Les années se suivent sans se ressembler tout à fait. Les conditions douces de l’automne 2020 ont en effet favorisé la présence des pucerons jusqu’en décembre et incité les céréaliers à protéger leurs parcelles. Plus de 45 % des hectares cultivés ont été traités contre 15 % en 2019, année où les pluies avaient souvent empêché la mise en place d’une protection.

À l’automne, 3,3 Mha déployés en céréales

Les surfaces de céréales d’hiver ayant augmenté de 10 %, le marché insecticide d’automne a été multiplié au final par trois en déployé, pointant à 3,3 Mha contre un peu plus d’1 Mha en 2019. Les hectares traités ont augmenté ainsi que les doubles applications. Et environ 45 % des surfaces de blé d’hiver et orge ont été protégées en foliaire. Les pyréthrinoïdes solos dominent toujours les utilisations à plus de 95 %. La répartition entre ces matières actives évolue peu. Avec Karaté Zéon (l-cyhalothrine), Syngenta détient 30 % de part de marché en surface et en valeur. « Dans ces conditions inédites où la recherche de persistance était cruciale, notre gamme Karaté Zéon a été fortement privilé­giée par les agriculteurs. Sa part de marché a atteint 30 % en surface déployée », note Aline Zaborowski, Product Manager Syngenta.

Les solutions à base de cyperméthrine d’UPL, Cythrine L et Cythrine Ma arrivent en deuxième position. L’esfenvalérate (Mandarin Gold, Sumi Alpha) se classe troisième du marché à l’automne. Selon Philagro, « la part de marché de l’esfenvalérate progresse pour atteindre 13,5 %, le produit ayant un profil avantageux sur les auxiliaires. » Parmi les pyréthrinoïdes, c’est la seule substance active appartenant à la sous-famille des benzyl-carboxylates, ce qui en fait un outil favorisant l’alternance et aidant à limiter l’apparition des résistances sur céréales. De son côté, Mavrik Smart (esfenvalerate) d’Adama a couvert près de 100 000 ha, sur ce segment de l’automne. « Il confirme ainsi l’intérêt croissant des agriculteurs pour des profils plus respectueux des insectes auxiliaires et des abeilles, et permettant en même temps de réduire leur IFT », note Guillaume Barbe, d’Adama. Bayer poursuit la commercialisation de Decis Expert et Protech (deltaméthrine) appliqués sur environ 50 000 ha à l’automne.

En colza, Boravi en profite

En dépit d’une baisse de la sole colza en 2020, le marché insecticide d’automne 2020 a progressé de 8 % en hectares traités. Il gagne 15 % en hectares déployés, pour atteindre environ 1,2 Mha. Le colza subit une forte pression des ravageurs d’automne depuis plusieurs campagnes, en particulier des larves de grosse altise. La résistance de ces coléoptères aux insecticides de la famille des pyréthrinoïdes profite à l’autre solution disponible, le phosmet, dernier insecticide organophosphoré autorisé sur colza depuis l’arrêt des produits à base de chlorpyriphos-méthyl. Dans ce contexte, Boravi WG (phosmet) de Gowan se déploie avec plus de 650 000 ha traités lors de la campagne 2020-2021, soit 55 % de part de marché. « Plus de 90 % des applications de Boravi sont réalisées à l’automne sur la cible grosses altises, larves et adultes, et charançons du BT. Dans les situations de résistance aux pyrethrinoïdes, le phosmet apporte une efficacité supérieure sur ces ravageurs », relève Éric Loppin, de Gowan.

La progression du marché profite aussi aux pyréthrinoïdes. La gamme Karaté Zéon affiche une part de marché de plus de 25 %, soit 10 points de plus que l’an passé. « En effet, Karaté Zéon est la référence technique parmi cette famille chimique apportant un réel avantage en termes de persistance d’action », souligne Aline Zaborowski.

Au printemps, le marché céréales a doublé

Le marché céréales de printemps 2020 a plus que doublé, passant à 1 Mha contre 400 000 ha en 2019. Les conditions climatiques de l’hiver ont favorisé le développement des pucerons au printemps sur un grand nombre de cultures, y compris les céréales. Sur colza, les traitements anti-méligèthes ont subi une légère baisse en 2020. Selon Guillaume Barbe, d’Adama, « Mavrik Smart a été appliqué sur environ 200 000 hectares déployés l’an dernier. Sa bonne efficacité sur les méligèthes résistants du colza se confirme encore au cours de ce printemps 2021. »

Dans les tuyaux, un anti-pucerons de BASF

Côté innovation, à noter qu’un nouvel anti-pucerons à nouveau mode d’action issu d’une nouvelle famille chimique est développé par BASF. Il est déjà lancé en Australie et en Corée sous le nom d’Axalion. Il permet de lutter contre de nombreux insectes ravageurs piqueurs et suceurs, notamment les aleurodes et les pucerons. Cette substance active neutralise rapidement les attaques d’insectes nuisibles sur les cultures. Des tests approfondis effectués par BASF ont montré que les utilisations proposées de cet insecticide sont respectueuses des organismes du sol et de l’eau, des insectes utiles, notamment les pollinisateurs, et des oiseaux. Axalion aura une homologation large qui inclura céréales et pomme de terre. Les premières mises en marché seraient prévues dans l’Union européenne en 2026.

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« L’adjuvantation, un plus pour les insecticides de contact »
Frédéric Pages, chef marché adjuvants De Sangosse, c.queheille © c.queheille

« Développé par De Sangosse, l’adjuvant Sticman bénéficie de CEPP, à hauteur de 0,45 CEPP/l, soit 0,045 CEPP/ha (base 0,1 l/ha). Dans ce dernier cas, les insecticides adjuvantés étant des produits de contact, l’efficacité est liée à la meilleure rétention, l’étalement accru et la résistance au lessivage. Au final, on obtient un meilleur effet choc et une meilleure rémanence des insecticides. Les agriculteurs traitant aujourd’hui à 100-120 l/ha de bouillie, la couverture et donc l’efficacité finale est bien moins bonne qu’à 200 l/ha. Sticman à 100 l/ha permet de compenser ce manque de couverture et donne des niveaux d’efficacité identiques à des applications à 200 l/ha, comme le prouvent les essais pucerons JNO que nous avons poursuivis. »