Il n’est pas rare, dans les Hauts-de-France, de rencontrer une coopérative présente à la fois en productions végétale et animale. Mais il est peu fréquent d’en rencontrer une dont l’élevage constitue l’activité principale. C’est pourtant le cas de la société coopérative agricole de céréales et d’approvisionnement de la région d’Avesnes-sur-Helpe, au sud du département du Nord. « L’alimentation animale représente 60 % de notre chiffre d’affaires et une grande majorité de nos adhérents sont polyculteurs éleveurs bovins, explique Benoît Janson, son directeur depuis 2013. Ce sont surtout des éleveurs laitiers, mais aussi de vaches allaitantes. »

À cheval sur les départements du Nord et de l’Aisne, au cœur de la Thiérache, le pays du Maroilles, la zone d’activité de la coopérative s’étend de Le Quesnoy-Maubeuge au nord à Vervins au sud, et de Landrecies à l’ouest à la frontière belge à l’est. La coopérative d’Avesnes-sur-Helpe a la particularité de voir son activité progresser régulièrement tous les ans. Son chiffre d’affaires est passé de 11,4 millions d’euros en 2017-2018 à 15,1 M€ en 2020-2021, soit une augmentation de 30 % en quatre ans. « Nous sommes la seule structure dans la région vraiment spécialisée en élevage, c’est sans doute pourquoi de nouveaux éleveurs souhaitent venir chez nous, estime Stéphane Roseleur, président de la coop depuis onze ans. C’est aussi parce que nous avons toujours privilégié la proximité. Chez nous, l’accueil est convivial, presque familial, les agriculteurs s’y retrouvent. »

« Nous proposons aux éleveurs de stocker leurs céréales, de les aplatir et de les reformuler sous forme d’aliments, précise le directeur. C’est un service qu’ils apprécient et qui explique sans doute en partie notre progression ces dernières années. Chez nos adhérents, 50 % de la production d’orge est autoconsommée ainsi que les deux tiers de celle de maïs. Nous sommes aussi dans une région où l’agriculture est très dynamique. Le renouvellement des générations est bien engagé. La moyenne d’âge des agriculteurs est relativement jeune. Les exploitations ont tendance à s’agrandir à la fois en surface et en nombre d’animaux. »

Des investissements réguliers

Il faut dire aussi que la coopérative d’Avesnes-sur-Helpe a toujours su adapter ses outils et ses investissements aux besoins de ses adhérents. Avant la guerre, un syndicat avait déjà vu le jour, mais c’est véritablement en 1947 que la coopérative a été créée par un groupe d’agriculteurs-éleveurs qui souhaitaient se regrouper pour commercialiser leurs céréales et acheter les aliments du bétail. À l’époque, ils ont construit un premier bâtiment pour accueillir les diverses activités de la coopérative et un bureau dans le centre d’Avesnes-sur-Helpe. Les installations se sont agrandies progressivement, jusqu’au jour où le site du centre-ville est devenu trop étroit. « Le conseil d’administration a alors pris la décision de construire en 2009 un nouveau bâtiment de stockage des engrais à Haut-Lieu, à quelques kilomètres d’ici, indique le directeur. En 2013, un deuxième bâtiment est érigé sur le même site pour accueillir le stockage d’aliments, un aplatisseur à céréales et une mélangeuse. » En 2015, la coop réalise un nouvel investissement pour le stockage des céréales, qu’elle complète en 2016 par une première extension ; en 2019, par un nouveau bâtiment de stockage des grains ; et en 2021, par une nouvelle extension. « Depuis une dizaine d’années, nous avons toujours investi raisonnablement en fonction de la conjoncture, pour répondre aux besoins des adhérents, reconnaît le président. Nous allons continuer dans cette voie, lorsque ce sera nécessaire. »

Un contrat gagnant-gagnant

La coopérative, qui compte aujourd’hui 400 adhérents, dispose d’une capacité de stockage de céréales de 15 000 t, de six cases de stockage d’engrais et d’un bâtiment « aliments » de 1 500 m2 avec possibilité de stocker 26 matières premières différentes et les équipements pour la formulation des aliments. « Nous proposons surtout des tourteaux de soja et de colza, du lin, des pulpes de betteraves déshydratées, de la luzerne, du gluten… et des mélanges à la carte, souligne Benoît Janson. Pour les aliments composés, nous travaillons avec Sanders Nord et Néalia. » La coopérative a également lancé il y a deux ans une activité bio en alimentation animale et productions végétales, pour répondre aux besoins des agriculteurs bio.

La coopérative collecte 18 000 à 19 000 t de céréales en moyenne par an, l’essentiel dans ses propres installations, mais aussi pour une partie en partenariat avec la coopérative voisine Cérèsia. Le blé représente la plus grosse partie de la collecte. Il est utilisé sur place en alimentation animale, ou commercialisé principalement auprès de Sanders ou en Belgique.

« Notre objectif est d’obtenir le meilleur prix lors de la vente des céréales, et les prix les plus bas possible pour les aliments et les autres produits d’approvisionnement, poursuit Stéphane Roseleur. Le but d’une coopérative n’est pas de faire du bénéfice, mais d’être la plus efficace possible et de rendre le meilleur service à ses adhérents dans un contrat gagnant-gagnant. Notre objectif est aussi de continuer à nous adapter tout en restant indépendants, autonomes et maîtres du jeu. »

En ce qui concerne l’approvisionnement, la coopérative d’Avesnes-sur-Helpe adhère à la centrale d’achat Inoxa. « Ce qui nous permet d’accéder rapidement aux innovations et de bénéficier des mêmes conditions d’achat que les structures de taille plus importante, remarque le directeur. Via Inoxa, nous achetons surtout nos engrais et nos semences de maïs, betteraves fourragères, semences fourragères et de couverts, mais aussi les produits phytosanitaires, les plastiques pour enrubannage et silos ou les conservateurs d’ensilage. »

Une équipe motivée et polyvalente

Pour fonctionner, la coopérative s’appuie sur une équipe de seize salariés, le directeur, trois personnes au service administratif, quatre technico-commerciaux (deux en productions animales, deux en végétales), épaulés par un jeune en contrat d’apprentissage, trois magasiniers/livreurs polyvalents, deux chauffeurs, un chef de dépôt et un intérimaire. « Il s’agit d’une équipe très motivée et très polyvalente, souligne Benoît Janson. Chacun se tient informé de ce qui se passe à la coopérative, et peut répondre au téléphone et renseigner un adhérent. » Pour lui, le fait de rester une coopérative de taille modeste présente des avantages en termes de proximité avec les adhérents, de réactivité et d’adaptabilité aux besoins de la petite région, même si la coopérative ne dispose pas des mêmes moyens en matière de logistique, de confort ou d’outils de communication. Pour être le plus réactif possible, et en élevage c’est très important, la coopérative dispose de ses propres camions de livraison.

Sur le plan technique, les deux technico-commerciaux production animale s’efforcent d’apporter un véritable conseil « nutrition animale » adapté à l’équilibre de chaque exploitation. Dans une région avant tout herbagère, avec production de maïs fourrage, ils cherchent à valoriser au mieux les fourrages produits sur l’exploitation. Ils proposent également des analyses de fourrages. En productions végétales, les conseillers sont aussi capables de répondre aux attentes des agriculteurs en matière d’agriculture de conservation des sols et en bio. En conventionnel, ils ont lancé une forte dynamique de couverts végétaux sur les exploitations. Ils mettent en place des essais de variétés de maïs chaque année, et pour la première fois en 2022, ont implanté une expérimentation en variétés fourragères. « En ce qui concerne la fertilisation, nous réalisons des reliquats azotés et adaptons les conseils de fertilisation en valorisant les effluents d’élevage présents sur l’exploitation, précise Fabien Pingret, technico-commercial productions végétales. Nous sommes aussi très vigilants sur les engrais de fond et le chaulage. » La coopérative est orientée avant tout vers l’élevage, mais elle met un point d’honneur à être également performante en productions végétales.

Gutner, © Gutner
Benoît Janson, directeur de la coopérative d’Avesnes-sur-Helpe : « Nous sommes aussi dans une région où l’agriculture est très dynamique. Le renouvellement des générations est bien engagé. », Gutner © Gutner
« Accompagner les agriculteurs dans leurs prises de décision »
Claude Dejardin, responsable productions végétales, Gutner © Gutner

« Je suis arrivé à la coopérative il y a quatre ans, après un BTS en productions végétales, une première expérience dans l’enseignement agricole, et une licence à l’université d’Amiens en agronomie et agriculture de conservation des sols. C’est d’ailleurs un mode de production qui intéresse de plus en plus d’adhérents, même si dans une région d’élevage, la densité de trafic dans les parcelles pose des problèmes de tassement et que la charrue reste parfois incontournable pour oxygéner le sol. Avec mon collègue, Fabien Pingret, nous accompagnons les agriculteurs dans leurs prises de décision, dans le choix des espèces, des variétés et sur l’ensemble des aspects techniques en conventionnel comme en bio. Je gère également l’appro semences et phytos, et lui, les engrais. »

« Small is beautiful »
Lise Boulenger, technico-commerciale productions animales, Gutner © Gutner

« Après un BTS en productions animales, je suis entrée à la coopérative d’Avesnes-sur-Helpe comme technico-commercial en 2014. Aujourd’hui, je travaille à mi-temps à la coopérative et à mi-temps dans la coopérative voisine de Saint-Hilaire-lez-Cambrai. Nous sommes ici dans une région herbagère, notre objectif est avant tout de valoriser la production d’herbe sur l’exploitation, ainsi que celle des autres fourrages. Moi-même d’origine agricole, j’apprécie beaucoup le contact avec les éleveurs dans une région dynamique. D’une ferme à l’autre, les systèmes de production et les questions vont être différents. Le fait d’être dans une petite structure nous permet de rester au courant de tout, d’être très réactifs et de nous épanouir… Small is beautiful. »

« La clé d’entrée, le conseil en nutrition animale »
Dominique Canonne, responsable nutrition animale , Gutner © Gutner

« C’est après 18 ans dans la nutrition animale, chez Prévital Evialis, et 6 ans chez Sanders, que j’ai rejoint la coopérative. Pour moi, la clé d’entrée est d’apporter à l’éleveur le conseil en nutrition animale, et de trouver le bon équilibre pour répondre au potentiel de son troupeau. Nous sommes passés progressivement de rations sèches à des rations humides, avec tous les avantages sur le plan économique et pour les animaux qu’elles apportent, car elles sont bien adaptées aux vaches laitières à haut potentiel de la région. Je suis de nombreux éleveurs, et c’est très bien ainsi car j’aime avoir des défis à relever. J’aime aussi faire de la prospection, rencontrer de nouveaux éleveurs, leur montrer ce que l’on peut leur apporter. »

« Une équipe de trois personnes »
Éric Hubert, responsable administratif et financier, Gutner © Gutner

« D’origine agricole, je suis à la coopérative depuis cinq ans, après avoir travaillé au contrôle laitier et dans d’autres organismes agricoles. Ici, j’anime le service administratif composé de deux autres personnes, une responsable de la facturation des céréales et des appros vrac, et un responsable au magasin, des ventes au comptoir et d’une partie de la facturation appro. Personnellement, je m’occupe également des dossiers administratifs et comptabilité, des tableaux de bord, du suivi de la trésorerie ou encore des relances clients. Nous utilisons des logiciels développés pour les coopératives qui facilitent les échanges avec notre centrale d’achat, Inoxa. Ici, j’apprécie le travail en équipe dans une structure à taille humaine. »