L’année 2021 marque un tournant pour les rayons boulangerie des magasins U. « Nous avions cette volonté, déjà depuis plusieurs années, de favoriser une consommation responsable en restant accessible à tous, de construire une approche plus durable dans la façon dont sont produits les blés, mais aussi dans celle de rémunérer les agriculteurs, et l’ensemble de nos partenaires, afin qu’ils aient les conditions de se projeter et d’investir, fait savoir Jean-Baptiste Rogez (photo en médaillon), responsable développement filières végétales chez U. Au départ, on ne savait pas bien comment traduire cette ambition à travers nos produits. Désormais, l’orientation est claire, les engagements sont forts. Et cela vient rencontrer une autre dynamique forte de notre rayon boulangerie : répondre à une attente d’approvisionnements locaux, dans une logique de circuits courts. »

10 000 t de blé pour la filière nationale

C’est d’abord l’ensemble de la gamme boulangerie nationale à la marque U, baguettes et pains nature, campagne, céréales et complet, qui est concerné par cette mise en filière. Soit 40 millions de pains par an. Le dossier a été construit avec des partenaires vendéens historiques, Brio’Gel et la Minoterie Planchot, ainsi que la Cavac et la Tricherie. Depuis ce printemps, les coopératives fournissent à elles deux, et à parts égales, 10 000 t de blé par an (soit 1 500 ha environ), cultivés selon un cahier des charges CRC et label rouge par des agriculteurs qui bénéficient d’un contrat à prix fixe sur trois ans. La Cavac s’appuie notamment sur le déploiement d’un nouveau site de stockage du blé meunier, à L’Hébergement.

Transformée à la Minoterie Planchot, à Saint-Paul-en-Pareds, la farine est ensuite livrée d’une part directement aux magasins U qui disposent d’un atelier boulangerie et fabriquent leur pain, et d’autre part à la société vendéenne Brio’Gel, qui prépare et distribue les baguettes et pains surgelés précuits. Une organisation que justifie ainsi Jean-Baptiste Rogez : « Nous voulions proposer cette gamme dans tous les magasins, qu’ils disposent ou pas de fournils. » À partir de l’automne, une refonte complète de la sacherie est prévue, comprenant la mise en avant du partenariat.

Déjà un an pour la baguette 100 % bretonne

En plus de ce dossier national, les rayons boulangerie des magasins U sont en train d’installer une gamme régionale à la marque U, composée de baguettes traditions qui sont identifiées sur des filières d’approvisionnement locales, évidemment sur des volumes beaucoup plus faibles. Le concept est testé depuis un an en Bretagne, où a été créée la filière U Blé de Bretagne avec trois partenaires locaux, Eureden, la minoterie Paulic (Saint-Gérand) et la boulangerie Leroux (Concarneau) pour les magasins ne disposant que d’ateliers de cuisson de pains surgelés. En un an, cette filière a consommé 600 t de blé en provenance d’une dizaine de producteurs d’Eureden pour la fabrication de près de 2,5 millions de pains distribués dans 115 magasins U bretons.

L’idée est de mailler progressivement le territoire en dupliquant ce schéma tripartite à d’autres filières régionales. Ainsi, depuis ce printemps, la Normandie (avec NatUp), l’Occitanie (avec Agro d’Oc), et la Vendée (avec la Cavac) disposent de leurs propres filières régionales. Il en sera de même pour l’Alsace et les Pays de Loire dès cet automne, puis les Alpes, Paca et l’Île-de-France début 2022.

Le CRC comme socle

« Il y a également une garantie de rémunération pour les agriculteurs qui, souvent, se traduit par un prix fixe sur trois ans mais qui, selon les régions, peut être ajustée », fait savoir Jean-Baptiste Rogez. C’est le cas en Bretagne : « L’intérêt de la démarche pour le producteur est d’avoir une transparence dans le prix de revient, qui intègre chaque année le rendement moyen de la région Bretagne et le coût de production du blé pour cette filière U, indique Michel Le Friant, responsable métiers du grain chez Eureden. Par exemple, pour la récolte 2022, on répercutera l’impact de la hausse des prix des engrais azotés dans les coûts de production. »

De la même manière, le cahier des charges s’adapte au territoire. « La base est de faire cultiver du CRC, indique Jean-Baptiste Rogez, mais si ce n’est pas possible, on ne s’interdit pas de faire autre chose en mettant en place des actions équivalentes dans des démarches de progrès. » C’est aussi le cas en Bretagne, où est valorisé un blé meunier selon la norme NF V30-001, et cultivé dans un bocage qui préserve les haies et abrite les auxiliaires de culture.

Pour couronner le tout, les magasins U ont mis en place cette année, au rayon épicerie, la farine en sachet à la marque U. Le fonctionnement est identique à celui de la filière boulangerie nationale, avec un partenariat tripartite qui devrait bientôt être officialisé.

À partir de l’automne, une refonte complète de la sacherie est prévue, comprenant la mise en avant des partenariats.,
« Un prix fixe sur trois ans »
Benjamin Bichon, codirecteur de la coopérative de la Tricherie,

« Nous avons commencé l’aventure avec Système U et la Minoterie Planchot il y a pile dix ans pour la récolte 2011, au départ selon un cahier des charges basé sur la démarche Agri Confiance. Quand l’enseigne est entrée dans le GIE CRC il y a quelques années, ce cahier des charges est venu progressivement alimenter leur approvisionnement, et depuis un an, nous leur livrons uniquement du CRC label rouge. Les volumes augmentent régulièrement chaque année en fonction de la progression des ventes dans les magasins U.

La grande nouveauté de ce partenariat a été de bâtir un contrat tripartite basé sur la fourniture de blé meunier par nos adhérents, avec un prix fixe sur trois ans, déconnecté du marché et bâti au regard des coûts de production. Nous fournissons environ 5 000 t de blé par an, comme nos confrères de la Cavac.

À la coopérative de la Tricherie, 70 % des blés sont CRC et c’est vraiment notre fer de lance. Nous disposons d’installations récentes, performantes, de belles capacités de ventilation, et nous venons d’ailleurs d’installer des groupes froids pour cette campagne. Cela va profiter aussi à la filière U. »