L’année 2021 s’est terminée dans un contexte tendu et nous laisse en vigilance sur 2022 avec les élections à venir, une nouvelle Pac à finaliser pour entrer en vigueur au 1er janvier 2023 et, bien sûr, l’inflation des matières premières. Si les marges des entreprises vont s’en ressentir, le panier de la ménagère également. Comment vont alors se solder les négociations commerciales guidées par la loi EGalim 2 dont on attend beaucoup ? Quant au marché de l’emploi, les offres fleurissent de toutes parts, mais les candidatures ne se bousculent pas suffisamment. Plus que jamais, le secteur agricole et agroalimentaire doit booster son attractivité, d’autant qu’il s’investit crescendo pour prendre soin du patrimoine naturel et répondre à l’urgence climatique.

La question de l’attractivité du secteur pose d’ailleurs celle de l’aval du citoyen, devenu un véritable challenge. Le président de La Coopération agricole, Dominique Chargé, s’en inquiète quant aux réinvestissements à prévoir pour relancer certaines productions comme la volaille. « Il va falloir aborder sur l’année 2022 le sujet de la réindustrialisation de l’appareil agricole et agroalimentaire national pour récupérer des parts de marché perdues comme en poulet, dont 43 % de la consommation française est importée. Comment faire en sorte que ce réinvestissement fasse l’objet d’une acceptation par le citoyen ? », souligne-t-il. Tout un défi de communication est à relever par la profession, surtout dans un contexte de quasi-pénurie de main-d’œuvre, à l’image de l’agroalimentaire avec 40 000 postes à pourvoir. Cependant, coops et négoces ont pris conscience de cet enjeu, mais c’est un sujet de longue haleine. La qualité de vie au travail devient également un sujet phare, d’autant plus que les salariés peuvent être les meilleurs ambassadeurs de leur entreprise, comme le souligne Jean-Sébastien Loyer, DG de la Scael, dans son interview (p. 12). « Les ressources humaines sont un enjeu majeur dans la pérennité de nos activités, souligne le président de LCA. Nous devons mieux retravailler avec le monde de l’éducation et de la formation, et nous occuper de l’image de notre secteur qui doit retrouver son titre de noblesse, celui de produire l’alimentation. » C’est là que faire payer le juste prix via EGalim 2 peut participer à assurer des rémunérations suffisamment attractives et également le financement des transitions pour lequel la création d’un fonds est demandée par LCA. Cela peut contribuer aussi à une rentabilité durable recherchée par les entreprises pour pouvoir mieux résister aux différents aléas climatiques et économiques. « Pour atteindre la souveraineté alimentaire, nos entreprises doivent pouvoir allier compétitivité et transition », insiste Dominique Chargé.

Cependant, la loi EGalim 2 amène François Gibon, délégué général de la Fédération nationale du négoce, à émettre des réserves sur la contractualisation sur trois ans imposée à partir du 1er janvier 2023 qui pourrait « casser le mécanisme du marché des céréales ». De même, le programme européen Farm to Fork inquiète aussi la profession puisque des études d’impact ont relevé une baisse de production de 10 à 15 %. « C’est tout l’enjeu de trouver le bon équilibre entre la transition écologique et les positions économiques pour ne pas sortir du jeu des marchés alors que nous exportons 50 % de nos grains. Et tout ne sera pas résolu avec des clauses miroirs », estime François Gibon qui attend de voir l’impact sur les marchés du plan stratégique national, application de la nouvelle Pac, qui devait être remis à la Commission européenne le 22 décembre. De son côté, le président de LCA définit ce PSN comme « équilibré pour répondre aux objectifs de souveraineté alimentaire, mise en œuvre des transitions et préservation de la compétitivité. »

La problématique engrais

En attendant, à ce jour, le terrain se trouve confronté à des difficultés de sourcing en engrais azoté qui interrogent sur sa disponibilité en temps et en heure. « Nous avons demandé aux pouvoirs publics d’être accompagnés pour fluidifier la logistique sur l’azote », précise Antoine Hacard, président de LCA Métiers du grain. Par ailleurs, LCA bataille avec l’administration qui veut revoir le niveau de seuil du stockage d’ammonitrate à haut dosage suite aux accidents rencontrés dans des ports.

Quant à la législation séparation conseil et vente en phytos en vigueur depuis début 2021, avec de premiers audits se déroulant bien, LCA Métiers du grain va réaliser une enquête plus complète d’ici fin 2022. Les habitudes peuvent être longues à changer comme le montre notre baromètre ADquation (p. 14), alors que la FNA et LCA ont réalisé un gros travail d’information des équipes à l’aide de formations et de webinaires. Quant à l’échéance du conseil stratégique fin 2023, elle fait dire à François Gibon, « les communications devront aider les agriculteurs à en saisir l’enjeu. » Il estime d’ailleurs que « l’insuffisance d’offre de conseil en phytos ne va pas dans le sens de la transition agroécologique. »

Une plateforme CEPP pour les coops

De son côté, LCA déplore le désengagement de l’État dans Ecophyto, « alors que la profession se mobilise : hausse du biocontrôle, plus grand recours aux OAD et un nombre croissant d’exploitations HVE », souligne Catherine Matt, directrice de LCA Métiers du grain, qui va déployer début 2022 une plateforme CEPP regroupant les fiches à disposition des coopératives. Dans l’objectif d’accompagner au mieux celles-ci, LCA travaille également au développement des légumineuses, à la pérennisation du label rouge, à la valorisation des bonnes pratiques via le CSA-GTP avec un projet en 2022 sur la surveillance des contaminants. Des groupes de travail ont aussi été montés pour étudier la décarbonation de l’activité métiers du grain. Et un projet s’intéresse à la reconnaissance des référentiels pour faciliter la vie des entreprises qui « ont perdu bien des repères avec une gestion devenue plus complexe », note Antoine Hacard. De son côté, Dominique Chargé corrobore ce propos en estimant nécessaire, notamment en appro-collecte, « de reconstituer des modèles économiques stables. »

Les coopératives sous les feux des projecteurs des députés
Cédric FAIMALI, © Cédric FAIMALI

Après les débats autour de la loi EGalim 2, incluant des discussions sur les coopératives, Roland Lescure, président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, avait jugé pertinent de mettre en place une mission d’information parlementaire sur les coopératives agricoles afin d’établir un état des lieux du modèle coopératif agricole français. Constituée de onze parlementaires de tout parti politique, cette mission a débuté ses auditions le 2 décembre et va se terminer par la publication d’un rapport à la mi-février. Celui-ci sera présenté en réunion de la Commission des affaires économiques par ses deux co-rapporteurs nommés pour l’occasion : Stéphane Travert (LREM) et Fabien Di Filippo (LR).