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Kronenbourg, pionnier dans la production de bière responsable tracée

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Kronenbourg, pionnier dans la production de bière responsable tracée

Pour inscrire la production de la bière 1664, sa marque phare, dans la transition agroécologique, Kronenbourg lance une filière orge-malt responsable tracée coconstruite avec Malteries Soufflet et Soufflet Agriculture.

Pour produire ses bières à Obernai (Bas-Rhin), Kronenbourg mise depuis plusieurs années sur un approvisionnement local, issu de la région Grand-Est, pour le malt d’orge et de blé auquel s’ajoute le houblon pour la bière 1664. En 2011, cette dernière a été la première marque de bière à être certifiée origine française garantie. « Depuis, nous tirons ce fil de l’ancrage français pour cette marque qui représente 10 % de la bière consommée en France, explique Agnès d’Anthonay, directrice du développement durable (photo). Par ailleurs, Kronenbourg est née en 1664. C’est dire si la durabilité de l’entreprise est inscrite dans notre ADN. » C’est donc tout naturellement que le brasseur s’est lancé dans une démarche de filière « orge responsable tracée » pour sa marque phare. « L’agriculture est un des trois piliers de notre stratégie de développement durable, les deux autres étant les emballages et l’engagement sociétal. Pour créer cette filière, nous avons frappé à la porte de notre partenaire depuis 40 ans et notre principal fournisseur de malt d’orge et de blé. »

Plutôt que d’imposer un cahier des charges, Kronenbourg a préféré une démarche de coconstruction avec Malteries Soufflet et Soufflet Agriculture, « car les experts, ce sont eux ». Le brasseur souhaitait s’engager dans une voie qui attirerait un grand nombre d’agriculteurs pour que cette transition écologique ait un réel impact. « Pour cela, il a fallu construire un modèle économique qui permette de mieux valoriser l’orge ainsi produite, via du malt acheté plus cher à Malteries Soufflet, mais sans répercussion sur le consommateur. La transition agroécologique a un coût qui nécessite d’être en partie financé par des brasseurs comme nous », estime Agnès d’Anthonay.

Une montée en puissance

La première bière intégrant 20 % de malt durable tracé sortira en janvier 2023. Cela évite au brasseur d’avoir au départ deux chaînes de production : une avec 100 % de malt durable tracé et l’autre avec 100 % de malt classique. Le process ne sera pas modifié ; seul un silo dédié au stockage du malt durable tracé sera nécessaire. L’opération est un peu plus complexe pour Malteries Soufflet qui doit prévoir un stockage d’orge et de malt à part pour spécialiser les flux de production de sa malterie de Strasbourg. « C’est cependant possible car les volumes nécessaires à Kronenbourg permettent de réaliser une mini-production dans cette usine où nous travaillons par batch de 250 t d’orge », explique Guillaume Couture, directeur général de Malteries Soufflet.

Pour la récolte 2022, cette nouvelle filière concerne en effet 5 000 t d’orge produites sur 900 ha par 45 agriculteurs clients de Soufflet Agriculture, principalement dans l’Aube et l’Yonne. À l’horizon 2026, 100 % du malt utilisé pour la bière 1664 sera responsable tracé, soit une production de 25 000 t d’orge (5 000 ha et 250 agriculteurs) pour 2 Mhl de bière. « Avec 250 agriculteurs impliqués dans cette filière, cela aura un réel impact sur la transition écologique », souligne Philippe Vincent, directeur filières chez Soufflet Agriculture. L’objectif du cahier des charges qui comporte cinq piliers (lire encadré) est en effet d’améliorer les pratiques culturales tout en préservant la qualité technologique de l’orge et la qualité gustative de la bière. Cette filière orge responsable s’inscrit dans la démarche “Semons du Sens” du négoce.

Kronenbourg prévoit d’insérer un QR code sur chaque bière afin que le consommateur puisse avoir connaissance des efforts réalisés en termes de durabilité tout au long de la chaîne de production.

Montrer l’exemple

L’ambition du brasseur est d’étendre ce modèle à d’autres ingrédients (malt de blé et houblon) et à d’autres marques. « C’est un peu plus compliqué de mettre en place une filière responsable tracée pour le blé et le houblon chez nos partenaires fournisseurs, car les volumes nécessaires sont plus petits que pour l’orge », explique Agnès d’Anthonay. Avec cette démarche pionnière, Kronenbourg espère montrer la voie à l’ensemble du secteur brassicole français. « En tant que brasseur leader en France, nous nous devons de le faire. »

Kronenbourg n’en est pas à sa première action en matière de développement durable concernant l’agriculture. En 2019, la Fondation Kronenbourg a lancé une expérimentation pour accompagner des planteurs de houblon vers l’agroécologie. Depuis trois ans, sept producteurs alsaciens expérimentent plusieurs pratiques en ce sens : couvrir les sols pour augmenter la teneur en carbone, limiter le travail du sol pour favoriser l’accumulation de matière organique et de biodiversité souterraine, planter des arbres au bord des houblonnières, favoriser les niches de biodiversité pour diminuer l’IFT, introduire des animaux d’élevage dans les houblonnières pour gérer les couverts… « Le but est de générer des connaissances sur un sujet (l’agroécologie en production de houblon) où il n’en existait pas et, ensuite, de construire un modèle de filière agroécologique avec le houblon comme avec l’orge », conclut Agnès d’Anthonay.

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Repères

Premier brasseur français.

Une seule usine à Obernai dans le Bas-Rhin (la plus grande brasserie de France)

Production : 7 Mhl/an

30 % de la consommation de bière en France

Principales marques : Kronenbourg, 1664, Grimbergen, Carlsberg, SkØll Tuborg, Tourtel Twist

En janvier 2023, sortira la première bière 1664 produite avec 20 % de malt responsable tracé. En 2026, 100 % du malt sera issu de cette filière., Kronenbourg © Kronenbourg
Chantal Urvoy, © Chantal Urvoy
Un CAHIER DES CHARGES, cinq PILIERS
Chantal Urvoy, © Chantal Urvoy

À l’horizon 2026, « avec 250 agriculteurs impliqués dans cette filière, cela aura un réel impact sur la transition écologique », soulignent Philippe Vincent, directeur filières chez Soufflet Agriculture (à g.), et Guillaume Couture, DG de Malteries Soufflet. Pour respecter le cahier des charges, les producteurs d’orge doivent mettre en œuvre des pratiques de préservation des zones agroécologiques et sont encouragés à diversifier au maximum leurs cultures. L’empreinte carbone est réduite via une fertilisation raisonnée (analyse de sol en sortie d’hiver) et une implantation de couverts avant l’orge de printemps pour produire de la biomasse, capter du carbone et le restituer au sol. La qualité des orges est préservée en semant des variétés brassicoles sélectionnées pour leurs intérêts agronomiques et technologiques. Pour une juste rémunération des agriculteurs, une prime récompense la mise en œuvre du cahier des charges. Enfin, la transparence sur l’origine française et les conditions de production, du champ au brasseur, seront assurées grâce à la blockchain. Les bonnes pratiques mises en œuvre dans cette filière font l’objet d’un contrôle externe indépendant.

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