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McDonald’s à l’ère du CRC

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Rémi Rocca, directeur achats, qualité, logistique, environnement chez McDonald’s France.

Depuis cette récolte, l’ensemble des blés consommés par McDonald’s France pour l’élaboration de ses buns sont issus de blé CRC, « démarche qui s’intègre parfaitement dans la stratégie agroécologique de l’enseigne ».

L’enseigne de restauration rapide l’avait annoncé lors de l’édition 2019 du Salon de l’agriculture : « McDonald’s améliore encore la qualité de son blé en sélectionnant un blé français certifié 100 % CRC pour l’ensemble des pains bunsde l’enseigne. » C’est donc à présent opérationnel. Grâce à la contractualisation qui concerne 100 % des approvisionnements en blé, l’ensemble des agriculteurs partenaires de l’enseigne appliquent désormais ce cahier des charges, « l’un des plus exigeants de la filière ».

Pratiques « probantes »

Rémi Rocca, directeur des achats de McDonald’s France, rappelle que la chaîne de restauration a été la première à mettre en place la contractualisation pluriannuelle dans la filière blé en 2012, et même la traçabilité dix ans plus tôt. « Nos meuniers, qui avaient l’habitude de travailler du blé américain, ont alors basculé sur des blés allemand et français, puis du 100 % français depuis maintenant une dizaine d’années », se remémore Chris­tophe Blaise, directeur de Bimbo QSR (ex-East Balt), le fournisseur de petits pains. Pour McDonald’s, Bimbo est en effet approvisionné par trois entreprises de meunerie, Grands Moulins de Paris, Grands Moulins de Strasbourg et Moulins Soufflet. Sept OS les fournissent en blé standard et blé de force : Boisseaux, Puiseaux, Pithiviers, Valfrance, Limagrain, Val de Gascogne et Groupe Dauphinoise.

Originellement développé pour l’alimentation infantile, le cahier des charges CRC comprend 185 points de contrôle en matière de qualité des céréales et de préservation de l’environnement. Jusque-là, les céréaliers producteurs de blé pour McDonald’s appliquaient la charte Arvalis-Irtac (qui est conservée en tant que socle) complétée de points supplémentaires spécifiques.

« Ce nouveau mouvement de l’enseigne, estime Rémi Rocca, s’intègre parfaitement dans notre stratégie agroécologique démarrée en 2010 sur cinq filières et qui consiste à déployer des pratiques agronomiques testées en conditions réelles. » Ces « pratiques probantes » (outils de pilotage de la fertilisation, OAD phytos, intercultures favorables à la biodiversité, etc.), disponibles sur le site de l’enseigne, visent à réduire les traitements phytosanitaires, favoriser le maintien de la biodiversité ou réduire l’impact de la fertilisation azotée. Ce dernier enjeu n’est pas des moindres, puisque les blés utilisés pour la fabrication des « buns » sont à 70 % des blés de force, avec un fort besoin en azote. À noter toutefois qu’ils l’étaient à 100 % il y a encore quelques années, avant que McDonald’s ne se rende compte qu’abaisser le ratio jusqu’à ce niveau n’altérait pas les propriétés de ces petits pains à la mie serrée.

GES : encore des efforts

Cette démarche CRC est ensuite complétée sur l’enjeu climat par le suivi et l’analyse de l’indicateur de gaz à effet de serre, calculé grâce à une remontée d’informations des filières via des enquêtes agriculteurs des organismes stockeurs. McDonald’s s’était donné comme ambition de réduire les émissions de GES, par repas servi, sur le périmètre global de l’entreprise, de 20 % entre 2005 et 2020 (un chiffre à -12 % en 2018).

Ce virage de McDonald’s participe à la forte hausse des volumes de CRC, qui devraient passer de 345 000 t certifiées en 2018 à plus de 500 000 t en 2019, ce qui pourrait représenter près de 15 % des blés écrasés par la meunerie française. « Nous n’avons aucun objectif de volumes, tempère Marc Bonnet, directeur du GIE CRC, mais plutôt des objectifs, à travers notre plan Cap 2023, pour aller vers du zéro résidu de pesticides ou de pouvoir prétendre un jour que les agriculteurs contribuent à restaurer la biodiversité. » Ce qui convient bien à Rémi Rocca : « Notre préoccupation était de nous assurer de l’évolution permanente du cahier des charges CRC et sur la vision à long terme de la démarche, ce sur quoi nous avons été rassurés. » Comme le résume Marc Bonnet, « le projet de McDonald’s, en rejoignant le GIE CRC, est de progresser et d’atteindre un degré d’exigence supplémentaire. On a la prétention de croire que l’on pourra leur apporter plus que ce qu’ils faisaient avant, et en même temps, McDonald’s nous pousse à aller plus loin. »

21 €/t de prime

La conservation sans insecticide de stockage, point clé du cahier des charges CRC, implique des investissements chez les OS. Ce qui est le cas pour la coopérative de Boisseaux, qui est en train d’investir 2,5 M€, pour la récolte 2020, dans un nouveau silo de 5 000 t dédié au sans insecticide de stockage. Outre des tonnages supplémentaires en blé CRC, désormais produit par 70 céréaliers, « il s’agit de pouvoir recevoir davantage de CRC à la moisson et commencer à alimenter rapidement les meuniers. Les cellules seront beaucoup moins hautes afin de refroidir rapidement », fait savoir Xavier Thirouin, DG de la coopérative spécialisée en blé de force. Côté commercialisation, « l’OS verse 21 €/t pour le blé CRC », dit-il. L’agriculteur Pascal Vauzelle (encadré ci-dessous) assure être payé 240 €/t, montant auquel il faut ajouter une prime de stockage de 15 €/t.

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« Nos actions pour la biodiversité »
Renaud Fourreaux, © Renaud Fourreaux

« Le passage en CRC ne m’a pas paru vraiment plus contraignant, excepté l’interdiction de produire à moins de 250 m des axes routiers », témoigne Pascal Vauzelle (à g., devant une parcelle de Galibier). Agriculteur à Oinville-Saint-Liphard (Eure-et-Loir), il avait déjà mis en place auparavant des actions volontaires favorables à la biodiversité : 2 ha de jachères permanentes, 70 ares de bandes enherbées, 600 m de haies. La coop de Boisseaux travaille de son côté depuis plusieurs années à propos de la biodiversité avec une association beauceronne, Hommes et territoires. « On sensibilise à la biodiversité et à la mise en place d’actions (nichoirs, bandes enherbées, bordures de champ non broyées, réimplantation de chemins), même s’il n’est pas évident d’en évaluer l’impact, informe le DG de la coop, Xavier Thirouin. L’important, c’est la prise de conscience, redonner aux agriculteurs le sens de l’observation. »

En chiffres

1 464 restaurants.

1,8 million de repas servis par jour.

5,1 Mds€ HT de ventes totales sous enseigne.

660 millions de « buns » produits par an, à partir de 38 000 t de blé (dont 70 % de blé de force).

L’origine France représente 100 % des achats de blé (provenant de 550 céréaliers).

100 % du blé est contractualisé, la moitié de façon pluriannuelle.

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