1Pas avant 2030

La proposition a fait l’effet d’une petite bombe au congrès de l’AGPB, début juin, lorsque Thierry Blandinières a émis, comme piste à travailler à l’horizon 2030, de « se mettre d’accord avec nos amis américains pour valoriser une qualité de blé niveau RSE avec un premium payé sur la Bourse de Chicago ». Selon le DG d’InVivo, on ne fera vraiment bouger les lignes à l’export que par cette démarche de différenciation au niveau des commodités, qui pèsent 80 % de la production (face aux 20 % engagés en filières).

Immédiatement, les téléphones ont sonné dans le milieu du trading et beaucoup sont restés interloqués, sinon agacés. Si certains regrettent que le DG d’InVivo ait une (mauvaise) idée par minute, d’autres apprécient ce rôle d’agitateur.

2Un standard à trouver

Après, sur ces 80 % de commodités, combien pourraient être « de niveau RSE » ? Sûrement pas la majorité, mais « plus on déplacera les grandes masses vers une agriculture plus responsable sociétalement et environnementalement, mieux ce sera », avance Thierry Blandinières. Et pour qui ? Sans doute pas pour la plupart des importateurs qui recherchent avant tout des prix et de la qualité technologique. Après, il est vrai que c’est un sujet dont commencent à s’emparer les acteurs européens, dans le but d’encourager des productions plus respectueuses de l’environnement, jusqu’ici non prises en compte par les marchés à terme. Des réunions plus ou moins informelles ont déjà eu lieu dans le milieu. « On en est au brainstorming », confie un opérateur, qui y voit une piste de différenciation. Encore faut-il que toute la filière s’y retrouve et que les acheteurs répondent présents. D’où la réflexion du moment : la vertu est-elle monétisable ? « Toute modification de nos contrats ne pourra se faire que s’il y a un changement qui s’opère sur les marchés physiques, intervient Nicholas Kennedy, responsable des commodités chez Euronext. Dans un pas de temps peut-être de 7 à 10 ans, on pourra trouver ce standard RSE, mais il y a encore beaucoup de travail au niveau de la production. »

3À Chicago ou sur Euronext ?

Proposer Chicago en a heurté plus d’un, mais Thierry Blandinières défend l’idée selon laquelle, même si l’Europe doit montrer l’exemple, elle ne pourra pas concrétiser cette proposition sans les Américains. « Rencontrons Cargill, ADM et tous les ABCD pour avoir un effet levier de création de valeur conséquente qui va sécuriser le revenu de l’agriculteur. » Pour autant, s’il y a des réflexions, il vaudrait mieux qu’elles aboutissent sur le Matif, défendent les Européens. D’autant que le côté durable, ‘sustainable’, est plus avancé en Europe qu’aux États-Unis. Et d’autant qu’Euronext a pris en dix ans de l’épaisseur (voir infographie) en raison du déplacement du centre de gravité de la formation des prix physiques vers l’Europe et la mer Noire, au détriment des États-Unis. « S’il y a quelque chose à faire en Europe à ce sujet, c’est Euronext qui prendra naturellement le leadership », clarifie Nicholas Kennedy.

4Un contrat ou une prime ?

Étant donné l’étroitesse du marché visé, au moins dans un premier temps, aller coter sur un marché listé paraît peu vraisemblable. « Inventer un nouveau contrat pour chaque variante n’est pas toujours utile, confirme-t-il. Si jamais on avance sur ce sujet, on peut imaginer avoir le standard du Matif et, à côté, un différentiel, une prime ‘sustainable’. » Euronext va en effet disposer dès la fin de l’année d’une plateforme de cash-settlement (des contrats sans livraisons physiques, juste du dénouement financier) qui permettra de mettre en place des différentiels. « Il est beaucoup plus simple de cibler des marchés plus étroits avec ce type de mécanisme. » Le premier produit concerné sera un blé dur franco-italien. Et pourquoi pas à l’avenir un blé RSE…