Notre baromètre ADquation-Agrodistribution, que nous effectuons chaque année en mai, est clair : les volumes de blé s’annoncent en fort retrait par rapport à 2019. 60 % des agriculteurs interrogés partagent ce sentiment, et encore plus dans l’Ouest (69 %). Une pointe d’optimisme est à noter dans le Sud, avec seulement 44 % des producteurs qui pressentent une baisse de leur récolte, et 9 % envisageant même une hausse.

Les conditions de culture au plus bas

Ces résultats sont assez logiques. Les surfaces sont en baisse de 7,5 % à 4,62 Mha, selon Agreste (4,58 Mha, selon Stratégie grains) étant donné les mauvaises conditions d’implantation à l’automne (très marquées dans l’Ouest), et les rendements s’annoncent très dégradés. Ils seront bien en deçà de ceux de l’été dernier, où ils avaient atteint 79,1 q/ha, pour une production nationale assez exceptionnelle de 39,6 Mt.

De son côté, Céré’Obs enregistrait au 18 mai 57 % de conditions de culture bonnes à très bonnes en blé, de loin, à ce stade, les plus basses de ces cinq dernières années.

Certes, en mai, les sols se sont humidifiés en région Centre, au sud de l’Île-de-France, en Bourgogne Franche-Comté, en Auvergne Rhône-Alpes. « Au 18 mai, la sécheresse des sols superficiels connaît un répit sur ces régions sans toutefois permettre un retour à la normale », indique Météo France.

Rendements en baisse malgré des « pluies salvatrices »

Ainsi, Hervé Courte, DG d’Île de France sud, salue les « pluies salvatrices », mais elles n’effaceront pas les conséquences de la jaunisse, des difficultés de désherbage ou de la sécheresse d’avril. Au global, les rendements devraient être en retrait de 5 q/ha sur des surfaces en repli de 5 à 7 %, pour une collecte en baisse mécaniquement de près de 10 %.

Même sentiment dans l’Allier, où Denis Beauchamp, responsable commercialisation de l’Ucal, évoque également 5 q/ha de moins sur l’ensemble de la zone malgré des pluies bénéfiques. « On pensait que ça allait être catastrophique, ça va juste être mauvais », commente-t-il. Un peu plus bas, en Isère, François Maxence Cholat, de la Maison François Cholat, voit un rendement dégradé de 10 % sur des surfaces quasiment stables.

Fortes inquiétudes au nord de la Seine

Au niveau national, Stratégie grains se base sur des rendements de 72 q/ha et une récolte de 32,9 Mt. « Mais c’est vraiment le côté optimiste de la fourchette », prévient Vincent Braak, analyste chez Stratégie grains. Si la baisse de volumes attendue concerne toutes les régions, les inquiétudes se font de plus en plus vives par rapport au manque d’eau au nord de la Seine, sur les grandes régions de production de blé tels les Hauts-de-France (7 Mt contre 7,8 Mt l’année dernière), le Grand Est (5 Mt contre 5,5 Mt) ou la Normandie (3,5 Mt contre 4,2 Mt).

« Au regard des conditions météo de la semaine à venir, en pleins stades floraison à début laiteux, c’est très mauvais, on n’est pas confiant, craint l’analyste. Il faut qu’il pleuve dans les dix prochains jours, sinon les prévisions de collecte vont être revues fortement en baisse. »

Renaud Fourreaux