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Tir groupé contre le MACF

Oscar Godin (Arvalis), Xavier Bernard (NégoA), Christophe Grison (LCA), Cédric Benoist (AGPB) et Emmanuel Nizon (Afcome) ont alerté, mercredi 25 janvier au Sia, sur le risque porté par la filière si le MACF n'est pas suspendu pour les engrais.

Présents au Salon de l’agriculture, plusieurs acteurs de la filière grandes cultures, dont l’Afcome, La Coopération agricole et NégoA, ont redit leur hostilité au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), sur fond de flambée du prix des engrais.

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« Une perturbation complète du marché de l’engrais européen. » Emmanuel Nizon, le chargé d’affaires réglementaires de l’Afcome, organisation qui regroupe les distributeurs et mélangeurs d’engrais, a résumé en quelques mots le constat de la plupart des acteurs de la filière grandes cultures.

Réunis mercredi 25 février, à l’occasion du Salon de l’agriculture, l’AGPB, l’Afcome donc, Arvalis, La Coopération agricole Métiers du grain ou encore NégoA ont exprimé auprès de la presse l’urgence de la situation. « Droits de douane NPF, droits antidumping, sanctions européennes sur les engrais russes… Tout ça vient renchérir les prix de l’engrais, souffle Xavier Bernard, secrétaire de NégoA. Et dans un contexte céréalier et oléoprotéagineux difficile, le MACF arrive au plus mauvais moment. »

De « l’amateurisme »

En vigueur officiellement depuis le 1er janvier 2026, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières se veut le prolongement de la taxe carbone appliquée aux entreprises européennes. Un principe qu’Emmanuel Nizon ne conteste pas, mais dont il regrette la méthode de mise en place. « Le principe, c’est de mettre sur un pied d’égalité la taxation des entreprises en Europe et la taxation des marchandises exportées vers l’Europe, rappelle-t-il. Mais le problème, ce sont les conditions techniques d’application, ou plutôt d’inapplication. »

Son principal grief résidant dans la construction du mode de calcul de la taxe appliquée, jugé par ailleurs complexe, multipliant « l’intensité carbone des marchandises au prix du carbone sur le marché européen ». Car la Commission européenne a dévoilé ses « références pour identifier l’intensité carbone » en décembre 2025. « Vous vous rendez compte ? Ça veut donc dire qu’un importateur était en incapacité totale de connaître la tarification MACF en décembre pour une application au 1er janvier 2026 », peste Emmanuel Nizon.

Cédric Benoist, secrétaire général de l’AGPB, insiste sur le flou dans lequel la filière se trouve plongée. « Cette application et le calcul de ce MACF sont de l’amateurisme. Un importateur qui doit travailler sur des gros volumes et des faibles marges ne peut se permettre des incertitudes quand il s’agit de taxes. » Pour le céréalier, cette mesure n’est pas juste. « Cela fait peser le poids de la décarbonation uniquement sur l’échelon agricole, ce n’est pas possible » ajoute-t-il. Et pas la peine de lui parler de compensation. « On entend parler de remboursement, mais il faut comprendre que, dans la situation actuelle, il faudrait doubler le budget de la Pac pour y parvenir », prévient-il.

Des conséquences techniques

La hausse du prix des engrais, l’inquiétude et la perturbation du marché pourraient significativement impacter la production française. « Le blé français peine déjà à atteindre les 11,5 % de teneur en protéines, quelles seront les conséquences sur les assolements ? Sur les apports d’azote ? Nous pouvons légitimement craindre que les producteurs lèvent le pied, s’inquiète Cédric Benoist. Oscar Godin, d’Arvalis, a fait un calcul inquiétant. « Nous avons travaillé sur des fermes types sur tout le territoire, ce qui nous a permis d’évaluer l’impact du MACF, relate-t-il. Nous estimons que le coût serait de l’ordre de 65 à 110 €/ha, ce qui représente 20 à 45 % des charges de fertilisation. »

Reste l’argumentaire des industriels européens des engrais, qui seraient théoriquement favorisés par l’application du MACF. Un argumentaire que les participants contestent. « Leur communication consiste à dire que l’ammonitrate est le graal des engrais, puisque c’est la spécialité de l’industrie européenne. Sauf qu’il y a de fortes contraintes de stockage, relève Yohan Merieau, directeur de Fertiline (groupe InVivo). Une urée protégée est aussi performante que l’ammonitrate et, en plus, il y a moins de normes de stockage. Il est important de garder un panel de produits disponibles large. »

Une « suspension immédiate »

Le message conjoint des intervenants se veut clair. « Nous souhaitons une suspension immédiate de cette application et que l’on nous propose un calendrier réaliste », résume Christophe Grison, représentant de La Coopération agricole Métiers du grain. « Il nous faut une pause technique pour sécuriser les approvisionnements pour la récolte 2026. Les céréaliers risquent d’être encore dans le rouge, c’est un enjeu majeur. »

Un espoir de suspension toutefois fragile si l’on en croit les responsables de la FNSEA qui s’exprimaient sur ce point cette semaine. Ils révélaient notamment que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’opposait à cette option. Et la suspension des droits de douane sur les engrais importés à l’exception des origines russes et bélarusses ne convainc pas. « Cette annonce répond au nouveau paquet de sanctions russes, pas au MACF », pointe Cédric Benoist.

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