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Les alternatives aux pyréthrinoïdes se font attendre

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Les alternatives aux pyréthrinoïdes se font attendre

En panne d’innovations, les pyréthrinoïdes solos se renforcent sur le marché insecticides d’automne sur colza, face à la pression accrue des coléoptères ravageurs. Sur céréales, les applications antipucerons sont en léger repli en 2021.

Forte présence de grosses altises pour le colza, moindre pression de pucerons sur céréales : à l’automne 2021, le niveau de protection est monté d’un bon cran sur les oléagineux, alors qu’il régressait sur céréales.

Le risque élevé de dégâts face aux attaques de grosse altise et la hausse de surfaces ont ainsi boosté le marché sur colza. Selon Belchim, les surfaces d’utilisation des spécialités Trebon 30 EC et Uppercut (étofenprox) ont doublé à l’automne 2021 ; à son avantage, cette formulation d’étofenprox a une structure chimique particulière qui se différencie des autres molécules de la famille des pyréthrinoïdes. « Dans le cadre de la lutte contre les pucerons, les surfaces de Teppeki (flonicamide) ont aussi doublé », estime Céline Putaggio, la responsable marketing Belchim.

Le colza perd le phosmet

Pour les semis 2022, le retrait de l’insecticide Boravi (phosmet), acté en mai 2022, inquiète le secteur. En effet, cette matière active était l’unique réponse aux attaques d’altises résistantes aux pyréthrinoïdes, populations généralisées dans les départements de Bourgogne, Franche-Comté et Champagne. En 2021, Boravi a été appliqué sur près de 600 000 ha, selon son fournisseur Gowan. Son délai d’utilisation prend fin le 1er novembre 2022 et les stocks de produit restants pourront encore contrôler, si nécessaire, les altises adultes en foliaire sur les jeunes colzas en début d’automne 2022. Face à ce retrait, Terres Inovia et Terres Univia ont déposé, le 28 février dernier, une demande de dérogation 120 jours pour un insecticide à base de cyantraniliprole développé par la société Syngenta. Selon Franck Duroueix, de Terres Inovia, « sur une partie du territoire, les pyréthrinoïdes restent heureusement une solution efficace contre les altises adultes, à condition d’intervenir avant le stade 4 feuilles du colza ; ces solutions sont alors d’un niveau proche de Boravi. »

L’automne 2021 a connu une pression pucerons modérée et une présence de taupins en hausse. Avec des surfaces quasi stables, le marché insecticides céréales reste basé sur les pyréthrinoïdes solos à plus de 90 %. En première place sur ce marché avec le Karaté Zéon (lambda-cyhalothrine), Syngenta détient environ 30 % de part de marché en surface. Les autres solutions utilisées sont la cyperméthrine (Cythrine L et Cythrine Max) d’UPL, puis l’esfenvalérate (Mandarin Gold) de Philagro. « À l’automne 2021 sur céréales, dans un marché en baisse due au climat moins propice à l’activité des ravageurs, la part de marché de l’esfenvalérate progresse pour atteindre 16,2 %, confirme Karine Poivet, chef marché Philagro. Parmi les pyréthrinoïdes, c’est la seule substance active appartenant à la sous-famille des benzyl-carboxylates, ce qui en fait un outil favorisant l’alternance, aidant à limiter l’apparition des résistances. » L’esfenvalérate a par ailleurs un profil avantageux sur les auxiliaires, par rapport aux autres pyréthrinoïdes. De son côté, Adama évalue sa part de marché à un peu plus de 4 % à l’automne 2021, en légère baisse compte tenu du surcoût que représente la solution Mavrik Smart (tau-fluvalinate). Cette formulation a couvert près de 100 000 ha sur le segment de l’automne. « Mavrik Smart confirme ainsi l’intérêt croissant des agriculteurs pour des profils plus respectueux des insectes auxiliaires et des abeilles, et permettant en même temps de réduire leur IFT », note Guillaume Barbe, chef marché Adama. Bayer poursuit la commercialisation de Decis Expert et Protech (deltaméthrine). À signaler : trois pyréthrinoïdes sont retirés du marché depuis la fin 2021 : Fury/Minuet (zetacyperméthrine), Fastac/Clameur (alphaméthrine) et Nexide/Archer (gamma-cyhalothrine). Ils restent utilisables jusqu’au 8 juillet 2022.

Un nouvel arrêté abeilles

Sur colza, la campagne méligèthes du printemps 2021 a été plus faible que celles des deux années précédentes. Les interventions insecticides sont estimées à la baisse, appliquées sur environ 30 à 40 % des surfaces. Sur céréales, les pucerons des épis ont été favorisés par les conditions climatiques du printemps 2021 et le niveau de traitement serait en légère hausse. Depuis novembre dernier, le nouvel arrêté abeilles a été publié, visant à protéger les pollinisateurs durant la période de floraison des cultures attractives. Il restreint l’application des produits autorisés dans une fenêtre de 5 heures, commençant 2 h avant le coucher du soleil. Ce nouvel arrêté est assorti d’une période de transition qui pourra aller jusqu’à 48 mois afin de permettre la réévaluation des produits. Pendant cette période, les insecticides ayant déjà une mention abeille peuvent continuer à être utilisés pendant la floraison d’une culture attractive, en respectant la fenêtre d’application.

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Chiffres clés

Céréales : un peu plus de 2 Mha traités à l’automne 2021, soit une baisse supérieure à  35 % par rapport à 2020.

Colza : environ 1,7 Mha traités à l’automne 2021, soit environ + 40 % par rapport à 2020.

Trois OAD pour gérer les ravageurs du colza

Terres Inovia a développé et mis en libre accès sur son site trois outils d’aide à la décision sur altises adultes et larves et le charançon du bourgeon terminal. Ces outils prennent en compte l’état du colza, c’est-à-dire le risque agronomique (biomasse, vigueur et croissance) ou son aptitude à tolérer plus ou moins un niveau de larves (méthode Berlèse). Ces outils permettent de savoir quand faire l’impasse d’un traitement aux pyréthrinoïdes, lorsque le nombre de larves est inférieur aux seuils de déclenchement. Les OAD s’affirment comme de vrais outils de gestion du risque de résistance. En effet, les populations de méligèthes sont considérées comme résistantes aux pyréthrinoïdes sur tout le territoire. Et les populations d’altise d’hiver et de charançon du bourgeon terminal résistantes aux pyréthrinoïdes progressent chaque année.

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