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Pas si simple de valoriser les plastiques usagés

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En 2020, 73 % des plastiques ont été collectés, avec de fortes disparités régionales. © M. COISNE

Adivalor, c’est un système de collecte de plastiques agricoles usagés bien rodé, mais aussi une voie pour les valoriser. Si les taux de recyclage sont bons, trouver des débouchés n’est pas simple. Bonne nouvelle, les films de paillage seront bientôt recyclés.

Hors films de paillage, près de 90 % des plastiques agricoles collectés sont recyclés. Un bon chiffre, qui cache un travail de recherche conséquent pour trouver des recycleurs intéressés par des déchets qui ont moins la cote que d’autres, car sales. « Les films agricoles sont souillés, il faut énormément d’eau pour les laver », témoigne Yann Ménigaud, directeur de l’usine de recyclage Suez RV Plastiques Ouest de Landemont (Maine-et-Loire, photo ci-contre). Au global, les plastiques agricoles ne lui coûtent rien. « Parfois on paye, parfois c’est zéro, et parfois on nous paye pour les récupérer. Tout dépend des caractéristiques du plastique et de sa saleté », explique le dirigeant. Une fois transformés, les déchets deviendront des granulés de plastique (photo du bas). Parmi les clients de l’usine, on trouve des entreprises fabriquant des gaines d’irrigation ou encore des bâches agricoles : la boucle est bouclée. Des recycleurs comme Yann Ménigaud, Adivalor en trouve, mais moins facilement qu’avant.

Trop de déchets plastiques

« Jusqu’en 2018, la Chine était en recherche de déchets plastiques recyclables car elle n’a pas de pétrole, raconte Pierre de Lépinau, directeur d’Adivalor. Elle les achetait en Europe et nos films agricoles restaient en France et se vendaient bien. En 2018, ils ont mis fin aux importations et tous les déchets se sont retrouvés sur le marché européen. En ce moment, l’offre en déchet est toujours supérieure à la demande. » Dans ce contexte, les films agricoles sales sont délaissés. En 2020, la valorisation des plastiques représentait 15 % du budget d’Adivalor, contre 30 % en 2015. L’autre partie est issue de l’écocontribution incluse dans le prix, qui a dû être augmentée. Elle est en moyenne à 25 cts/kg de produit hors taxe. « On a stocké, on a prospecté et on a encouragé la création d’unités de recyclage », relate Pierre de Lépinau. Avec succès : cinq unités dédiées aux plastiques agricoles doivent voir le jour d’ici fin 2022, dont une à Argentan (Orne), RecyOuest. Elle sera la première au monde à recycler les filets jusqu’à présent enfouis, car trop humides pour être brûlés.

J. BAUDOIN, © J. BAUDOIN
M. COISNE, © M. COISNE
« Le système de collecte fonctionne très bien »
Denis Pelé, dirigeant de Pelé Agri-Conseil, M. COISNE © M. COISNE

« Quasiment 100 % de ce que nous vendons, nous le récupérons », explique Denis Pelé. À titre de comparaison, à l’échelle nationale en 2020, 73 % des quantités mises en marché ont été collectées, avec des taux de collecte entre 35 et 95 %. Chez le négociant angevin, « le système de collecte fonctionne très bien, poursuit le dirigeant. Nous organisons chaque année quatre semaines de collecte sur quatre sites. Deux en mai et novembre pour les bidons de phytos et d’hygiène et les big-bags, et deux en septembre et janvier pour les filets, ficelles et films d’ensilage et d’enrubannage. Ces dates sont calées pour ne pas tomber sur des périodes chargées pour nous, ou de récolte. » Par exemple, à Combrée (Maine-et-Loire), les plastiques sont déposés sur une dalle béton qui sert aussi à réceptionner d’autres produits. Les collectes de bâches représentent 300 kg pour 35 apporteurs. Pour les filets et ficelles, un apporteur amène trois sacs en moyenne. « Aujourd’hui, on collecte beaucoup moins de PPNU (produits phytos non utilisables) qu’avant. Pour les produits dans les fermes qui sont en fin d’homologation, on briefe les clients pour qu’ils les utilisent avant la fin du délai d’utilisation. Côté communication, pour prévenir les producteurs des collectes, nous leur envoyons un SMS quinze jours à trois semaines avant. Des flyers sont aussi à disposition dans nos magasins et distribués par les TC. » Pelé fait partie d’un réseau de collecte animé par la chambre d’agriculture. C’est elle qui fournit les flyers et les affiches et qui réunit les différents acteurs pour caler les dates de collectes de façon à les étaler sur l’année. « Au total, les collectes nous coûtent entre 7 000 et 8 000 € par an, chiffre Denis Pelé. Cela comprend la main-d’œuvre et les saches. Adivalor participe à hauteur de 2 000 à 2 500 €. C’est normal de collecter. Qui vend doit récupérer. »

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