1Une demande qui se confirme

Selon l’Agence bio, plus de 9 Français sur 10 déclaraient avoir consommé des produits de l’agriculture bio en 2020, dont 13 % tous les jours. Le bio a gagné 15 % de nouveaux consommateurs l’an dernier, avec une sur-représentation des jeunes, des employés et des ouvriers, ce qui est, note Fanny Lemaire, présidente d’Interbio Pays de la Loire, « la preuve d’une bio de plus en plus accessible à tous ». Le déploiement des rayons bio en grande distribution en est la preuve et tire la production.

2Des filières où ça coince

Dans le même temps, l’ajustement entre production et demande grince déjà, comme dans la filière laitière (Sodiaal a annoncé la baisse du prix du lait bio en août) ou dans les œufs qui oscillent entre surproduction et pénurie. En alimentation animale bio, le manque de matières premières protéiques, ou de sons tracés, est encore plus criant qu’en conventionnel pour alimenter les animaux d’élevage en ressources françaises. Sanders, l’un des gros faiseurs avec sa marque bio Alinat, importe encore 25 % de ses besoins en graines oléo­protéagineuses. En revanche, le producteur de volailles vendéen Bodin (Terrena) vient de passer à un approvisionnement en aliments 100 % bio et français pour son filet de poulet bio, constatant que le transport des matières agricoles bio importées représentait 17 % de son impact environnemental.

3Le Besoin d’Innovation de rupture

Le besoin d’innovation est incontestable pour aller plus loin et il faut encore lever beaucoup de verrous techniques, explique Interbio Pays de la Loire, qui vient de pu­blier son 5e recueil Innov’en bio. L’idée est de mettre en avant des innovations de rupture qui ensuite pourraient être généralisées. C’est le cas, en Mayenne, de la plantation de betteraves fourragères pour éviter les problématiques phytos au semis ; ou encore, dans le Maine-et-Loire, la mise en place de poules de Janzé dans des vergers de noisetiers, pour lutter contre le balanin, un charançon qui détruit les noisettes. C’est aussi le cas pour la gestion du désherbage qui reste un souci constant en bio, ou pour le contrôle des maladies fongiques par le cuivre. Les doses de ce dernier pourraient, selon l’Inrae, être au moins réduites de moitié sans perte d’efficacité.

Pour passer de ce qui est encore une niche (8 % en France) à un quart du marché européen en moins de 10 ans, le changement ne peut être le seul fait de petits pas. L’une des limites du développement du bio est cependant massive : c’est la ressource restreinte en azote dans le sol. Pourtant, cette variable n’a jusqu’à présent pas été prise en compte dans les travaux de recherche sur la capacité du bio à nourrir le monde, explique l’Inrae, qui conduit un métaprogramme de recherche, Metabio.

4Des élevages près des cultures

L’équipe Inrae de Bordeaux a, avec Bordeaux Sciences agro, publié les résultats de ses travaux le 13 mai dernier : l’élevage est indispensable au développement de l’agriculture bio car il enrichit le sol grâce aux fumiers et composts. Il faut trouver l’équilibre pour que les animaux, essentiellement monogastriques, n’entrent pas en compétition féroce avec l’alimentation humaine, sur les céréales notamment. L’Inrae appelle donc à la relocalisation des élevages de ruminants valorisant les prairies au plus proche des cultures pour optimiser le recyclage de l’azote. Les pistes suivies par les chercheurs montrent aussi qu’en rééquilibrant la consommation alimentaire mondiale à 2 200 kcal/jour (contre plus de 3 000 kcal en Europe et Amérique du Nord) et en réduisant le gaspillage d’au moins 50 %, la part de l’agriculture biologique mondiale pourrait atteindre 60 %.