Particulièrement sensibilisé à ce qu’il nomme « notre devoir », Patrick Aps a à cœur de faire évoluer ses équipes, à l’image de la formation en cours à l’agronomie des 70 ATE, et d’en apporter les bénéfices aussi aux adhérents afin de ne laisser personne au bord de la route.

On sent une belle émotion dans votre volonté de former tous vos agents terrain. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Lorsque l’on est au pilotage d’une entreprise, a fortiori d’une coopérative au modèle porteur de valeurs, on a le devoir de participer à la trajectoire professionnelle de nos collaborateurs et de l’optimiser pour qu’ils s’y épanouissent. Quand on en a l’envie, et de surcroît les moyens, ça serait un manquement à nos engagements que de ne pas le faire. D’autant que nous sommes à un carrefour historique de l’agriculture en France avec des ruptures. Le spectre d’expertise d’un agent technico-économique est devenu très large et compliqué. Nous avons à lui donner les outils et moyens suffisants. Sinon, nos paysans vont s’éloigner de nous et nos ATE nous quitteront, faute de trouver chez nous les moyens de leur propre développement. D’où cette formation à l’agronomie de nos 70 ATE d’ici fin 2024 avec l’institut UniLaSalle.

Si je n’ai pas pu grandir par la formation avant mes débuts professionnels, j’ai pu le faire ensuite car des personnes m’en ont donné la possibilité. Et lorsqu’on a eu cette chance, on a envie que les autres puissent l’avoir.

Il vous tient alors à cœur d’emmener toutes vos équipes dans les changements en cours ?

En effet. Pour cela, nous avons à créer les conditions pour que chacun trouve son bonheur dans l’entreprise sans céder à la facilité de l’élitisme. Mais nous avons le souci de nourrir, avec par exemple le digital ou les nouvelles technologies, la catégorie de salariés plutôt en avance, car ils vont emmener leurs collègues. Dans le même temps, nous œuvrons à faire progresser les autres. Nous ne négligeons aucune catégorie. Je tiens ainsi à faire la tournée des 120 silos lors de la collecte, car c’est dans ce quotidien que nous apprenons tant. J’ai été ainsi touché par les remerciements d’un agent de silo pour une formation qui l’a fait progresser. Je me dis alors que nous avons là réussi quelque chose. C’est ainsi que nous pourrons embarquer tout le monde dans un projet avec un modèle d’entreprise qui se veut répondre de la même façon aux diverses catégories d’agriculteurs. C’est une symbiose à mettre en œuvre.

Comment comptez-vous aussi embarquer tous les adhérents ?

En musclant le parcours de nos salariés, nous pouvons mieux répondre aux besoins et attentes des nouvelles générations d’agriculteurs qui montent elles aussi en formation, et leur proposer une véritable valeur ajoutée. Un de nos autres objectifs est d’embarquer le plus grand nombre possible de nos adhérents vers une certification environnementale collective. Nous offrons en niveau 2 une prime, sous condition d’un contrat, même si les volumes ne sont pas encore tous valorisés en tant que tels par l’aval. Et nous nous sommes lancés dans le colza à bas GES. Cependant, nous faisons très attention à ne pas dénaturer le sens de ces sujets fondamentaux pour l’agriculture, car ils ne se réduisent pas juste à verser quelques euros par tonne. Ce sont bien des démarches de progrès pour la transition agroécologique. Nous accompagnons aussi de nombreux groupes d’expertise ou d’innovation d’agriculteurs. On s’attache à ne jamais oublier que les agriculteurs sont le socle de notre entreprise. Enfin, nous avons une règle chère : ne jamais oublier d’où nous venons et bien faire ce que nous avons à faire, c’est ce qui fait durablement notre force.

Patrick Aps, DG du groupe coopératif NatUp, pose sur le site de Simarex au port de Rouen, CÉDRIC FAIMALI/GFA © CÉDRIC FAIMALI/GFA