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McDonald’s fait le grand saut vers l’agriculture régénérative

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Le 18 janvier, Delphine Smagghe (McDonald’s), Christophe Blaise (Bimbo), Nawfal Trabelsi (McDonald’s), Dominique Chargé (LCA), Jean-Yves Colomb (Oxyane), Christophe Grison (Valfrance) ont planté symboliquement cinq chênes pour inaugurer le nouveau programme de l’enseigne. © R. Fourreaux

En partenariat avec Oxyane et Valfrance, McDonald’s France lance son projet pilote « Agriculture régénérative et agroforesterie dans la filière blé » d’une durée de trois ans. Et prévoit au-delà la plantation de 230 000 arbres et 150 000 mètres de haies à l’horizon 2030.

C’est « le point de départ d’une ambition et d’un programme de grande ampleur », se réjouit Nawfal Trabelsi, PDG de McDonald’s France, en lançant en ce début d’année le projet pilote « Agriculture régénérative et agroforesterie dans la filière blé ». Cette initiative, partagée avec son fournisseur de petits pains Bimbo QSR, rassemble deux moulins (Grands Moulins de Paris et Moulins Soufflet), deux de ses sept coopératives partenaires, Oxyane et Valfrance, et 60 de leurs adhérents (la moitié chacune). Soit 10 % des agriculteurs sous contrats dans la filière blé McDonald’s.

35 % de GES visés

Les deux coopératives sont en train de sélectionner les producteurs qui seront mis dans la dynamique progressivement d’ici 2025, selon deux critères : ils doivent respecter de fait le cahier des charges CRC permettant d’obtenir, comme l’exige McDonald’s depuis l’été 2021, des buns issus de farine label rouge, et devront être motivés pour participer à la transition agroécologique via l’agriculture régénérative. Terme qui vise chez McDonald’s à la fois à améliorer la qualité des sols, à restaurer des réservoirs de biodiversité et, surtout, à développer des puits naturels de carbone afin de contribuer à son objectif de réduction de 35 % des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son périmètre d’activité entre 2005 et 2030. En 2020, l’enseigne disait avoir fait près de la moitié du chemin ( 16 %), notamment par une baisse de 50 % côté restaurants. Elle doit donc accélérer sur le volet agricole, et cette initiative vient consolider la constitution l’an dernier d’une ferme filière blé à « ambition zéro carbone  » à Autruy-sur-Juine (Loiret), chez un adhérent de la coopérative de Boisseaux.

Pendant les trois ans de ce projet pilote, McDonald’s et Bimbo financeront intégralement la mise en place de pratiques agricoles favorisant les sols vivants (couverts végétaux, diversification des rotations), et la plantation de 20 000 arbres (en agroforesterie), dont 16 km de haies (en intraparcellaire et aux abords des parcelles). Tout ceci sous le regard avisé d’Agroof, spécialiste de la mise en place de systèmes agroforestiers en France, dont McDonalds’France s’est adjoint l’expertise.

Formation de techniciens

L’enseigne va également financer des formations théoriques et pratiques délivrées par Icosysteme en agroécologie, ACS, productions bas carbone…, à destination des agriculteurs, mais aussi des techniciens. Pour quel type d’accompagnement ? « Il ne s’agit pas pour les techniciens de mettre en place des systèmes agroforestiers, mais on attend d’eux une sensibilité, qu’ils sachent en parler et puissent échanger avec les agriculteurs, fait savoir Claire Zwilling, responsable développement stratégique chez Valfrance. En revanche, ils pourront mettre à profit directement leur expertise plus poussée en ACS, accompagner les agriculteurs dans la réduction des bilans carbone, participer à la réalisation de diagnostics carbone… »

Earthworm dans la boucle

« L’accompagnement des agriculteurs par les techniciens doit se faire en fonction des indicateurs de santé des sols », rappelle également Bastien Sachet, président d’Earthworm Foundation, qui accompagne les entreprises dans la transition vers l’agriculture régénérative et qui est en quelque sorte le gestionnaire de ce projet. Cette organisation, d’ailleurs à l’origine du programme Sols vivants lancé en 2018, réfléchit avec les coopératives sur les manières d’inciter les producteurs dans cette voie et de les accompagner techniquement et économiquement, considérant que « chacun dans la chaîne de valeur doit prendre des risques. » D’autant qu’après ces trois ans de pilote, il faudra trouver d’autres sources de financement. « Nous sommes en train d’étudier le modèle économique afin d’imaginer le mode de financement le plus efficace et le moins impactant pour les producteurs (intégration aux coûts de production dans le cadre de nos contrats, par exemple) », réfléchit McDonald’s. Une valorisation à travers le label bas carbone est également à l’étude.

Monter en compétences

Pour Oxyane, qui est à l’origine d’un bun sur sept servis chez McDo en France, « ce programme est une opportunité pour accompagner nos adhérents dans la transformation agroécologique de l’agriculture qui est un axe fort du projet d’entreprise Oxyane 2025 », souligne son président, Jean-Yves Colomb. Pour Valfrance aussi, c’est un « vrai accélérateur de la transition que nous voulons mettre en place et un moyen de monter en compétences ». Même si les deux coopératives n’utilisent pas forcément ce terme d’agriculture régénérative au quotidien.

Ce projet pilote devra également permettre de mesurer l’ensemble des impacts (coûts de mise en place, freins socio-technico-économiques) et des externalités positives (biodiversité, séquestration de carbone) avant de le répliquer chez d’autres agriculteurs à grande échelle. « Une fois qu’on aura les données techniques, économiques et environnementales, on pourra déployer dans l’ensemble des filières », appuie Éloi de la Celle, directeur des achats de McDonald’s France. L’objectif est ambitieux. Il vise la plantation de 230 000 arbres et 150 000 mètres de haies d’ici 2030.

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Une première haie chez Oxyane
r.fourreaux, © r.fourreaux

C’est sur une exploitation adhérente d’Oxyane, l’EARL Barthalay à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), que l’enseigne et ses partenaires ont planté symboliquement, mardi 18 janvier, cinq chênes sessiles. Ces derniers font partie d’une haie longue de 265 mètres linéaires, en bordure d’une parcelle sujette à des phénomènes d’érosion en cas de fortes pluies. Outre du chêne, elle est constituée de noisetier, érable, sureau (strate intermédiaire), et de troène, cornouiller, aubépine (strate basse). Florence Prudhomme et Grégory Barthalay (photo), à la tête de cette exploitation, cultivent depuis quatre ans du blé CRC pour la filière McDonald’s. Ils ont été enthousiasmés par le projet proposé par Oxyane, dans l’intérêt de la biodiversité, du paysage et de la lutte contre l’érosion. « Il y a trois ans, des pluies torrentielles se sont abattues, l’eau a dévalé la parcelle et inondé le hameau voisin », témoignent-ils.

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