1Trop rare soja non OGM brésilien

« Le soja OGM est apparu en 2005 au Brésil ; aujourd’hui, moins de 2 % de la sole est sans OGM », chiffre Laurent Houis, codirigeant de Solteam, importateur de soja tracé basé à Nantes. Et moins il y en a, moins les opérateurs de l’aval sont enclins à le traiter, sans compter que les rendements en OGM sont meilleurs. Pour les producteurs, « vu la demande en Chine, ils trouvent que la valorisation en non-OGM n’était pas suffisante », ajoute François Cholat, président du Snia. Résultat : une contraction de l’offre en soja non OGM auquel l’Inde, autre gros exportateur, est venue mettre le coup de grâce en 2021. « Le variant delta, qui a fortement touché le pays à partir de février 2021, a provoqué la fermeture des marchés », relate Laurent Houis. La prime non OGM est ainsi passée de 80-100 €/t à 250 (le 300 €/t ayant été atteint), portant le soja non OGM à 750 €/t. « Soit le prix du soja bio il y a trois ans », compare Laurent Houis. Car en parallèle, le soja standard a augmenté. De quoi faire revenir les brésiliens sur le non-OGM ? Les opérateurs l’espèrent.

2Les autres origines peu fiables

Outre le Brésil, les importateurs s’approvisionnent en Inde et au Nigéria. « Ces dernières années, le Brésil nous fournissait la moitié de l’année de mars-avril à octobre-novembre, indique Laurent Houis. On utilisait des origines alternatives comme l’Inde ou le Nigéria pour faire la jonction. » Mais l’Inde a décidé de garder sa production. « Comme le Nigéria, c’est un marché qui peut se fermer du jour au lendemain », témoigne Laurent Houis. Solteam s’est alors tourné vers les origines mer Noire : Russie, Biélorussie et Ukraine, auxquelles la guerre a mis un terme.

3Situation compliquée pour les autres matières premières

Étant donné le prix du soja, les fabricants d’aliments se sont reportés sur le colza, « créant des tensions », analyse Mériadek de Lantivy. Le responsable marché ruminants, chez Bellanné, mentionne en outre que niveau protéines, 1,4 kg de colza équivaut à 1 kg de soja. Quant au tournesol, « le premier exportateur, c’est l’Ukraine », rappelle Laurent Houis, évoquant l’espoir de la mise en place de corridors d’export. Quid des autres protéines ? « Pour les drèches, le problème vient du coût de la déshydratation, vu la hausse des prix de l’énergie », expose Mériadek de Lantivy. Des volumes partent ainsi en méthanisation.

4Les filières s’interrogent

Dans cette situation tendue, la grippe aviaire a fait baisser la demande. « On a retrouvé de la ressource à très court terme, mais le contexte n’est pas rassurant, explique Laurent Houis. Les filières se posent beaucoup de questions. » L’INAO reconnaît « quelques échanges en label rouge » pour faire évoluer les cahiers des charges, mais rien n’est formalisé, et « rien à signaler sur les AOP-IGP ». Côté privés, « pour l’instant, il n’a jamais été question avec Bel de supprimer le non-OGM, indique Frédéric Dorilleau, président de l’association des producteurs Bel de l’Ouest (APBO). À l’automne 2021, nous avons eu de réelles craintes sur un manque de disponibilités en aliments sans OGM, mais aujourd’hui cela va mieux. » Restent des hausses de prix conséquentes : 415 €/t pour le colza en juin 2022, contre 250 €/t en août 2021. Bel et l’APBO ont acté mi-avril la revalorisation du lait « Mon BB Lait », produit avec une alimentation sans OGM. La répercussion de la hausse interroge François Cholat, car dans le contexte inflationniste, « le consommateur va chercher du prix ». Quant à Lactalis, le groupe justifie l’arrêt du sans-OGM chez une partie de ses éleveurs par la décision d’un de ses clients distributeurs de cesser la com­mercialisation d’un emmental issu de lait sans OGM.

THIERRY PASQUET ARCHIVES, © THIERRY PASQUET ARCHIVES