Le palmarès des coops et des négoces 2025
La récolte 2025, renouant avec la normale, a redonné une bouffée d’oxygène aux organismes stockeurs. Mais les résultats du dernier exercice accusent le coup de la collecte 2024. Les annonces de fusion de coopératives s’enchaînent, pour passer le cap ou anticiper l’avenir. Coopératives comme négoces doivent faire face à de nombreux défis, changement climatique au premier chef. La question du renouvellement des générations d’agriculteurs se pose aussi, en particulier en élevage, secteur qui se porte mieux. À l’inverse, les céréales pâtissent de prix bas.
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Cet automne, « on a semé tout ce qu’on a voulu », se réjouit Denis Pelé, à la tête du négoce éponyme, dans le Maine-et-Loire, laissant espérer une récolte 2026 au rendez-vous. Une bonne nouvelle, après deux années chaotiques. La récolte 2025 a mis du baume au cœur, avec des rendements et une qualité globalement au rendez-vous, même si certaines productions souffrent plus que d’autres du réchauffement climatique, à l’image du maïs, production phare du Sud-Ouest. Mais si les volumes sont là, les prix non, avec des situations compliquées pour les fermes céréalières. L’élevage se porte globalement mieux. Reste à gérer les épizooties, avec une fin d’année où dermatose nodulaire contagieuse et influenza aviaire circulaient toujours. L’embellie donne par ailleurs un coup de boost aux installations en élevage. « L’intérêt revient, et en céréales des producteurs cherchent une production additionnelle », analyse Jérôme Calleau, président de la Cavac.
La diversification paye
La coopérative vendéenne, qui a réalisé 11,7 % de son CA sur l’exercice 2024-2025 avec le bio, fait état d’une reprise du marché en magasin spécialisé, avec + 6 % au premier semestre 2025. Comme les autres coopératives, le résultat de Cavac pâtit de la récolte 2024, mais le groupe est à l’équilibre, grâce aux filiales. Jardineries, agroalimentaire… Leur contribution a été particulièrement précieuse sur le dernier exercice. « Le monde agricole a connu une année difficile, la diversification a permis d’avoir un résultat positif », se réjouit Mathieu Staub, directeur d’Océalia. Le groupe charentais a acté également la fusion avec la Scar voisine.
Fusions en série
Un rapprochement parmi d’autres, alors que les annonces se sont enchaînées cette année. Chez de petites coopératives, à l’image de Beurlay, Oléron et Saint Agnant, mais aussi des grandes, comme Maïsadour et Euralis, ou Vivadour et Terres du Sud. Sans oublier Agrial et Terrena, respectivement sur la première et la deuxième marche de notre palmarès, qui ensemble pèseraient 12 à 13 Mds€. Plus récemment, Dijon céréales a annoncé avoir entamé un travail de réflexion autour d’une « synergie renforcée » avec sa voisine et partenaire de l’Alliance BFC, Bourgogne du Sud.
Cette vague de rapprochements n’a pas échappé aux députés, qui ont longuement questionné le président de La Coopération agricole, Dominique Chargé, lors d’une audition mi-novembre. Ils ont exprimé leurs doutes, quant à la taille des futures structures. De quoi légiférer ? L’idée laisse sceptiques Catherine Matt et Antoine Hacard, respectivement directrice et président de LCA Métiers du grain. « Je ne vois pas pourquoi la taille serait un critère de qualité, réagit Antoine Hacard. Il y a de très belles petites coopératives, et on a aussi besoin de leaders. Les coopératives s’adaptent, se modernisent, se réorganisent. »
Le MACF inquiète
Une agilité mise à l’épreuve au vu des défis qui attendent la distribution agricole, pour accompagner un monde agricole qui prend de plein fouet le dérèglement climatique. C’est d’ailleurs dans le louable objectif de décarboner que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF, ou CBAM) devait entrer en vigueur au 1er janvier 2026. Objectif : taxer les produits à forte empreinte carbone, comme les engrais azotés, lors de leur entrée dans l’Union européenne, afin d’éviter une concurrence déloyale pour les fabricants européens. Mais les filières agricoles dénoncent le surcoût pour les producteurs, alors que les trésoreries sont déjà mises à mal. Si le gouvernement semble avoir entendu les inquiétudes, aucun report ou évolution du dispositif n’avait été acté à la mi-décembre. « Ce serait la mort des cultures céréalières », s’indigne Antoine Hacard. La mesure pourrait-elle donner un coup d’accélérateur à des projets comme FertigHy ? Le consortium, dont est membre InVivo, prévoit de construire une usine d’engrais bas carbone dans les Hauts-de-France. « Dans l’absolu, oui, mais le problème c’est le pas de temps, analyse Catherine Matt. L’usine ne sera opérationnelle que dans cinq à dix ans. »
Au-delà de la séparation (lire encadré) et du MACF, La Coopération agricole se questionne sur le modèle de l’appro-collecte, avec un équilibre économique fragile. Des travaux sont en cours, et devraient être présentés début 2026. En revanche, le report de deux ans de l’application de la directive européenne CSRD a été confirmé. Pour rappel, elle fixe de nouvelles normes et obligations de reporting extra-financier pour les entreprises (150 coopératives et une quarantaine de négoces sont concernés). « C’est une bonne nouvelle, commente Antoine Hacard. Car les coûts sont conséquents pour nos coopératives. Autant nous sommes très volontaristes sur les politiques RSE, autant la CSRD, c’est la marche de trop. »
La RSE made in NégoA
De la RSE chez les coopératives, mais aussi chez les négoces. Début novembre, NégoA (ex-FNA) a lancé, avec NégoA Centre-Atlantique, à l’origine de la démarche, sa certification RSE Grainéthica. Alignée sur l’Iso 26000, elle est adaptée au secteur. La fédération vise 80 % de ses négoces engagés à l’horizon 2030. La RSE « est de plus en plus demandée par nos partenaires financiers », remonte Denis Pelé, également président du comité des régions à la fédération.
Autre sujet pour les négoces, la possible révision du pacte Dutreil, avantage fiscal réduisant l’impôt sur les transmissions d’entreprises familiales. Un récent rapport de la Cour des comptes estime qu’une réforme est nécessaire, pointant notamment son coût. « Pour l’instant, rien n’est figé, rappelle Denis Pelé. À chaque entreprise d’anticiper ce potentiel durcissement. En tant que chef d’entreprise, je suis vigilant. »
Sommaire
Le palmarès des coops et des négoces 2025
- Notre classement 2025 des coops et négoces
- Investir avec sérénité
- Île-de-France : ça bouge dans le sucre
- Grand Est : cap sur 2030
- Normandie : gagner en performance
- Bretagne : l’élevage salutaire
- Pays de la Loire : trouver l’équilibre
- Centre-Val de Loire : une année disparate
- Bourgogne-Franche-Comté : sécuriser la production
- Auvergne-Rhône-Alpes, Paca : vers plus de résilience
- Nouvelle-Aquitaine : des fusions pour retrouver de la compétitivité
- Occitanie : structurer les filières
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