Les fabricants français d’aliments pour animaux s’attendent à perdre entre 1 et 1,2 Mt cette année, pour passer probablement en dessous des 19,5 Mt, soit 4 à – 5 %, prévues en 2022, avec – 6 % pour le seul premier trimestre. À l’occasion de son assemblée générale à Metz, les 19 et 20 mai, le Snia a insisté sur la résilience de ses adhérents. « Les fabricants d’aliments sont à la tâche dans une conjoncture complexe », résume François Cholat, le président réélu pour deux ans, qui prône la continuité de son action.

Un impact majeur de l’influenza aviaire

Les deux tiers de la baisse de volume sont imputables à l’influenza aviaire, certaines usines spécialisées de l’Ouest étant même à l’arrêt actuellement. Le reste est lié à la décapitalisation en élevage, que ce soit en porc car le manque de rentabilité face au cours des matières premières (+ 95 % en 2 ans) n’encourage pas à la production, ou en ruminants, avec l’arrêt d’élevages laitiers en raison de conditions de travail et de revenus.

Le syndicat a travaillé en AG sur l’impact de la Pac à partir de 2023 sur les élevages et sur les évolutions des besoins des éleveurs en recherche d’autonomie, de valeur ajoutée et de revenus, ce qui se traduira peut-être par moins de tonnes mais davantage d’accompagnement.

Inquiétudes sur le bio, le non-OGM et les fibres

Les approvisionnements restent très compliqués avec trois points très difficiles. Tout d’abord, une réelle inquiétude à court, voire à long terme sur le bio, le renchérissement des matières premières bio étant très supérieur aux augmentations en conventionnel. Cela incite le Snia à soutenir la proposition de la Commission européenne pour des dérogations au 100 % bio pour les matières les plus en tension comme l’autorisent déjà l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas.

Deuxième point noir, la viabilité des segments non OGM, certains cahiers des charges privés sortant même de cette obligation au profit d’une garantie de non-déforestation. Or, le segment lui-même est mis en péril par le manque de demande.

Enfin, les fibres manquent et pourraient manquer surtout face à la période de sécheresse qui s’annonce. Pulpes de betterave et luzerne déshydratée sont particulièrement recherchées. Avec en filigrane l’inquiétude d’une réorientation de ressources valorisées historiquement en nutrition animale vers d’autres usages comme la méthanisation.

Yanne Boloh