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Coop de Buzet : un sociologue pour lever les freins chez les adhérents

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Coop de Buzet : un sociologue pour lever les freins chez les adhérents

Afin de mieux cerner les freins et leviers à la transition agroécologique, la cave coopérative Les Vignerons de Buzet a entrepris une étude sociologique de ses producteurs.

En février 2022, la coopérative Les Vignerons de Buzet va recevoir le rapport final de deux ans d’enquêtes de Milo Villain, sociologue à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, sur la façon dont les adhérents appréhendent la transition agroécologique et le passage au bio. Et ce, dans le cadre de son partenariat avec l’UPPA.

Un premier livrable sur les freins au changement de pratiques et les leviers à actionner lui a déjà été remis. « Il nous faut l’assimiler avant d’envisager un plan d’action », souligne Carine Galante, responsable projet. D’autant qu’est attendu le retour de l’Inrae sur une démarche d’expérience de choix avec les viticulteurs de la coop. « Nous allons croiser les différents résultats pour établir une typologie de nos adhérents et renforcer certains leviers. »

Il y a urgence à adhérer

La coopérative s’investit depuis quinze ans dans des démarches durables. Ainsi, 98 % des viticulteurs sont en HVE ou en bio (400 ha engagés en bio sur un total de 2 000 ha). Elle compte aller plus loin pour tendre vers un vignoble autofertile, zéro phyto, résistant naturellement aux bioagresseurs, regénératif en termes de vie dans le sol, stockage carbone et biodiversité, adapté au changement climatique et, bien sûr, rentable.

En prenant cette voie, la cave des Vignerons de Buzet espère, entre autres, enrayer un recul de la production subi depuis cinq ans à cause de forts aléas climatiques. D’où tout l’intérêt de cette étude sociologique dans un contexte où « certains se sentent démunis face à la nouveauté, sont dans l’incompréhension quant à la finalité du changement, note Milo Villain. Il s’agit de trouver du sens au changement pour avoir le plus d’adhésions possible. »

Parmi les freins relevés, l’influence des aînés a été particulièrement soulignée, car leur aval est souvent nécessaire « s’ils possèdent encore la terre ou la prise de décision », ajoute Milo Villain. Pour faciliter l’acceptation de l’innovation, le sociologue invite « à éveiller et entretenir le goût de l’essai et du challenge. Les administrateurs peuvent devenir une figure de proue en adoptant eux-mêmes les nouvelles pratiques. »

Le levier du collectif

Tout comme peuvent l’être les producteurs qui acceptent de se remettre en cause et les risques qui vont avec. « C’est un autre levier face au paradigme moderniste quantitatif fortement présent, alors que la transition agroécologique introduit une approche plus qualitative. » Entendre ces agriculteurs volontaires, touchés par la stigmatisation de leur métier, a ému Milo Villain, qui souhaite ouvrir une porte d’espoir en faisant valoir la force du collectif, y compris pour ceux lassés par le changement et qui le vivent comme une contrainte. « Transmuter les craintes individuelles par l’espoir collectif semble être un levier puissant. » Ce sujet riche va au-delà des extraits partagés ici et prendra toute son ampleur dans le rapport final qui sera publié sur la plateforme HAL.

Une étude sociologique en trois temps

L’enquête de Milo Villain, sociologue, auprès des viticulteurs adhérents de la coop de Buzet a été découpée en trois temps. De février à août 2020, une phase explorative a permis de sonder une quarantaine de viticulteurs sur leur métier, leur environnement, leur lien avec la coopérative et leur vision de l’avenir.

De janvier à mai 2021, des entretiens individuels avec 15 vignerons ont permis de cerner leurs appréhensions et leurs raisons d’agir en faveur de la transition agroécologique. Une dizaine d’acteurs du territoire ont également été sollicités.

De juin à septembre 2021, six réunions de groupe ont été menées autour d’une réflexion collective sur les freins au changement de pratique qui ont été relevés.

Milo Villain, sociologue à l’UPPA et au laboratoire Tree du CNRS, et Carine Galante, responsable projet à la coopérative Les Vignerons de Buzet.,
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