Au 1er janvier 2020, 5 399 exploitations sont certifiées HVE alors qu’elles étaient 2 272 au 1er juillet 2019 (source : ministère de l’Agriculture). Cette dynamique, autour d’une démarche de certification environnementale qui a retrouvé un second souffle, peut expliquer les résultats de notre baromètre Agrodistribution-ADquation, avec 58 % d’agriculteurs qui voient en ce label HVE des débouchés ou une filière d’avenir.

Et ce sont les agriculteurs dans le sud de la France qui sont les plus convaincus (66 % de oui) ou encore, ceux orientés polyculture-élevage (64 %) ou cultivant 100 à 150 ha de SAU (63 %).

262 exploitations grandes cultures HVE

Ces résultats ne sont pas forcément le reflet de la situation actuelle puisque dans notre enquête, les viticulteurs ne sont pas ciblés. En effet, l’essentiel des exploitations HVE actuelles est comptabilisé en viticulture (4 532 exploitations, contre 1 904 au 1er juillet 2019). Avec une dominante en région Sud puisque c’est le département de la Gironde qui enregistre le plus fort nombre d’HVE (1 047), suivi d’autres zones viticoles comme la Marne (535), le Rhône (314), l’Aude (265) et le Bas-Rhin (244).

Cependant, la filière des grandes cultures est en pleine progression avec 262 certifications HVE contre 101 au 1er juillet 2019. D’autres devraient suivre étant donné les divers engagements annoncés dans ce secteur que ce soit côté coopératives ou négoces. Si cette certification est nettement moins présente en élevage, avec 134 exploitations HVE dont 84 en bovin viande, elle s’y développe également.

15 000 exploitations en 2022

Rappelons que ce dispositif fait partie des ambitions du gouvernement exprimé lors des États généraux de l’alimentation. Dans le plan biodiversité, il est ainsi visé 15 000 exploitations HVE en 2022, et 50 000 en 2030.

Toutefois, si une bonne majorité voit cette démarche d’un bon œil, le passage à l’acte est un peu plus en retrait puisque dans un sondage ADquation-Agrodistribution de septembre 2019, ils étaient 25 % à vouloir s’y engager dans les cinq prochaines années.

La Coordination Rurale vise les partenaires des agriculteurs

Par ailleurs, cet engouement n’est pas partagé par toutes les représentations du monde agricole. Ainsi dans un communiqué du 9 mars, la Coordination Rurale considère la certification HVE comme « un nouvel abus sous couvert d’environnement » et estime que la HVE n’a pas « démontré ses vertus ni pour l’agriculteur ni pour le consommateur ».

Ce syndicat pointe du doigt l’environnement autour des agriculteurs en indiquant qu’il se doit « d’alerter sur les risques et les paradoxes de la HVE et avant tout sur les intérêts d’un ensemble d’acteurs en gravitation autour des producteurs, pour qui le diagnostic, les évaluations, les contrôles payés par les agriculteurs seront une nouvelle source d’activité lucrative ».

Un blé à 200 €/t

Pourtant, sur le terrain, le tableau n’est pas aussi noir. Ainsi, pour accompagner les exploitations certifiées HVE fournissant le blé pour sa propre ligne de panification, l’enseigne Agromousquetaires a mis en place des contrats avec un prix d’achat du blé tendre à l’agriculteur de 200 €/t, garanti pendant trois ans (lire Agrodistribution n° 305, juillet-août 2019). Elle se fixe l’objectif de commercialiser 50 % des pains de la marque La Campanière (78 références à ce jour) sous le label HVE d’ici 2023, et 100 % d’ici 2025.

Pour Jean-Yves Colomb, président du groupe Dauphinoise, fournisseur de cette filière avec les coopératives La Tricherie et Scara, « face aux bouleversements des marchés mondiaux et des attentes sociétales, c’est une évidence de s’être lancé dans cette démarche troisième voie ».

La HVE, un droit d’accès au marché ?

De son côté, Sylvain Lemaître, du négoce Maison François Cholat, voit dans la HVE, « une porte d’accès aux débouchés à l’avenir. Dans dix ans, une grande majorité de l’agriculture pourrait être HVE. Nous avons alors choisi de prendre le train en marche ». Il estime que l’agriculteur sera plutôt gagnant. « Les cultures bas intrants mises en place avec nos agriculteurs dégagent une marge brute supérieure avec une qualité identique. Le producteur peut faire un diagnostic HVE qui lui coûtera 150 € et ensuite progresser à son rythme et à sa façon. »

Hélène Laurandel