Imprimer Envoyer par mail

La qualité laisse à désirer

réservé aux abonnés

La qualité laisse à désirer
Gutner

Les conditions climatiques estivales ont contrarié une récolte française initialement prometteuse. Elle n’est que correcte en quantité, et laisse à désirer en qualité. Seule l’augmentation des cours vient apporter un rayon de soleil à ce bilan décevant.Par Renaud Fourreaux

Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas moissonné aussi tard, jusqu’à la fin août dans les territoires les plus proches de la Manche. Après plusieurs années à récolte express, le contraste est saisissant. Les intempéries à répétition n’auront cessé d’interrompre les chantiers, ne laissant que peu de fenêtres de tir pour battre les céréales. Par conséquent, les OS ont dû aménager leurs horaires de réception pour rentrer le maximum de marchandise avant la dégradation pluvieuse suivante. Quitte à faire quelques tas temporaires aux abords des silos… Des records journaliers de collecte ont été enregistrés, à l’instar de Soufflet qui a réceptionné 150 000 t de grains par jour pendant trois jours autour du 20 juillet.

Alerte générale sur le PS

Au global, les rendements nationaux sont corrects en orge d’hiver (69,7 q/ha selon Agreste), de printemps (63,2 q/ha) voire bons à très bons en colza (au-delà des 35 q/ha), qui revient de loin étant donné les difficultés climatiques et les attaques de ravageurs qu’il a pu subir cette campagne. Ils sont décevants en blé (74,1 q/ha selon Agreste, voire 70,7 q/ha pour Agritel) au regard du potentiel en juin. Surtout, la qualité, que ce soit en blé tendre ou en blé dur, laisse à désirer. Tout d’abord, les grains sont rentrés très humides, et les OS présents dans les zones les plus affectées ont été amenés à relever leur barème de séchage : pas de frais pour les colzas jusqu’à 11 % d’humidité, pour les orges de brasserie jusqu’à 16,5-17 %, pour les blés jusqu’à 17, voire 17,5 %. Les séchoirs ont fonctionné souvent à un niveau inédit pour des cultures d’hiver.

Les grains sont également rentrés parfois germés. Par exemple, 9 % de la collecte des escourgeons est non valorisable en malterie chez Cérèsia. Si cette année il n’y a pas d’inquiétudes sur les taux de protéines, et que le temps de chute de Hagberg se tient à peu près, c’est le poids spécifique qui fait l’objet de toutes les attentions, s’étant dégradé au fur et à mesure des pluies. Si aucune région n’est épargnée, excepté le Sud-Est, l’hinterland de Rouen est particulièrement concerné. Les collecteurs sont forcés d’alloter pour vendre des tas de qualité supérieure aux normes export et de l’autre côté passer des contrats de blé fourrager. Mais le débouché européen de l’alimentation animale ne suffira pas, d’autant que la concurrence intracommunutaire sur ce créneau sera forte. Il va falloir aller chercher d’autres marchés que les habituels. Cette situation génère en tout cas de grands écarts de prix entre les céréales aux normes, qui font souvent défaut, et celles impactées sur plusieurs critères qualitatifs. « La réduction de l’offre export de blé meunier française ne fait qu’accentuer la hausse des cours observée sur la scène internationale », note Agritel. Le prix du blé meunier coté sur le marché Euronext est en effet au plus haut depuis huit ans.

Pléthore de blé fourrager

« Sur l’ensemble de notre secteur, qui va de Rouen jusqu’au Sud-Ouest, je pense qu’on n’est pas loin d’avoir 50 % de blé fourrager », indique Jean Simon, DG d’Atlantique céréales. Cela génère pas mal de nervosité, voire l’affolement chez les OS, d’autant qu’ils se sont trouvés contraints de racheter leurs positions vendeuses sur l’échéance septembre d’Euronext et, en même temps, de payer les frais d’attente des bateaux, qui ont mis du temps à voir de la marchandise arriver dans les ports. Chez Sevépi, à cheval sur la Normandie et l’Île-de-France, le DG, Aurélien Caurier, témoigne : « Les blés récoltés après le 11 août ont un PS moyen à 72 kg/hl, ce qui abaisse la moyenne de la coop autour de 74 kg/hl. De fait, cela génère un problème d’exécution : il faut trouver de la marchandise pour honorer les contrats à 76 kg/hl. Un marché fourrager est en train de se mettre en place, mais il n’est pas encore complètement installé. Des petits volumes arrivent à passer ici et là sur le Benelux, mais la grosse cavalerie qu’on pourrait mettre à l’export sur des marchés asiatiques n’est pas envisageable à ce jour en raison du renchérissement du fret. » Jean Simon, qui fait un parallèle avec la moisson 2016, estime néanmoins qu’il faut laisser le temps aux traders de trouver des marchés et qu’il peut aussi se négocier des aménagements des cahiers des charges en meunerie.

Gutner, © Gutner
« On attend des assouplissements à l’aval »
Soufflet, © Soufflet

« C’est une moisson moyenne, selon François Berson, directeur collecte chez Soufflet agriculture. Il n’y a pas eu de problèmes pour les orges d’hiver et les escourgeons, mais pour les orges de printemps, les calibrages sont faibles (80 à 82 % en moyenne) et les rendements décevants. Il y a eu beaucoup d’inquiétude sur la germination, mais finalement la qualité s’avère correcte.

En blé, les rendements sont moyens. Pas de soucis de qualité sur la façade atlantique, mais plus on va vers l’est, plus on rencontre des problèmes ponctuels de Hagberg et surtout de PS. 40 % des blés ont un PS supérieur à 76 kg/hl, 45 % entre 72 et 76, et 15 % inférieur à 72. Pour les débouchés, des assouplissements sont attendus, que ce soit en amidonnerie, en meunerie ou à l’export. On devrait aussi probablement se tourner vers le marché inhabituel des fabricants d’aliment à l’export, mais il faut que cela se mette en place.

Enfin en colza, le rendement est moyen et les graines sont peu riches en huile, 42 à 43 % contre 43 à 44 % habituellement. 

Pénurie de blé dur
Laurent FABRY photographe, © Laurent FABRY photographe

En raison de la sécheresse exceptionnelle au Canada et d’une récolte insuffisante en Europe, les cours du blé dur n’ont pas cessé de s’apprécier cet été. Mi-août, les fabricants de pâtes alimentaires se sont émus de cette « entrée subite dans une crise pénurique majeure » et ont alerté sur la possibilité « de voir des fabricants de pâtes en Europe cesser leur approvisionnement des marchés les plus bagarrés », déclenchant une agitation médiatique. La FNSEA a tenu à relativiser : l’augmentation du prix du blé dur de 30 % constatée ne représente qu’un surcoût de 1 €/an/personne. En France, les rendements sont en recul dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes, les PS sont assez faibles en région Centre. Mais surtout, hormis en Paca, « tout est germé », se désole Jean Simon, d’Atlantique céréales. Néanmoins la pénurie est telle que l’« on arrive à valoriser auprès de la semoulerie espagnole des blés durs germés sans critère de Hagberg à 115 €/t de plus que des blés meuniers » !

Imprimer Envoyer par mail