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Assurance récolte :le compte n’y est pas !

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Malgré l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas climatiques, malgré les travaux lancés l’année dernière et l’arrivée de nouveaux acteurs, l’assurance récolte peine à progresser.

Plus de 70 000 agriculteurs auraient souscrit une assurance multirisque climatique des récoltes en 2018, selon le ministère de l’Agriculture, soit 30,5 % de la surface agricole française hors prairies. Si le taux de pénétration de l’assurance récolte semble légèrement augmenter chaque année (25,7 % en 2016, 29,7 % en 2017), on reste loin des 60 à 65 % qu’il faudrait atteindre pour pérenniser le dispositif, selon Groupama. Cela fait déjà quatre ans que le leader dans ce domaine verse d’ailleurs plus d’indemnités qu’il ne perçoit de primes d’assurance sur ses contrats, et l’année 2019, encore lourdement sinistrée, n’a fait que fragiliser davantage le secteur.

Plus d’attrait en grandes cultures

De notre côté, notre baromètre Agrodistribution-ADquation est un peu plus optimiste pour 2019-2020, avec 39 % des agriculteurs qui auraient souscrit une assurance récolte au cours de la campagne, cette proportion variant entre les exploitations d’élevage (18 %) et celles de grandes cultures (55 %), et entre celles travaillant principalement avec une coopérative (46 %) et celles avec un négoce (27 %). Ce chiffre de 39 %, plus élevé que l’officiel de 2018, montre peut-être un attrait grandissant pour l’assurance, mais il est à relativiser car il s’appuie ici sur des exploitations de plus de 50 ha, et raisonne non pas en surface couverte, mais en proportion d’agriculteurs ayant souscrit une assurance pour au moins une de leurs cultures.

Autre enseignement de cette étude : 88 % des agriculteurs bénéficiant d’une assurance climatique l’ont souscrite auprès d’un assureur traditionnel, en premier lieu Groupama et Pacifica (Crédit Agricole), laissant une part minoritaire aux courtiers d’assurance (6 %) et aux coopératives (6 %).

100 000 ha couverts par InVivo en 2020

Sur ce dernier créneau, si quelques structures ont pris en main le dossier par elles-mêmes telle Vivadour, d’autres proposent à leurs adhérents la nouvelle offre de Bioline Insurance. Pour sa première année, en 2019, la filiale d’InVivo a couvert 29 000 ha avec 9 coops, et « pour 2020, ce sont 100 000 ha avec une vingtaine, signale son directeur opérationnel, Florian Dupuy. Mais je ne suis tout de même pas sûr que l’on représente 6 % de l’assurance ». Quoi qu’il en soit, l’acteur coopératif ne perd pas de vue son objectif de couvrir 1 Mha de grandes cultures à l’horizon 2025 en pariant sur une mutualisation très forte. « La cible, ce sont les trois quarts des agriculteurs qui n’ont jamais trouvé un intérêt à s’assurer », répète-t-on à l’envi chez InVivo, qui mise sur des franchises abaissées (10 à 15 % au lieu des 25 ou 30 % habituels) pour inciter les agriculteurs à faire appel davantage aux assurances, et qui parie sur une assurance récolte complète et intégrée aux contrats de la coopérative. Rappelons que l’offre reposait jusque-là sur un contrat-cadre passé avec Swiss Re Corporate Solutions, mais en raison d’un revirement de stratégie de l’assureur, InVivo est en train de trouver un autre partenaire.

En marge de l’assurance traditionnelle (contrats grêle, contrats gel ou multirisque climatique), l’assurance paramétrique, ou indicielle, émerge. C’est une solution basée sur un paramètre climatique pour prémunir de manière personnalisée les agriculteurs contre les aléas. Dès que le paramètre (par exemple la température, les levées de semis, le manque d’eau, la grêle, etc.), validée par une technologie (capteur, satellite…), dépasse un seuil prédéfini en fonction de la pratique culturale et de l’espèce, l’indemnisation se déclenche automatiquement, sans expertise sinistre.

La tentation du paramétrique

« Penser paramétrique, c’est oublier le modèle classique. Si le multirisque nécessite le passage d’un expert, ce qui est certes subjectif mais rassurant, le paramétrique, c’est l’objectivation maximale par une technologie, mais il n’est pas subventionné », résume Florian Dupuy. Bioline y travaille d’ailleurs. D’autres se sont déjà lancés sur ce créneau, à l’instar de Climate Insurance, qui propose « un éventail de solutions sur mesure et simples à comprendre, avec une indemnisation connue à l’avance et extrêmement rapide », vante son fondateur, Charles Maury. Certes, ces offres ne sont pas éligibles à la subvention de la Pac dans le cadre du contrat socle, mais « peuvent être bien moins chères tout en proposant des franchises à 10 % ». Sans compter que l’on s’affranchit des moyennes olympiques qui tirent vers le bas la base assurable. À se demander pourquoi ce type d’offres n’est pas davantage répandu… « Il y a une forte dynamique, mais on part de zéro, répond Charles Maury, et pour une coop, un négoce, ou un groupement d’agriculteurs qui s’y intéresse, cela nécessite de s’inscrire dans cette démarche d’avoir son programme d’assurance sur mesure et de le coconstruire. Et donc cela exige un investissement en temps supplémentaire. »

« Il faut que le courtage fasse sa place »
Florian Dupuy, directeur opérationnel de Bioline Insurance, Renaud Fourreaux © Renaud Fourreaux

« Le marché de l’assurance climatique est très peu intermédié. Si peu que sur ce créneau du courtage, Bioline Insurance, au bout de deux ans, fait déjà office de leader. Il faut que le courtage arrive à faire sa place dans un marché détenu essentiellement par les réseaux de distribution directe. Certes, l’équation reste difficile à résoudre pour garantir la pérennité du système, mais si l’offre en place répondait aux besoins de tous les agriculteurs, le taux de pénétration de l’assurance serait de 80 %, et non pas de 30 %. Cela signifie qu’il manque quelque chose, et qu’il y a de la place pour de l’innovation, pour des offres complémentaires à l’assurance multirisque climatique. C’est-à-dire peut-être passer par de l’assurance paramétrique, dans des secteurs où le modèle multirisque climatique ne prend pas. Car si ce dernier semble assez pertinent en grandes cultures, il l’est moins en arboriculture et en viticulture. Par exemple, dans le Cognac, deux assureurs se sont retirés du secteur de la vigne car ils l’estiment trop risqué. Ceci dit, alors qu’on est déjà face à une sous-assurance sur un modèle multirisque classique, la maturité du modèle paramétrique est encore plus faible, tant du côté des acteurs du monde agricole, où il y a une pédagogie très forte à faire, que du côté des assureurs, où les offres ne répondent pas encore totalement au besoin de ces acteurs. »

Des annonces « très fortes avant le 14 juillet »

Promise initialement pour fin 2019, la réforme des outils de gestion des risques en agriculture (dont l’assurance climatique), aura finalement pris plus de temps que prévu. Mais le 15 juin dernier, au micro de France Bleu Drôme Ardèche, Didier Guillaume a réitéré sa volonté exprimée l’été dernier d’aller vers « une assurance généralisée et mutualisée ». S’il a reconnu qu’elle n’était pas prête à ce stade, le ministre de l’Agriculture a promis d’annoncer « avant le 14 juillet des pistes très précises et très fortes pour mettre cela en place à la rentrée de septembre ». L’été dernier, le Caf, conseil de l’agriculture française, avait demandé au ministre d’étudier « la mise en place d’un pool de co-réassurance en matière de risques climatiques impliquant une réassurance de l’État en vue de rendre les produits assurantiels plus efficaces et moins coûteux, et donc plus attractifs pour les agriculteurs ».

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