L’agriculture de conservation des sols (ACS), longtemps portée par une poignée de précurseurs, spécialistes et associations tels que l’Apad, l’association pour une agriculture durable, semble ces dernières années gagner en notoriété auprès des agriculteurs français. Selon notre baromètre Agrodistribution-ADquation, 30 % des agriculteurs interrogés n’auraient jamais entendu parler d’agriculture de conservation, contre 45 % en 2018.

Les distributeurs s’emparent du sujet

S’il reste toutefois du travail à faire pour que l’ensemble des agriculteurs français connaissent cette agriculture, les démarches mises en place ces dernières années, notamment par les distributeurs, semblent porter peu à peu leurs fruits. Formations, animation de groupes d’agriculteurs ou essais au champ sont maintenant de mise un peu partout sur le territoire. Plusieurs de ces initiatives sont d’ailleurs à retrouver dans notre dossier « L’agriculture de conservation des sols, un travail de fond », paru dans le numéro 305 de juillet-août 2019, ou sur notre site internet.

Rappelons que l’ACS repose sur trois piliers agronomiques : la réduction au maximum, jusqu’à l’absence, du travail du sol, la couverture permanente des sols, et l’allongement et la diversification des rotations. Leur combinaison est indispensable pour être dans un système en ACS.

31 % des agriculteurs déclarent pratiquer l’ACS

31 % des sondés déclarent pratiquer l’agriculture de conservation des sols, proportion stable par rapport à 2019 et en hausse de 5 points par rapport à 2018. Ces chiffres sont toutefois à prendre avec des pincettes.

En 2017, l’Inrae indiquait que seuls 3 % des agriculteurs français étaient en ACS. Et du côté de l’Apad, ils seraient encore moins nombreux. « La réalité de ce que l’on observe à l’Apad, ce serait plutôt 1 à 2 % qui mettraient vraiment en œuvre l’absence totale de travail du sol, qui est la base fondamentale de l’ACS. C’est un système de production qui n’est pas cadré dans un label, qui n’a pas d’identification très rigoureuse », nous expliquait François Mandin, président de l’association, dans le cadre de notre dossier ACS. Pour Jean-Luc Forrler, chef de projet « conservation des sols » chez Vivescia, « nous sommes aujourd’hui autour de 5 à 6 %, mais ça va évoluer très vite dans les prochains mois et les prochaines années. Cependant, l’avenir du glyphosate bloque, son interdiction est le premier frein à l’ACS. On attend de voir s’il va bien bénéficier d’une dérogation d’utilisation en ACS comme l’a affirmé le ministre de l’Agriculture en février dernier avant la crise sanitaire. »

Changer de modèle : une obligation

Parmi nos 31 % de répondants déclarant pratiquer l’ACS, une majorité pourrait donc être sur la voie de l’agriculture de conservation par l’évolution progressive de ses pratiques. « Il y a de plus en plus d’agriculteurs qui s’y mettent et qui donnent des idées aux autres, mais nous sommes encore très loin des 30 %. Certains, par exemple, demandent à leur voisin en ACS de leur semer une parcelle en semis direct pour tester, analyse Jean-Luc Forrler. Aujourd’hui, c’est quasiment une obligation de changer de modèle, notamment pour réduire les coûts de production. Ce n’est pas un phénomène de mode. »

En janvier 2020, l’Apad a d’ailleurs lancé le label « Au cœur des sols », premier label de valorisation des exploitations en ACS. Si 60 d’entre elles se sont déjà vues attribuer ce label, elles devraient être 200 à la fin de l’année, l’objectif étant d’atteindre 5 000 exploitations en 2025.

Lucie Petit