L’année 2020 frappée par le Covid est-elle à oublier ? Ou avons-nous à l’appréhender comme un creuset de ressources nouvelles ? L’équation n’est pas facile. D’un côté, des situations de vies humaine et économique compliquées et délicates. De l’autre, des prises de conscience, des enseignements, des remises en cause, de nouvelles organisations, des innovations et des projets pouvant être en partie orchestrés par le plan France relance. Et aussi, une très forte capacité de résilience, notamment dans le secteur agricole et alimentaire, certes bien moins impacté, hormis les filières fournissant la RHD, que d’autres activités économiques. Délégué général de la FNA, François Gibon salue « l’agilité et l’adaptabilité des structures de négoce, et aussi la fierté des équipes d’avoir réussi le défi de maintenir l’activité ». Avec cependant une « pression terrible sur les services ressources humaines, tient-il à souligner. Encore plus lors de la seconde vague car les cas contacts se multiplient. C’est beaucoup de travail pour les RH car l’entreprise ne peut pas s’arrêter. De plus, le télétravail n’est pas toujours simple à gérer ».

La crise de plein fouet pour certains

Il est vrai que cette période de crise sanitaire si particulière a mis dans la lumière non seulement toute la chaîne alimentaire, mais aussi le travail considérable des collaborateurs, que ce soit au sein des entreprises ou dans les fédérations comme LCA ou la FNA qui ont pu démontrer toute la pertinence de leurs organisations. Il a fallu décrypter et relayer des textes législatifs qui tombaient chaque jour, jongler avec les zones d’ombre et des changements de dernière minute, participer aux diverses cellules de crise. Mais également assurer toute la prévention sanitaire des salariés restés sur site et accompagner les télétravailleurs afin de maintenir le service aux agriculteurs et les expéditions de marchandises. Jamais les collaborateurs n’auront autant été mis à l’honneur. À l’image du Comex d’Arterris qui a salué la réactivité et solidarité de tous, lors du bilan de l’année filmé autour d’une dégustation de produits des adhérents.

L’année n’a pas été facile pour tous. Certaines entreprises ont pris la crise Covid de plein fouet, à l’instar de Vivescia avec ses filières malt et boulangerie. « La malterie a été très touchée par l’arrêt de la RHD et également, dans une moindre mesure, la meunerie et les biocarburants, précise Anne-Laure Paumier, directrice LCA Métiers du grain. Cependant nos coopératives font preuve d’une bonne résilience, en devant s’adapter aux surcoûts générés et surtout à une collecte 2020 en recul de 17 %. Des reports d’investissements sont opérés et des mesures d’économie engagées. Les résultats 2020-2021 de nos 147 coopératives adhérentes seront mécaniquement entachés pour un métier qui dégage de faibles marges tout en supportant des coûts fixes importants. »

Accords de télétravail signés

Toutefois, les entreprises restent battantes. La crise sanitaire a poussé à se réinventer et fait émerger des évidences, comme la réduction des déplacements. Elle a amplifié une digitalisation qui a ouvert les portes de nouveaux formats de communication. À l’image des AG de fin d’année qui ont dû être totalement repensées. Des AG qui ont relayé une envie d’avancer et d’innover : projet de développement en pomme de terre pour la coop de Creuilly, en sorgho chez NatUp qui étudie aussi la chia et le blé dur, d’une huile de colza premium et d’un biodiesel 100 % végétal à la Coc, de farines de légumineuses du côté d’Arterris. « Nous avons besoin de nous réinventer sur de nouveaux schémas, de trouver de nouveaux marchés et d’être diversifiés, sinon ça va être difficile », relate Christian Reclus, DG d’Arterris. L’innovation est aussi au rendez-vous de l’organisation du travail avec la création, durant le premier confinement, d’un groupe de réservistes pour remplacer, si nécessaire, les opérateurs de production dans les usines d’aliments du groupe Le Gouessant. Ou encore avec des accords de télétravail aboutis à l’image de ceux de NatUp ou du groupe InVivo signé début novembre, ou en cours de finalisation comme chez Terrena. Mais le virtuel a ses limites. « L’absence de collectif finit par prendre le dessus. Il manque la communication périphérique lors des réunions qui fait souvent naître des idées et des projets », reconnaît François Gibon.

Prolonger le plan de relance

Cependant les projets ne font pas défaut. Le plan France relance devrait donner un coup de pouce pour certains avec les premiers appels à projets (AAP) lancés à l’automne dernier (lire encadré). Pour sa part, François Gibon est perplexe quant à leur impact pour le négoce, notamment en ce qui concerne l’AAP sur la restructuration des filières agricole et agroalimentaire. « Les négociants ont des projets, mais ils rentreront difficilement dans le cadre collectif de cet appel à projets. Nous comptons alors plus sur le plan protéines. » Les coops auront sans doute davantage de facilités, ayant plus la possibilité de faire valoir un projet entre deux structures de la même entreprise. Dominique Chargé, président de LCA, considère ce plan de relance comme « un excellent levier dont l’effet demande à être prolongé dans le temps, afin de pouvoir soutenir les investissements massifs nécessaires à la transition agroécologique. La dégradation des fonds propres des coopératives ne permet pas de les cofinancer. » Des investissements estimés à 9 milliards d’euros pour l’ensemble de la chaîne alimentaire, dont deux tiers sur l’amont agricole et un tiers sur l’agroalimentaire. À cet enjeu agroécologique, renforcé par le Green Deal et la Pac en préparation, s’ajoute aussi la réorganisation pour les coops et négoces liée à l’entrée en vigueur, en ce mois de janvier, de la séparation du conseil et de la vente en phytos (lire pp. 6-7).

Un mouvement est bien là. Et à tous niveaux si on se réfère à l’affaire Tereos qui a connu un dénouement surprenant (p. 9). Cet évènement n’augure-t-il pas d’une année 2021 sous le signe de la mutation ?

Les premiers appels à projets lancés
Cédric Faimali, © Cédric Faimali

Construction et réalisation d’un projet collectif de structuration de la filière agricole et agroalimentaire. Appel à projets doté de 50 M€.

Structuration des filières protéines végétales pour l’alimentation humaine et animale (volet collectif) et investissements post-récolte (volet individuel). AAP doté de 50 M€.

Développement de l’offre de produits bio. AAP du fonds Avenir Bio qui se retrouve doté de 13 M€ en 2021 et en 2022, pour financer des investissements immatériels et matériels des opérateurs économiques.

Projets en faveur d’une alimentation saine, locale et durable au cœur des territoires, notamment sous forme de PAT. AAP doté de 7,5 M€.

Décarbonation de l’industrie. Les deux AAP et l’appel à manifestation d’intérêt, lancés début septembre et dotés de 200 M€, sont clôturés avec pour lauréats, entre autres, Cristal Union et Tereos. D’autres AAP sont en cours d’élaboration.