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La gestion de trésorerie dans tous ses états

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Si la négociation avec les fournisseurs est le premier levier utilisé, selon l’enquête ADquation, la gestion de la trésorerie d’une exploitation peut s’appuyer aussi sur des solutions proposées par les coopératives et négoces.

La nouvelle question posée dans le cadre du baromètre Agrodistribution-ADquation sur les pratiques adoptées pour améliorer la trésorerie d’une exploitation, tombe à point nommé dans une conjoncture actuelle tendue et une affaire judiciaire close récemment (lire encadré).

Parmi ces pratiques, la négociation avec les fournisseurs recueille le plus de suffrages. 42 % des agriculteurs l’adoptent en priorité, en particulier en polyculture-élevage (54 %), chez les moins de 50 ans (49 %) et dans le Centre et le Nord-Est (46 %). Les quatre pratiques suivantes, dont les solutions proposées par la distribution agricole (voir infographie), sont quasiment sur un pied d’égalité.

Une analyse encore plus fine montre, chez les agriculteurs ayant pour distributeur principal une structure de négoce, une tendance plus forte à la négociation avec leurs fournisseurs (45 %) ou leur banquier (22 %), contre 40 et 17 % pour ceux travaillant surtout avec une coopérative.

Risque d’augmentation du BFR

Interpellé sur ces résultats, le délégué général de la Fédération des négoces agricoles, François Gibon, alerte sur la priorité donnée à la négociation avec les fournisseurs : « C’est souvent la solution de facilité proposée par le comptable. Or, cette solution de négocier avec les fournisseurs et de jouer sur le crédit fournisseur, perturbe les flux des maillons les plus proches des agriculteurs. » En effet, le besoin en fonds de roulement (BFR) s’en retrouve augmenté alors qu’il est déjà haussier avec les niveaux de prix actuels. « L’envolée des prix crée du BFR autant chez les agriculteurs que chez les opérateurs appro-collecte. Les trésoreries sont tendues, ajoute François Gibon. Les céréaliers bénéficient toutefois de la belle dynamique de la hausse des cours malgré une qualité hétérogène. En vigne et arbo, la situation est plus compliquée. »

Cependant, le délégué général de la FNA tient à souligner que « ce n’est pas à l’entreprise d’appro-collecte de financer l’activité de ses clients agriculteurs ». Aussi, les négoces relaient régulièrement sur le terrain des outils financiers proposés par des banques et qui « fonctionnent bien ».

Des dispositifs financiers en coops

Quant aux coopératives, l’approche est différente en raison de leur statut. En effet, si la définition de l’objet d’une coop n’intègre pas la notion d’accompagnement financier, certains dispositifs sont visés dans les modèles de statut. Ainsi, les adhérents peuvent se faire accorder par leur coopérative des facilités de paiement de courte durée, des prêts ou bénéficier de son cautionnement.

« Les facilités de paiement de courte durée peuvent se traduire par des avances sur la rémunération de futurs apports de l’associé coopérateur ou par des délais de paiement pour le règlement d’appros ou de services, explique Muriel Tina, directrice adjointe des affaires juridiques et fiscales à La Coopération agricole. Ces facilités peuvent être mises en place dans le cadre d’un compte courant d’activité comme cela se pratique dans les coopératives ayant à la fois une activité de collecte vente et d’approvisionnements et services. » En général, ces avances ne font pas l’objet d’intérêts financiers comme elles sont prévues le temps d’un exercice. « On est bien là sur l’application du principe coopératif de solidarité. Ce principe n’est pas inscrit dans le code rural mais il s’applique à toute coopérative. »

Justifier par des contreparties

Toutefois, comme une coopérative n’est bien sûr pas une banque, des conditions sont à remplir et notamment le fait de respecter son objet principal. « Les dispositifs d’appui financier doivent avoir absolument un lien avec l’objet de la coopérative et par conséquent avec l’engagement d’activité de l’associé coopérateur, souligne Muriel Tina. On doit ainsi pouvoir justifier l’existence de contreparties pour la coopérative. » C’est d’ailleurs ce qui est exigé par La Banque de France, dans un courrier du 4 août 1994, pour pouvoir autoriser les coopératives à proposer des systèmes de prêts à leurs agriculteurs adhérents.

La vigilance reste toutefois de mise. C’est pourquoi LCA recommande de bien formaliser tous ces dispositifs et de communiquer à leur sujet lors des AG. D’autre part, un arrêt de la Cour de cassation du 19 janvier dernier (lire encadré) qui condamne une coopérative agricole, remet bien en lumière le risque de soutien abusif.

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Coopératives : gare au soutien abusif

Lors d’un webinaire sur l’accompagnement financier des adhérents en 2020, LCA avait pointé le risque de soutien abusif. Une affaire récente enfonce le clou. En effet, un arrêt de la Cour de cassation du 19 janvier 2022 condamne Axéréal à verser une indemnité de 40 000 € à un adhérent qui lui était débiteur lors de sa cessation d’activité fin 2014. Celui-ci avait fait valoir le principe de soutien abusif après une assignation en paiement. La Cour appuie sa décision par le fait « qu’en dépit de son règlement intérieur prévoyant qu’un compte courant d’activité ne pouvait être que temporairement débiteur, la coopérative avait laissé celui de M. [P] fonctionner de manière déficitaire près de dix ans en se limitant à lui faire signer des reconnaissances de dette, et que, malgré l’aggravation de son déficit et au mépris de son obligation de bonne foi dans l’exécution de ses obligations, elle avait poursuivi ses relations commerciales avec M. [P], en lui causant un préjudice certain qui avait contribué à l’aggravation de sa dette. »

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