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Tensions sur les prix et la sécurité sanitaire

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Tensions sur les prix et la sécurité sanitaire
SEBASTIEN CHAMPION

Avec depuis l’été 2020 un contexte haussier des matières premières, dont l’explosion de la prime non-OGM, et la fièvre porcine africaine qui frappe aux portes des élevages porcins outre-Rhin après l’influenza aviaire dans le Sud-Ouest, la cour des fabricants d’aliments pour animaux est pleine d’embûches mais leurs volumes restent assez stables. Par Yanne Boloh

Sur les onze premiers mois de la campagne 2020-2021 (de juillet à mai), la production française d’aliments pour animaux affiche une légère baisse de 0,7 %. Mais le mois de mai a été plutôt bon avec + 1,6 % au niveau national, selon les premières données de La Coopération agricole Nutrition animale et du Snia. Les prévisions annoncent donc une nouvelle stabilité, voire une légère hausse pour l’année 2021. En effet, les aliments pour bovins progressent quand les marchés des protéines sont chers ; les éleveurs ayant dans ce cas tendance à utiliser les taux de couverture des fabricants d’aliments qui tempèrent la hausse du soja, plutôt que d’acheter des matières premières. Pour 2021, les experts européens de la Fefac sont, quant à eux, moins optimistes pour l’UE. Ils observent le contexte sanitaire (influenza aviaire et fièvre porcine africaine), aggravé par l’augmentation très forte des prix des matières premières qui pèse sur la rentabilité des filières avicoles et porcines. La fédération européenne souligne par ailleurs les pressions réglementaires croissantes dans le domaine de l’environnement (Green Deal et législations nationales) et du bien-être animal. Elle s’attend donc dans l’UE à une décroissance en volume cette année.

Un effet Covid moindre que ce que l’on craignait

En France, sur l’année civile 2020, la production s’est mieux maintenue que ce que son premier semestre laissait craindre, avec 20,8 Mt au final, un volume quasiment stable (lire encadré p. 44). La période janvier-mai 2021 a été plus compliquée pour deux poids lourds, la Bretagne et le Sud-Ouest, qui souffrent avec respectivement  1,9 % et  5,6 %. Selon les dernières données communiquées par l’association des fabricants bretons Nutrinoë, lors de son AG de juillet, si les aliments pour bovins continuent à progresser en Bretagne (+ 9,4 % sur les cinq premiers mois par rapport à la même période de 2020), les porcs marquent le pas ( 2,6 %) après quasiment deux ans d’embellie, et les volailles accusent le coup ( 4,1 %), sous l’effet cumulé du recul des dindes et des canards. Pour ces derniers, il s’agit surtout d’un retour à la normale, le Sud-Ouest étant revenu aux affaires après la nouvelle crise d’influenza aviaire de l’hiver dernier.

Toutes les autres régions progressent sur les cinq premiers mois de 2021. La plus forte poussée atteint même 7,3 % pour le Grand Nord qui regroupe, pour ses statistiques, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie. La zone est tirée par les aliments bovins et par les pondeuses, ainsi que par les aliments ovins et caprins.

Le premier trimestre montre aussi une hausse de 6,6 % de la production française de prémélanges, emmenés par les bovins (+ 23,5 %) et les porcs (+ 9,83 %), en cohérence avec les facteurs d’inflexion des marchés des produits animaux et les protéines chères.

L’enjeu des matières premières

L’année est en effet marquée par le contexte haussier de l’ensemble des matières premières, démarré à la fin de l’été 2020. L’indice Bloomberg des commodités est au plus haut depuis cinq ans, ce qui impacte tous les secteurs agricoles ou industriels. Du côté de la nutrition animale, ce contexte influence les formulations. Arnaud Petit, d’International Grain Council, estimait le 9 juillet, lors de l’AG de Nutrinoë, que les utilisations internationales de blé fourrager devraient progresser en raison de la poussée des prix du maïs, une tendance amorcée dès 2019-2020. La reprise de la consommation mondiale de maïs devrait en effet s’accélérer que ce soit pour des usages industriels ou alimentaires, avec des stocks qui resteraient faibles malgré le rebond de la production. « La consommation globale devrait être en augmentation, mais la demande en alimentation animale sera ralentie pour 2025-2026 », projette-t-il même. Pour Arthur Portier, d’Agritel, tous les facteurs sont en tout cas réunis pour que la volatilité des cours internationaux reste forte.

Même si les protéines se calment au printemps, elles restent chères en général, car les stocks se sont asséchés sur les graines et tourteaux de soja conventionnels, et davantage encore sur le non-OGM. Ce manque vient renchérir les prix pour les marchés qui l’exigent, prenant les éleveurs et les fabricants d’aliments dans l’étau des cahiers des charges. Ainsi, la prime non OGM, qui était de 85 €/t en moyenne en 2020, a plus que triplé pour atteindre 280 €/t en mai 2021. Or de nouvelles filières annoncent leur intention de passer au non-OGM, notamment les AOC, ce qui tendrait encore les disponibilités et donc les prix. Et du côté du colza, « malgré une augmentation mondiale de la production, la consommation va rester tendue, absorbant toute amélioration des récoltes cette année comme la prochaine », estime Arnaud Petit.

Haro sur la déforestation

La question de la durabilité des approvisionnements porte aussi celle de la déforestation importée à laquelle la société civile est de plus en plus sensible. Que ce soit au niveau français, avec l’observatoire Duralim, ou au niveau européen avec le rapport European Soy Monitor de l’organisation IDH, on connaît de mieux en mieux la provenance des graines et des tourteaux, toutefois leur réel impact reste à préciser. Ainsi, dans l’Union européenne et le Royaume-Uni, la part de soja issu de zones à risques faibles de déforestation dépasse les 80 %, même si seul un quart des volumes présente un certificat.

La demande d’une alimentation locale des animaux d’élevage est née de cette inquiétude de déforestation, renforcée par les préoccupations environnementales sur les transports mari­times et, depuis l’an dernier, par le besoin de relocalisation.

Tout se conjugue donc pour une poussée forte de la production française de protéines et de transformation locale. Plusieurs sites ont récemment vu le jour ou sont annoncés, de l’investissement commun Avril–Terrena à la création de Graine d’alliance (lire p. 13) entre Maïsadour et Vivadour pour dédier un site de trituration aux graines de leurs adhérents, auparavant triturées chez Bunge, à Bilbao.

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La production française d’aliments pour animaux pourrait être en légère hausse en 2021., SÉBASTIEN CHAMPION © SÉBASTIEN CHAMPION
Le bio pousse toujours
Claudius Thiriet, © Claudius Thiriet

La progression à deux chiffres des aliments bio se poursuit. Après + 24 % en 2018 et + 21 % en 2019, ce segment connaît une croissance de 15 % en 2020 pour atteindre 667 400 t. La pondeuse en consomme plus de la moitié (54 %), suivie par le poulet de chair (21 %), les porcs (11 %) et les bovins (10 %) étant loin derrière. Toutes les espèces sont présentes sur le segment bio : les autres volailles (1 %), les ovins-caprins (2 %) et même les poissons (1 %).

Pour produire local, Vivadour et Maïsadour ont lancé Graine d’alliance, qui va triturer les graines de leurs adhérents., Yanne Boloh © Yanne Boloh
Une année 2020 quasi stable
Claudius Thiriet, © Claudius Thiriet

La fabrication française d’aliments pour animaux s’est maintenue en 2020 à 20,8 Mt, avec juste une baisse de 0,5 %. Les volailles dominent (8,6 Mt), suivies par des bovins (5,43 Mt, y compris les mashs). Vaches et bovins à l’engraissement devancent les porcins depuis 2013, même si ces derniers parviennent à 4,96 Mt grâce à l’appel d’air du marché chinois. Les autres espèces (petits ruminants, équins, lapins, poissons…) consomment les 1,83 Mt restantes.

La Bretagne ; toujours en tête, est stable à 7,75 Mt (+ 0,05 %) avec une hausse en bovins (+ 3,2 %), une stabilité en porc et une baisse en volailles (− 0,8 %). Les trois régions du Grand Ouest (Bretagne + Normandie : 0,76 Mt, et Pays de la Loire : 3,73 Mt) pèsent ensemble plus de la moitié des volumes nationaux (58,8 %) avec une domination encore plus forte en porcs (80 %), dindes (76 %) et lapins (61 %).

Au niveau européen, la production d’aliments composés dans les 27 pays de l’UE plus le Royaume-Uni se maintient en 2020 à 164,8 Mt (+ 0,1 % par rapport à 2019), malgré les épisodes de zoonoses qui ont frappé différents pays (influenza aviaire, fièvre porcine africaine) et la crise sanitaire Covid-19 qui a durement frappé des secteurs comme la restauration et le tourisme. La France conserve sa troisième place derrière l’Allemagne (24,293 Mt en légère hausse) et l’Espagne qui la talonne (24,043 Mt) mais qui se contracte (− 4,6 %). Le Royaume-Uni (16,3 Mt), les Pays-Bas (14,69 Mt) et l’Italie (14,65 Mt) restent devant la Pologne (11,4 Mt), mais cette dernière, très spécialisée, s’arroge la première place désormais en volailles.

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