1Une plante multi-usage

Tout s’utilise dans le chanvre : la graine ou chènevis en alimentation humaine, oisellerie, appât pour poisson, cosmétique ; la fibre en papiers spéciaux (papier cigarette, isolants batterie, dossier en cours pour sa réintroduction dans les billets de banque), en isolation ou plastiques biosourcés (tableaux de bord recyclables équipant 1 million de véhicules), textile (rideaux Ikea, chaussettes Décathlon) ; la chènevotte en litières, paillage et béton de chanvre. Enfin, dans un avenir proche en France, les fleurs pour un usage bien-être (CBD).

2Une bonne source nutritionnelle

L’offre alimentaire en chanvre explose sous forme d’huile, graines entières ou décortiquées, farine protéinée et autres aliments. « C’est une graine avec un rapport oméga 3-oméga 6 idéal, dont les protéines sont digestibles à 98 % », note Nathalie Fichaux, d’InterChanvre. Le PNNS invite d’ailleurs à consommer plus de fruits à coque dont la graine de chanvre. La filière veut aussi percer en RHD en proposant des menus, travaillés avec une diététicienne, pour les scolaires et les Ehpad, afin de répondre aux objectifs de la loi EGalim pour 2022.

3Un atout pour la RE2020

La loi Elan prévoit l’entrée en vigueur, reportée au 1er janvier 2022, de la RE2020, nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs, favorable aux matériaux de construction plus écologiques et plus performants énergétiquement à l’image du béton de chanvre. L’offre de ce dernier s’est d’ailleurs élargie avec des murs préfabriqués qui seront la base de bâtiments du village olympique en 2024. De son côté, l’Australie projette de construire 1 000 villas à partir de chanvre français en raison de ses qualités coupe-feu et isolantes. Le marché de l’isolation naturelle est aussi en plein boum, surtout depuis le Covid, avec plus de 30 % de volume en isolants chanvre ces derniers mois.

4Des fleurs bientôt autorisées

Un arrêté, attendu cet été, va autoriser la récolte des fleurs au champ, jusque-là interdite en France, pour l’extraction de CBD à usage externe (cosmétique). Son usage interne est soumis au retour de l’Afssa d’ici un an sur les taux autorisés en alimentation. Cependant, la vente de produits à base de CBD importés est autorisée officiellement en France depuis un arrêté en novembre 2020 de la Cour de Justice européenne. Ce qui se traduit par l’ouverture, à mi-avril, de 450 magasins dédiés à ces produits. L’autorisation de la récolte des fleurs laisse la filière perplexe quant au devenir de la paille de ces nouvelles cultures. « Le marché en sera-t-il perturbé ? », interroge Nathalie Fichaux. Par ailleurs, InterChanvre soutient l’association Santé France cannabis, récemment créée, et dont est membre la coop chanvrière Interval qui fournira le bâtiment pour une production pilote de cannabis (même famille que le chanvre) à usage médical par CanMed, structure montée par Yves Christol (ex-Vivo). Cette opération est menée en parallèle de l’expérimentation française du cannabis médical (CBD et THC) comme antidouleur et qui a démarré en mars.

5Mais une marge culture à relever

Les surfaces en chanvre atteignent les 20 000 ha pour la France, qui flirtait avec les 200 000 ha au XIXe siècle. Elles devraient à nouveau progresser si les débouchés se développent. D’ailleurs, La Chanvrière de l’Aube a doublé sa capacité de défibrage en début d’année. Cependant, outre le besoin en eau qui limite la culture à la moitié nord de la France, un frein est à lever : le niveau de marge à la production qui tourne autour de 500 €/ha (aide couplée comprise). Pour relever cette marge, InterChanvre oriente ses actions sur les débouchés à forte valeur ajoutée (alimentaire, bâtiment, textile et usages techniques comme la plasturgie). Et explore une autre source de valeur ajoutée : le paiement carbone avec le projet de faire reconnaître les 15 t de CO2/ha captées par le chanvre dans le cadre du label bas carbone et d’évaluer sa contribution à la réduction du bilan CO2 de ses divers usages.

p.schuber, © p.schuber