La coopérative à la une La Cascap à un tournant
Soumise à la diminution de la production de ses adhérents et au surdimensionnement de ses silos, la Cascap vient d’acter qu’elle doit évoluer. La coopérative d’appro-collecte gersoise sait pouvoir s’appuyer sur ses 19 salariés, polyvalents, et sur l’attachement des 200 adhérents à cet outil.
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Soixante-cinq ans, ce n’est pas l’âge de la retraite pour la Cascap… mais sans doute celui d’un nouveau départ. Le 31 janvier dernier, en effet, les dirigeants de la Coopérative agricole de stockage, de commercialisation et d’approvisionnement, basée à L’Isle-Jourdain (Gers), se sont réunis en séminaire. Le président, Cédric Fourcassier, en résume la teneur : « Notre outil est dans un équilibre précaire, c’est économiquement compliqué. Nous ne pouvons pas continuer comme ça. »
Diversification, développement des partenariats, voire rapprochement avec une autre structure, « on ne ferme la porte à personne pour trouver des solutions », confie le président. Tout en admettant : « Aucun travail n’est engagé, nous ne sommes qu’au début de la réflexion. Les adhérents sont très très attachés à la Cascap. Mais si on leur dit qu’aujourd’hui on ne peut plus travailler tout seul, ils nous feront suffisamment confiance pour valider les solutions trouvées afin de leur permettre de garder un outil performant. La fusion n’a jamais été étudiée parce que ce n’est pas dans notre ADN. Mais on ne pourra pas rester le petit village gaulois. »
Cela dit, quelle est la situation de la structure aujourd’hui ? « Notre petite taille fait notre force, mais aussi notre faiblesse », synthétise la directrice générale, Aude Bouas. Avec 200 adhérents, tous situés à environ 25 km maximum autour du siège, et 19 salariés, la coopérative est un véritable outil de territoire. L’entreprise, créée en 1961 par des rapatriés d’Afrique du Nord, s’est développée au fil du temps pour proposer non seulement de l’appro-collecte, mais également un magasin de produits d’alimentation animale à destination du grand public (uniquement approvisionné avec des céréales de la coop) et la distribution de carburants via sa filiale Darris Services. En 1984, la coopérative a en effet racheté le négoce voisin, Darris, doublant ainsi sa capacité de stockage pour la passer à 50 000 t.
Des moissons 100 % en interne
Avec autant d’activités, « on sait qu’on peut compter sur la polyvalence de nos 19 salariés », se réjouit-elle. Notamment au moment des moissons, au cours desquelles l’ensemble des activités sont internalisées. « Nous avons trois chauffeurs tout au long de l’année mais, en plus, deux des trois TC ont leur permis poids lourds, de même que quatre des cinq salariés des silos. Quatre de ces collaborateurs sont aussi chauffeurs super-lourds. » L’activité du Lisa étant moins importante, le magasinier est mobilisé sur la collecte et ce sont les autres salariés du siège qui s’occupent des clients. « On prend aussi une intérimaire. Et des locatiers, des adhérents qui nous dépannent lors des pics de collecte. » Avantage de ce système : pas de difficulté pour recruter, « et les TC connaissent les champs, les agriculteurs, les routes d’accès, donc on est très réactif et efficace. »
« Ce sont des périodes très intenses, mais il y a une vraie solidarité entre les salariés et avec les agriculteurs », met en avant le président. Ici, adhérents et salariés se croisent souvent, jouent parfois au rugby ensemble… « C’est une petite zone où tout le monde se connaît. Les agriculteurs sont en sécurité à la Cascap, ils ont les mêmes interlocuteurs depuis des années. » Onze adhérents (soit 5 % !) sont membres du conseil d’administration, et « plus d’un tiers participe aux assemblées générales. Ils savent qu’ils peuvent donner leur avis et ils ne s’en privent pas ! », s’exclame la directrice.
Quant aux prix d’achat des récoltes et aux prix de vente des agrofournitures, « nous sommes bien placés », assure le président. La Cascap travaille avec le groupement d’achats Unisud pour les phytos et semences et avec la centrale Axso pour les engrais. « On cherche le meilleur rapport qualité-prix, mais nous ne sommes pas des génériqueurs. Nous voulons accompagner au mieux les agriculteurs, notamment avec de nouvelles molécules. Et, de façon générale, on essaie de diversifier les sources d’appro. » Cédric Fourcassier ajoute : « Faire partie de groupements d’achats nous permet d’avoir de meilleurs tarifs pour nous et pour nos agriculteurs. » Malgré tout, la Cascap n’a pas redistribué de bénéfices à ses adhérents depuis deux ans. Mais, explique Aude Bouas, « nous préférons avoir de bons prix tout au long de l’année et ne pas redistribuer. Toutefois l’équilibre est difficile à trouver… »
Meilleure qualité, rendements moindres
L’équilibre économique durable de l’entreprise, justement, voilà la difficulté grandissante. « Depuis plusieurs années, nos résultats sont juste à zéro, fait part la directrice. C’est déjà pas mal, diront certains, mais ce n’est pas suffisant. » Insuffisant, notamment, pour faire face aux dépenses liées à la tenue en état des silos : « Ce sont des investissements réguliers et vite très lourds. Mais on est nickel concernant la foudre, le bruit, la poussière… » Un point d’autant plus important que les deux sites de stockage de l’entreprise, qui se trouvaient au milieu des champs lors de leur création, se sont fait rattraper par les habitations. « L’Isle-Jourdain a vite grandi, on est dans la couronne toulousaine. Et les relations avec nos voisins sont un enjeu important pour nous », rapporte Cédric Fourcassier.
Les silos, d’une capacité de 50 000 t, sont surdimensionnés. « Depuis plusieurs années, avec la baisse des rendements, on est plutôt autour des 40 000 t récoltées », fait-il savoir. La coop souffre aussi de la baisse du bio et des déconversions de plus de 20 adhérents en quelques années : la récolte est passée de 5 000 à 100 t en 5 ans. « On ne récolte donc plus de bio depuis l’an dernier », regrettent les dirigeants.
Les 62 cellules de stockage permettent toutefois une diversité de lots. Si le gros de la récolte se porte sur le blé (24 % de blé tendre, 24 % de blé de force, 13 % de blé dur), la Cascap est également présente sur le tournesol (16 %), le maïs (8 %), l’orge (5 %), le sorgho, le soja, la féverole, le colza, le triticale, le pois… « On a souvent une meilleure qualité qu’ailleurs parce qu’on a des adhérents très techniques, en revanche les tonnages ne sont pas énormes », indique le président. La majorité des productions trouvent leurs débouchés en Espagne, ainsi que chez quelques meuniers locaux (Gouzène, Maury…).
L’un des objectifs est désormais de nouer des contrats tripartites avec des industriels, mais « la problématique majeure est notre taille », remarque la directrice. Autre point faible, selon elle : « Ce type de contrats nécessite souvent une garantie de produits sans insecticide de stockage. On ne peut pas donner cette garantie, sauf dans les cellules qui étaient dédiées au bio mais qui ne sont pas encore toutes vides. »
Un magasin de producteurs en projet
Clairement, la coop cherche donc à diversifier ses partenariats, ses activités également. Raison pour laquelle elle a le projet de créer un magasin de producteurs, sur le site de son siège social. L’idée est de transformer un hangar de stockage pour créer cette surface de vente, d’une centaine de mètres carrés. « Il s’agirait d’un lieu dédié à l’alimentation humaine mais aussi à l’alimentation animale, anticipe Cédric Fourcassier. Ce magasin accueillerait les produits de nos adhérents ainsi que de coopératives et agriculteurs locaux. L’idée est aussi de permettre de se lancer à des adhérents qui hésitent à se diversifier. » Problème : l’explosion du prix des matériaux fait flamber le budget, initialement prévu à 300 000 euros. « Le projet était viable il y a quelques mois, mais il devient de plus en plus serré. On fera peut-être quelque chose de plus petit », prédit la directrice.
L’enjeu est également de continuer à accompagner les adhérents dans l’évolution des pratiques face au changement climatique. « Nous avons un terroir un peu particulier, plus arrosé que le Lauragais mais plus sec que le reste du Gers », éclaire Aude Bouas. D’où des tests de nouvelles variétés de tournesol, notamment. « Nous formons bien sûr aussi nos équipes sur ces différents sujets parce que nos adhérents doivent allonger les rotations, travailler différemment pour récupérer du potentiel rendement, fait-elle valoir. Néanmoins on est sur des terres séchantes et argileuses, donc ce n’est pas simple… »
Lucide sur ses faiblesses, riche de ses forces, la Cascap fait donc face à de nombreux défis. « Il y a un virage à prendre, souligne le président Fourcassier. On en est tous conscients. »
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