Bruxelles ouvre la voie à une suspension du MACF
La Commission Européenne envisage de suspendre, avec effet rétroactif, la taxe carbone sur les engrais. Une décision qui ne fait pas l’unanimité.
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« La taxe carbone sur les engrais pourra être suspendue avec effet rétroactif au 1er janvier 2026. C’est une excellente nouvelle et un soulagement pour nos agriculteurs ! », s’est félicitée Annie Genevard sur X à l’issue d’une session extraordinaire des ministres de l’Agriculture de l’UE à Bruxelles, mercredi 7 janvier. La ministre de l’Agriculture s’est également voulue rassurante : « Il n’y a donc aucune justification que les importateurs d’engrais augmentent leurs prix. » Cette mesure devra toutefois être formellement entérinée par un acte législatif au niveau de l’Union européenne.
Dans le même temps, la Commission européenne a proposé de suspendre temporairement les droits de douane MNF (clause de la nation la plus favorisée) sur l’ammoniac, l’urée et, si nécessaire, certains autres engrais. « Cette mesure pourrait entrer rapidement en vigueur, en 2026, et représenterait un montant global comparable aux coûts générés par le MACF », a précisé l’exécutif européen.
« Une bouffée d’oxygène » pour LCA
Ces annonces ont rapidement fait réagir les organisations agricoles et les acteurs de la filière. Du côté des syndicats et des importateurs, la décision est plus que bienvenue. Antoine Hacard, président de La Coopération agricole Métiers du grain, y voit une « bouffée d’oxygène pour les coopératives », tout en appelant à aller plus loin : « Cela ne suffira pas. Il faut mettre en place des mesures structurelles pour sécuriser l’approvisionnement en engrais et garantir une production céréalière en quantité et de qualité. Cette pause doit surtout permettre de prendre conscience de ce qui manque cruellement : évaluer les impacts sur notre capacité de production avant toute décision et écouter les filières. »
L’Afcome prudente
L’Afcome salue également cette avancée ainsi que la prise de position de la France et son rôle moteur. L’association représentant les mélangeurs et distributeurs d’engrais demeure toutefois prudente : « Nous suivons attentivement les discussions, car cette décision doit désormais être validée par le Parlement et le Conseil européens. À ce stade, de nombreux éléments restent encore à préciser pour aboutir à cette finalité », tempère Emmanuel Nizon, chargé d’affaires publiques et réglementaires à l’Afcome. Et d’insister : « Cet article doit être validé rapidement afin de permettre aux importateurs de déterminer s’ils intégreront ou non les coûts du MACF à la facture. »
L’Unifa inquiète
À l’inverse, les industriels du secteur s’inquiètent de cette décision jugée en contradiction avec les engagements climatiques de l’Europe et de la France. L’Unifa dénonce l’instauration d’une « instabilité qui met en péril les outils industriels », sans pour autant « répondre aux problèmes de fond des agriculteurs ».
« Toute remise en cause du MACF exacerberait des distorsions de concurrence déjà existantes, mettant en péril des sites industriels, des emplois et des capacités de production stratégiques en France et en Europe. Les investissements nécessaires à la décarbonation de l’industrie des engrais ne peuvent être engagés que dans un environnement lisible, cohérent et prévisible », alerte l’union.
Un surcoût jusqu’à 62 €/ha
Pourtant, selon l’étude d’Agridées, publiée le 6 janvier, qui chiffre les conséquences économiques du dispositif pour les entreprises agricoles françaises, l’entrée en vigueur du dispositif MACF fait « peser un risque économique et financier majeur sur les exploitations de grandes cultures », alerte l’économiste Quentin Mathieu. Dans son analyse, il estime qu’en France, sur la base des importations d’engrais de 2024, « cet impact serait de l’ordre de + 42 à + 62 €/ha pour une exploitation type, soit un surcoût de + 6 à + 8 €/t de blé tendre (à rendement fixe de 7,5 t/ha et autres paramètres constants) ».
Et si la Commission européenne avance que ce surcoût sera supporté de façon équitable par chaque maillon de la filière, Quentin Mathieu insiste : « Ce sont bien les agriculteurs qui supporteront la majeure partie de ce surcoût. » Car sinon, « c’est supposé que les fabricants d’engrais prendront en charge pour partie ou totalité cette hausse en rognant sur leurs marges commerciales. Or aucune réglementation ni aucune logique économique n’imposent un tel comportement charitable. » Ainsi, à moyen-long terme, il prévoit une « révision de la stratégie de fertilisation avec une accélération de la tendance nationale à la réduction de la consommation d’engrais ».
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