également plus élevée en orientation grandes cultures (46 %).

Les startuppeurs surpris

Face à ces résultats, Jérôme Le Roy, président de La Ferme digitale, pointe des biais méthodologiques. « Dans la question, on met tout le monde dans le même panier. Le paysage de l’innovation en agriculture est très actif, il y a différentes catégories d’acteurs du numérique qui n’ont rien à voir. » Le cofondateur de Weenat constate pour sa part sur le terrain « un mouvement fort avec des entreprises qui se développent beaucoup », même si les pratiques dépendent aussi de l’usage d’internet, différent selon les agriculteurs.

Agriconomie dans 27 % des fermes

Paolin Pascot, cofondateur d’Agriconomie, trouve logique que les grandes exploitations soient plus intéressées, car plus indépendantes, ainsi que celles en grandes cultures. © © ROSANNE ARIES

Paolin Pascot, cofondateur d’Agriconomie, est aussi surpris par les résultats. « Si on prend des éléments macro, en 2016, il y avait une quinzaine de start-up, aujourd’hui elles sont 500. Je suis étonné qu’il n’y ait pas d’évolution entre 2018 et 2022. » Agriconomie affiche 100 000 clients agriculteurs en France, soit 27 % des fermes.

L’entrepreneur trouve en revanche logique que les grandes exploitations soient plus intéressées, car plus indépendantes, ainsi que celles en grandes cultures. « En élevage, les situations économiques sont souvent plus compliquées, et les exploitants ne sont pas dans une démarche de prospective et d’innovation en intégrant de nouveaux partenaires. »

Y a-t-il un plafond de verre pour ces jeunes pousses ? « Moi, je n’y crois pas, répond Paolin Pascot. En 2015, j’entendais : Les agriculteurs ne mettront pas un euro sur internet”. C’est normal que ce que disent les agriculteurs aujourd’hui ne soit pas le reflet de ce qui se passera plus tard. » Sans compter qu’avec le renouvellement des générations, les typologies d’exploitations vont évoluer. « Tous les deux sont au vert pour avoir une meilleure pénétration des start-up », appuie Paolin Pascot.

Marion Coisne