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Le blé CRC à l’épreuve du SRP

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Le blé CRC à l’épreuve du SRP
Filière CRC

La filière CRC a produit pour la première fois de son histoire plus de 600 000 t de blé en 2021, dont 2 500 t sans résidus de pesticides (avec 3 OS). Des premiers volumes pour éprouver la faisabilité de la démarche, et qui ne demandent qu’à rencontrer un marché, aujourd’hui peu demandeur.Par Renaud Fourreaux

Avec 607 000 t de blé tendre, 10 500 t de seigle, 3 500 t de blé dur et 500 t de grand épeautre, la filière CRC (culture raisonnée contrôlée) a franchi en 2021, pour la première fois, la barre des 600 000 t de production et regagne un tiers de production supplémentaire après la médiocre récolte 2020. En dehors de cet accident, la croissance de la filière se poursuit : en cinq ans, elle a gagné 117 % d’agriculteurs engagés, 136 % de surfaces et 193 % de production. Si on se base sur les 4,8 à 4,9 Mt de blé français écrasés annuellement par la meunerie française, le blé CRC représente 12,5 % des blés français écrasés par la meunerie française.

550 molécules recherchées

Surtout, cette année enregistre la première récolte pilote de blé CRC sans résidus de pesticides (SRP), certes faible (2 500 t avec une vingtaine d’agriculteurs) mais symbolique. « On a posé une première pierre, et nous sommes à l’aube d’une nouvelle histoire : garantir une production novatrice, durable, engageant l’ensemble de la filière », s’enthousiasme Amélie Petit, responsable R&D de Caps Vert, structure propriétaire du référentiel. « Le blé CRC SRP, c’est une marche encore plus haute que le CRC sur deux aspects : la maîtrise des contaminants et l’impact environnemental. » Environ 550 molécules sont recherchées, à un seuil inférieur ou égal à la limite de quantification de 0,01 mg/kg, « ce qui revient à trouver une erreur de dix centimètres sur une longueur de mille kilomètres », compare-t-elle.

Au GIE CRC, présidé depuis cette année par Vincent Jouan, administrateur d’Ynovae, qui succède au président historique, Étienne Henriot, on est satisfait de cette première récolte. « Techniquement, les premiers pilotes sont un véritable succès », rapporte Marc Bonnet, DG du GIE. Le hic, c’est que ces volumes n’ont toujours pas trouvé preneur. Six mois après la récolte, il n’y a toujours pas eu de vente sur ce créneau où la prime recommandée est toujours de 85 €/t, à partager entre l’agriculteur et l’organisme stockeur.

Ynovae, Cavac et Néolis

« La question des débouchés se pose dans l’état actuel des choses », reconnaît Marc Bonnet. Mais sans doute faudra-t-il attendre qu’un transformateur dégaine pour que les autres suivent. « Quelques meuniers étaient intéressés, reprend-il, et finalement dans l’artisanat, ça ne prend pas forcément. La promesse SRP, ce n’est pas nécessairement ce que les consommateurs ont envie d’entendre en boulangerie. Ils n’ont pas cette sensibilité pour le pain comme ils peuvent l’avoir pour les fruits et légumes. En tout cas, il ne faut pas que ce soit la seule promesse. Il faut leur parler aussi de pratiques favorables à la biodiversité, de traçabilité, etc. »

Les collecteurs sont également hésitants. Si neuf d’entre eux (le quart des adhérents OS) s’étaient manifestés au départ, seulement cinq se sont finalement lancés dans cette production pilote et deux ont abandonné en cours de route, soit à cause de difficultés techniques, soit en raison de la pandémie à gérer. En tout cas, pas à cause des cours du blé car ils n’avaient pas vraiment encore augmenté il y a un an.

Au final, seuls Ynovae, Cavac et Néolis ont récolté du blé CRC SRP en 2021. Or Cavac et Néolis vont faire une pause pour ne pas prendre le risque d’avoir trop de marchandises en stock. En 2022, il n’y a qu’Ynovae qui rempile donc, mais elle sera accompagnée par Val de Gascogne, qui a réalisé des semis dans cette optique. « Ça ressemble beaucoup au démarrage du CRC, avec Ynovae qui fait son travail de pionnier, analyse Marc Bonnet. On prend ça avec beaucoup d’humilité et de prudence. L’idée générale, c’est de démontrer que c’est faisable techniquement et d’être prêt quand le marché appuiera sur le bouton. » Et s’il ne se passe rien ? « On ne s’est jamais posé la question en ces termes, on est assez convaincu que ça fera partie du paysage, mais peut-être se trompe-t-on. Si ça ne marche pas dans 2-3 ans, on devra se poser la question. »

Plus de 100 000 ha

En tout cas, pour 2022, la filière CRC compte bien dépasser les 100 000 ha qu’elle a quasiment atteints en 2021. Elle va continuer de travailler sur l’établissement de cahiers des charges en colza, pois chiche et orge de brasserie. Vivescia, qui vient d’adhérer au GIE, y entre aussi pour ça : « Travailler à l’émergence d’une filière orge CRC », selon le DG de Vivescia agriculture, Jean-Luc Jonet.

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Filière CRC, © Filière CRC
« Nous rempilons pour la récolte 2022 »
Jean-Luc Billard, DG d’Ynovae,

« Nous avons mis en place 200 ha en pilote pour la récolte 2021 et nous avons récolté 1 200 t de blé CRC SRP sur deux sites de collecte, dans l’objectif de tester le processus, avec des plans d’analyses interne et externe, un contrôle par Bureau Veritas pour vérifier que les résidus de pesticides sont bien inférieurs aux limites de quantification. À ce stade, on peut dire que notre processus est fonctionnel et l’ensemble de nos lots a été certifié SRP.

Côté débouchés, nous sommes en pourparlers avec un meunier pour de petites quantités. Il y avait initialement une intention du marché pour du blé SRP, mais cette demande va-t-elle réellement se concrétiser ? Le marché est-il prêt à absorber le surcoût ? Le consommateur est-il prêt à payer quelques centimes d’euros en plus pour du blé certifié SRP ? Quoi qu’il en soit, nous rempilons pour 2022 avec à nouveau 200 ha emblavés. »

Jeudy et Vivescia, recrues de 2021
Lucie Taudon, © Lucie Taudon

Le nombre d’adhérents au GIE CRC poursuit sa progression puisqu’il en compte à ce jour 133. Dix nouveaux adhérents font en effet leur entrée dans la démarche : 5 industriels, 1 distributeur, 2 moulins (Grands moulins de Bordeaux et les Moulins du Nord et de Picardie) et 2 OS. À savoir, la coopérative Vivescia, pour ses silos aubois de Villenauxe-la-Grande et Dampierre, dans l’objectif d’alimenter les Grands Moulins de Paris pour des farines destinées à la boulangerie artisanale et pour des viennoiseries ; et le négoce Jeudy qui répond à une demande locale en seigle et en blé « typé » à destination de la boulangerie artisanale. « Cela concerne 200 ha pour cette campagne avec une dizaine d’agriculteurs », informe Raphaël Jeudy, DG du négoce de l’Allier.

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