La petite coop agricole de la région de Souillac, dans le nord du Lot, a parcouru bien du chemin depuis sa création en 1985, à la suite de la fusion de la coopérative cantonale de Souillac, dans la vallée de la Dordogne, avec celle de Martel, sur le causse voisin. Le nom de la nouvelle entité était alors tout trouvé, ce serait Valcausse. Trois ans plus tard naissait le premier groupement de producteurs de noix. « Pendant dix ans, les volumes ont plafonné à 150 t par an, puis ils ont vite progressé lorsque la production de tabac a été remplacée par des noyers », raconte Thierry Chassaing, président de Valcausse depuis 2013. En 1990, la coop la Bourianaise, près de Gourdon, spécialisée dans les asperges, rejoint la nouvelle structure. Ensemble, les administrateurs décident d’ouvrir trois magasins grand public sous l’enseigne Valcadis sur chacun de leurs territoires : à Souillac en 1991, Martel en 1993 et Fajoles en 1995. « En 2000, nous avons racheté le fonds de commerce d’un négociant en fruits et légumes de Souillac, spécialisé dans la noix et la châtaigne, et nous avons utilisé ses installations pendant huit ans, complète Patrice Vacher, le directeur général. Nous avions alors atteint 400 t de fruits à coque et asperges par an. »

En 2003, Valcausse passe contrat avec la Capel, à Cahors (Lot), et la Périgourdine, à Montaut (Dordogne), pour créer la SAS Céréales services, spécialisée dans le maïs de qualité. Une ligne de silo dédiée est alors construite sur le site du Pigeon, à Baladou. En 2013, cette alliance est transformée en union de coopératives, dont Valcausse détient 60 % des parts, et Capel et la Périgourdine, 20 % chacune. Les apports en maïs proviennent à 95 % des adhérents de Valcausse, qui gère l’outil.

Par ailleurs, en 2009, la coop construit une première tranche de station fruitière à Baladou pour recevoir, trier, conserver et conditionner noix, noisettes, châtaignes et asperges. Un service qui correspond aux attentes des producteurs, lesquels sont nombreux à rallier la coop. Deux ans plus tard, puis en 2016, il faut agrandir l’outil. En 2019, la Capel ayant décidé d’arrêter la collecte de fruits et légumes, son groupement de producteurs adhère à l’OP Valcausse pour les noix, les marrons et les asperges. Quarante agriculteurs supplémentaires viennent grossir les rangs de la section fruits et légumes, avant de devenir en juillet 2021 adhérents à part entière de Valcausse. « Les volumes de notre activité organisée ont alors progressé de 15 % et nous sommes devenus la seule coopérative spécialisée en noix d’Occitanie, note le DG. En parallèle, l’activité de négoce portée par Valcadis a diminué. »

Une station fruitière qui grandit

« Notre principale activité, la collecte et le négoce de noix (2 600 t en 2021), noisettes (300 t), châtaignes (160 t) et asperges (70 t), représente 40 % de notre CA, reprend Patrice Vacher. En 2022, nous avons prévu de rajouter une ligne de calibrage et une d’ensachage, ainsi que des quais de réception. L’activité noix et noisette repose à 75 % sur les ventes en coques et 25 % sur les cerneaux et noisettes décortiquées. »

« Quelques producteurs font du cassage sur leur exploitation, mais le plus gros s’effectue à la station fruitière où nous possédons des outils de cassage mécanique et de tri optique, précise Georges Bouat, responsable de la station. Par ailleurs, une partie des noix est décortiquée à la main par un prestataire des pays de l’Est. Mais d’ici cinq ans, tout sera rapatrié ici afin d’éviter aux fruits de parcourir 14 000 km. » Pour la châtaigne, collectée de fin septembre à fin octobre, Valcausse possède 250 t de capacité de stockage froid. Un passage obligé pour ce fruit fragile, pour lequel la coop a encore une marge de progression importante. Fin mars, arrivent enfin les asperges récoltées, lavées et triées à la ferme, puis conditionnées en station en bottes tenues par des élastiques et vendues en plateaux vracs de 5 kg. Par souci environnemental, les plastiques complexes sur les colis ont été supprimés à 95 %, ce qu’apprécient clients et consommateurs. En revanche, l’emballage idéal pour les noix et noisettes n’est pas encore trouvé. Le papier est fragile et le jute attire les rongeurs.

Des Aliments locaux avant tout

Le deuxième pôle d’activité de Valcausse porte sur l’agrofourniture. Sur cette zone en polyculture-élevage, l’aliment du bétail représente 55 % des ventes. « Notre silo est plus un silo de service que de collecte, souligne le DG. Les deux tiers des céréales qui y rentrent repartent en l’état chez les éleveurs de chèvres et gaveurs de palmipèdes, ou sont livrés aux Ets Simbelie en Corrèze, notre partenaire fabricant d’aliment complet. De plus, 95 % de nos 10 000 t de céréales sont produites dans l’aire du fromage rocamadour AOP, si bien que nous pouvons garantir leur provenance aux éleveurs de chèvres de la filière. Ces derniers achètent 20 % de nos volumes. C’est un sérieux avantage concurrentiel ! »

Depuis 2017, pour répondre aux besoins de valorisation des protéines locales, la coop s’est aussi équipée d’un toaster pour les graines de soja. Elle propose le toastage aux éleveurs qui fabriquent l’aliment à la ferme ou les réintègre dans les compositions des Ets Simbelie. Les producteurs de foie gras et de rocamadour peuvent ainsi garantir une alimentation issue à 100 % de leur exploitation. Valcausse toaste 200 t de soja par an.

Une palette de produits régionaux

En 2016, la coop a bâti sur le site de Baladou un atelier de conditionnement de produits régionaux. « Nous développions déjà cette activité à Souillac, mais notre local avait été détruit par un incendie, se souvient Éric Barras, responsable produits régionaux. Nous ne transformons pas les aliments, nous les assemblons et les conditionnons, hormis les huiles de noix et de noisettes maison, pour la fabrication desquelles nous possédons une presse en continu restée dans notre ancien atelier. Nous proposons une gamme de produits tels que du sel de Guérande ou de la moutarde, agrémentés de noix, truffe, châtaigne ou safran. Nous avons aussi à notre catalogue des préparations pour gâteaux, pour un chocolat chaud au safran, pour des pâtes, omelettes ou risottos. » Valcausse prévoit de rapatrier la presse à Baladou et d’augmenter la surface de stockage de matières premières et d’emballages de son atelier qui occupe 400 m2. Un agrandissement de 100 m2 est programmé. La liste des produits régionaux regroupe environ 80 références, vendues sous la marque Moulin du Val dans le Lot, en Dordogne et en Corrèze. L’activité engrange un CA de 600 000 € par an, réalisé à 30 % par les huiles (12 000 à 14 000 l), dont 80 % d’huile de noix.

Enfin, l’activité Lisa, franchisée Point Vert depuis 2015, réalise une belle progression de 15 % depuis deux ans, notamment grâce à l’essor des produits régionaux et aux ventes des végétaux et du bricolage. Chaque établissement propose son propre assortiment de références alimentaires en fonction des productions fermières locales. Autre particularité, les Lisa possèdent un important rayon bricolage et quincaillerie, leur spécialité historique. « L’activité enregistre 3 M€ de CA en 2020-2021, indique Nathalie Boulle, responsable achats et animatrice du réseau. Nous réalisons 17 % avec le bricolage, 15 % sur le jardin, 13 % en alimentation animale et 12 % avec les produits régionaux. » « Nous avons rénové la partie jardinerie à Martel en 2021 et nous entamerons des travaux sur Souillac en 2023, ajoute Patrice Vacher. Nous retravaillons aussi notre site internet pour proposer bientôt de la vente en ligne. »

Et Thierry Chassaing de reprendre : « Notre stratégie consiste à proposer de plus en plus de services de proximité et d’être le plus réactifs possible aux besoins des adhérents. Nous proposons le séchage de maïs, le stockage à façon tout au long de l’année, l’échange de céréales, par exemple maïs contre blé ou orge, l’épandage de produits pulvérulents (chaux, engrais), la pulvérisation par atomiseur… » En 2020, la Cuma locale, créée en 1993 pour l’achat de ramasseurs de noix, a fusionné avec la coop car leurs adhérents étaient les mêmes. Rationalisé, son fonctionnement est aujourd’hui plus efficient. « Enfin, nous travaillons aussi à recruter de jeunes agriculteurs pour prendre la relève, confie le président. Sur dix-huit administrateurs, six nous ont rejoints récemment. C’est une bonne chose. »

« Notre stratégie consiste à proposer de plus en plus de services de proximité et d’être le plus réactifs possible aux besoins des adhérents », explique Thierry Chassaing, président de Valcausse depuis 2013., LECARPENTIER LYDIE © LECARPENTIER LYDIE
Nathalie Boulle, responsable des achats et animatrice du réseau des Lisa, LECARPENTIER LYDIE © LECARPENTIER LYDIE
Éric Barras, responsable des produits régionaux, LECARPENTIER LYDIE © LECARPENTIER LYDIE
Franck Héreil, TC responsable des appros, LECARPENTIER LYDIE © LECARPENTIER LYDIE
Georges Bouat, responsable de la station fruitière, LECARPENTIER LYDIE © LECARPENTIER LYDIE